Strike debt

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Le mouvement Strike Debt – « grève de la dette » – vient de réduire à néant plus d’un million de dollars de dettes médicales dans les États du Kentucky et de l’Indiana. Un millier de personnes choisies au hasard, ayant contracté une créance de 900 dollars en moyenne à cause d’une hospitalisation ou d’une opération chirurgicale, ont vu leur dette effacée. Tout simplement. Et ce n’est pas un miracle : c’est grâce au collectif Strike Debt, issu du mouvement Occupy Wall Street, qui a secoué les États-Unis il y a un an et demi. Ce collectif a décidé de retourner à son avantage, et aux bénéfices des personnes lourdement endettées, une pratique bancaire courante.

Quand les emprunteurs n’arrivent plus à rembourser, englués dans un prêt immobilier à taux variable ou un crédit étudiant à payer alors qu’on est au chômage, les banques cherchent à se débarrasser de cette créance devenue toxique. Pour récupérer une partie de leurs avoirs, elles « vendent » ces crédit à moindre coût à des organismes de recouvrement ou à des marchés spéculatifs. A eux, pour entrer dans leurs frais, de tout mettre en œuvre pour obtenir le remboursement du prêt, du harcèlement téléphonique à la saisie de biens dans certains cas. Strike Debt fait de même, sans en arriver à ces extrémités qui précipitent dans la pauvreté des millions d’Américains.

http://www.bastamag.net/article2804.html

New deal

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Photo : Contretemps JO de Mexico 1968

Vient de paraître aux éditions Les Forges de Vulcain un roman de Grace Lumpkin intitulé Notre règne arrivera. Pour évoquer cet ouvrage, nous avons posé quelques questions à Alice Béja. Collaboratrice de la revue Esprit et auteure d’une thèse sur les rapports entre littérature et politique dans les Etats-Unis de l’entre-deux-guerres, elle en est la traductrice.

Qu’est-ce qui fait l’actualité de ce roman, initialement publié en 1932 ? Qu’est-ce qui justifiait de le mettre à disposition des lecteurs et lectrices français-es aujourd’hui ?

Ce roman appartient au courant de la « littérature prolétarienne » américaine, mouvement éphémère de la première moitié des années 1930. Les œuvres – très diverses – qui y appartiennent tentaient, dans une perspective politique assumée, de donner corps à la crise, de lui donner une voix, de l’incarner dans des personnages. Ils ont, en un sens, préparé le terrain pour les œuvres moins directement politiques du Front populaire, dont la plus emblématique reste Les raisins de la colère de John Steinbeck, publié en 1939.

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Depuis 2008, on parle beaucoup de 1929, et de la Grande Dépression. La comparaison n’est pas toujours justifiée, mais beaucoup de gens se retrouvent dans l’idée générale d’une crise financière qui se transforme ensuite en crise économique et sociale. Cela dit, alors que, du moins en ce qui concerne les Etats-Unis, l’art et la culture ont joué un rôle majeur pendant la Grande Dépression, ça n’est absolument pas le cas aujourd’hui ; au contraire, la culture est la première variable d’ajustement en temps de crise. Roosevelt, à partir de 1935, a investi à la fois dans des travaux publics et dans des projets documentaires et artistiques, pour que l’Amérique puisse se voir, pour que les habitants des villes voient la misère des campagnes, pour que ceux qui vivaient sur les côtes puissent se représenter les paysages ravagés du Dust Bowl ; c’est en montrant la crise qu’il pensait pouvoir créer un mouvement de solidarité nationale. Aujourd’hui, au contraire, on a pendant longtemps essayé de la masquer, et elle manque encore de représentations.

Avant le « second New Deal » (à partir de 1935), des écrivains et artistes de gauche, souvent proches du parti communiste américain, avaient eux aussi voulu rendre compte des grèves, des combats qui se menaient un peu partout dans le pays, avec la volonté de faire émerger une conscience de classe chez les ouvriers et les paysans. Ce sont ces œuvres, un peu différentes de celles que l’on associe habituellement avec la Grande Dépression, sur lesquelles j’ai en partie travaillé pendant mon doctorat. Et mon éditeur, David Meulemans, a pensé comme moi qu’en période de crise, il serait intéressant de rendre accessible au public français ces voix différentes, du moins l’une d’entre elles. Non pas seulement pour des raisons politiques, mais aussi tout simplement parce que le roman de Lumpkin a de la valeur en tant que fiction, au-delà de sa dimension documentaire. C’est une saga familiale qui entraîne le lecteur, le plonge dans la vie de ces petits fermiers des collines de Caroline du Nord qui quittent leurs terres ingrates pour faire l’expérience d’une autre forme d’esclavage, à l’usine.

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Par ailleurs, même si cela peut sembler plus anecdotique, on a souvent en France l’impression que la gauche aux Etats-Unis n’existe pas, en oubliant un peu vite la force et l’importance, dans notre propre histoire, qu’ont eu les luttes syndicales qui ont agité ce pays à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. La publication d’un tel roman est aussi une façon de se souvenir qu’il y a bien eu une gauche américaine, et que, même si on ne l’entend plus beaucoup, elle existe encore aujourd’hui…

Extrait dans Contretemps.

Photos : Joel Meyerowitz

L’empire de l’illusion

Photo : P. Graham

Récipiendaire d’un prix Pulitzer, Chris Hedges fut correspondant de guerre pour le New York Times pendant 15 ans. Reconnu pour ses articles d’analyse sociale et politique de la situation américaine, ses écrits paraissent maintenant dans la presse indépendante, dont Harper’s, The New York Review of Books, Mother Jones et The Nation. Il a également enseigné aux universités Columbia et Princeton.

« La culture de l’illusion est une forme de pensée magique grâce à laquelle des prêts hypothécaires sans valeur se transforment en richesse, la destruction de notre assise manufacturière se transforme en possibilité de croissance, l’aliénation et l’anxiété se transforment en conformisme pétulant, et un Etat qui mène des guerres illégales et administre des colonies pénitentiaires où l’on pratique ouvertement la torture à l’étranger devient la plus grande démocratie du monde. » Avec son bonheur de façade et ses émotions fabriquées, la culture de l’illusion étend son emprise sur les Etats-Unis.

Photo : P.Graham
D’un salon de l’industrie de la pornographie à Las Vegas aux plateaux de la télé-réalité, en passant par les campus universitaires et les séminaires de développement personnel, Chris Hedges enquête sur les mécanismes qui empêchent de distinguer le réel des faux-semblants et détournent la population des enjeux politiques réels. Le portrait qui s’en dégage est terrifiant: régie par les intérêts de la grande entreprise, la culture américaine se meurt aux mains d’un empire qui cherche à tirer un maximum de profit de l’appauvrissement moral, intellectuel et économique de ses sujets.

Photo : A. Gursky

Left

Oui, la gauche américaine existe bel et bien, et le récent mouvement Occupy Wall Street en porte le drapeau, mais qui connaît son histoire ? Ce livre dévoile deux siècles méconnus d’une vraie gauche, morale, sociale, antiraciste, égalitariste, féministe et aujourd’hui écologiste, qui ne saurait rentrer dans le cadre conformiste et cravaté du Parti démocrate, et agit le plus souvent hors du ballet bien réglé que mènent les deux grands partis « de gouvernement ».

Cette gauche, on la voit apparaître, se battre, penser et gagner, lors du débat sur l’ ’abolitionnisme qui ne prend fin qu’’ avec la guerre de Sécession. Une deuxième fois entre 1880 et le New Deal de Roosevelt, sous des formes sociales et même socialistes nettement affirmées. Enfin, une troisième fois au cours des fameuses « Sixties » et de ce qui s’’ en suivit, à savoir un mouvement de protestation radical, multiforme, se réorganisant sans cesse et inventant un nouveau Nouveau Monde.

Tell me lies

L’histoire se répète : En France on vote contre Sarkozy, on respire mieux, et le Parti Socialiste amorce très vite une politique désastreuse, aux Etats Unis il faut voter le « moins pire ». Le mal de ces démocraties : clientélisme, storytelling, bipartisme, pas de remise en cause du capitalisme financier…

Extrait du Monde Diplo octobre 2012 :

Loin d’être réellement disputé dans tout le pays, le scrutin du 6 novembre prochain se jouera dans une poignée d’Etats ; les autres, d’ores et déjà acquis à l’un des camps, sont délaissés par les candidats.

Les candidats à la Maison Blanche ne prennent pas non plus la peine de s’arrêter en Géorgie : ils préfèrent se rendre en Caroline du Nord ou en Floride, dans l’un des dix Etats (sur cinquante) où se jouera la prochaine élection présidentielle.

Situé à quelques miles de l’Interstate 95 qui longe la côte atlantique de la Floride au Canada, ce village à l’apparence paisible n’a rien d’une destination touristique : un vaste boulevard, une multitude de rues perpendiculaires, des stations-service, des épiceries dénuées de fruits et de légumes et, surtout, d’innombrables maisons à vendre. Sur les mille habitations que compte la commune, trois cents sont vacantes. Déjà frappés par la crise de l’industrie textile, ses deux mille habitants ont aussi subi de plein fouet celle des subprime.

Black and red

L’excellente revue Contretemps propose des liens avec des ouvrages sur les mouvements de contestation et de défense des droits civiques aux Etats Unis :

Présentation par les éditions Syllepse

L’histoire des luttes de libération ­afro-américaine est bien souvent réduite, en France, à quelques personnages transformés en icônes. Quant à l’histoire de la gauche radicale de ce pays, elle est tout simplement ignorée. C’est à ce double déficit que s’efforce de répondre cet ouvrage, en évoquant les relations, souvent conflictuelles, entre les mouvements noirs et la gauche ­révolutionnaire aux États-Unis.

De l’esclavage à la Guerre civile de 1861-1865 et du mouvement pour les droits civiques des années 1960 à la contre-révolution sociale et raciale des années 1980 et 1990, Black and Red dresse un panorama des luttes noires et révolutionnaires qui n’ont cessé, depuis plus d’un siècle, de secouer la ­superpuissance.

Malcolm X, Martin Luther King, Marcus Garvey, Stokely Carmichael, W. E. B. Du Bois y côtoient John Brown, les mineurs de l’Alabama, les travailleurs noirs de Detroit mais aussi le FBI, le Ku Klux Klan, les milices patronales et toutes les forces qui n’ont eu de cesse d’écraser les mouvements ­sociaux.

L’auteur

Ahmed Shawki vit à New-York, il est rédacteur en chef de la International Socialist Review. Il a notamment collaboré à l’ouvrage collectif Russia From Workers’ State to State Capitalism (Haymarket Books, 2006).

http://www.contretemps.eu/fr/lectures/bonnes-feuilles-black-and-red-mouvements-noirs-gauche-am%C3%A9ricaine-1850-2010-ahmed-shawki