Politiques xénophobes anti roms (du Ps à l’extreme droite)

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Koudelka Zingari

Ces 15.000 Roms qui font trembler la France

26 septembre 2013 | Par Le Courrier des Balkans

La République française est devenue bien fragile : 15.000 Rroms bulgares et roumains suffisent à la faire trembler… Depuis quelques jours, la paranoïa de l’antitsiganisme s’étale à nouveau à la « une » des médias. Le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, et les ténors de l’UMP rivalisent dans cette course au mensonge, au populisme et à la démagogie. Le dernier éditorial du Courrier des Balkans.

Par Jean-Arnault Dérens

Tous les médias « sérieux » l’annoncent avec assurance : la « question des Rroms » va « parasiter », voire « dominer » la campagne en vue des élections municipales du printemps. Un nouveau « bras de fer » s’annonce d’ailleurs sur le sujet entre Paris et Bruxelles… Chaque éditorialiste, chaque commentateur y va de son point de vue, comme s’il n’existait pas, en France, de question plus urgente, plus brûlante que le sort de quelque 15 à 20.000 personnes.

Le nombre de Rroms de Bulgarie et de Roumanie qui vivent dans des bidonvilles et des campements insalubres reste d’ailleurs étonnamment stable malgré la poursuite des politiques de démantèlement des camps et d’expulsions systématiques. Cette petite communauté alimente l’antitsiganisme contemporain, alors qu’elle ne représente qu’une infime partie des Rroms, Tsiganes et voyageurs vivant en France, qu’ils y soient établis depuis des siècles ou qu’ils s’y soient installés au cours des dernières années.

Au vrai, chacun le sait bien, cette question des Rroms de Bulgarie et de Roumanie relève exclusivement d’un problème humanitaire fort simple à résoudre. Comment la France serait-elle incapable de loger 20.000 personnes dans le besoin ? De scolariser leurs enfants ? De garantir leurs droits à la santé ou à la formation ?

Le caractère dérisoire du nombre de personnes concernées suffit à rappeler que la question est sortie de toute logique rationnelle. En vérité, il n’existe aucun problème rrom en France, mais certains politiciens, de gauche comme de droite, ont cru pertinent de créer et d’alimenter un fantasme, d’entretenir un délire paranoïaque, qui se répand dans une société fragilisée par bien d’autres problèmes.

Valls, dérapage populiste calculé

Comme ses prédécesseurs Guéant et Hortefeux, M.Valls cherche à « faire du chiffre », même si l’on sait bien que les camps démantelés sont aussitôt reconstruits, que les personnes expulsées de France y reviennent bien vite. Il cherche à « faire des images », assurées d’ouvrir chaque soir les journaux télévisés.

Manuel Valls joue une partition bien connue, celle du populisme et de la démagogie. Pour cela, il n’a pas seulement besoin des images du JT et des couvertures honteuses de médias comme Valeurs actuelles ou L’Opinion, mais aussi de la « réplique » que ne manquent pas de lui donner tant certains de ses collègues du gouvernement que la Commission européenne.

Manuel Valls, qui a mené toute sa carrière politique sous les couleurs du Parti socialiste, dérape – ou plus exactement, se livre à un exercice de dérapage très maîtrisé. Il utilise un langage qui est classiquement celui de l’extrême droite, et certains ministres ou députés de son propre parti ne peuvent manquer de critiquer sa « politique des coups de mentons ». De même, les extravagantes déclarations du ministre de l’Intérieur ont provoqué un inévitable rappel à l’ordre de la Commission européenne à la Justice, Viviane Reding, qui avait déjà épinglé la France de Nicola Sarkozy dans des circonstances similaires, à l’été 2010.

Ces « réponses » font le jeu de Manuel Valls, et s’inscrivent dans le storytelling imaginé par ses conseillers en communication : elles lui permettent de se caler dans la posture d’un homme du « parler vrai », à l’écoute des « vrais » problèmes du « vrai peuple de France ». Manuel Valls se pose ainsi en adversaire de la langue de bois, prêt à rompre avec la logique compassée du « politiquement correct », et même à croiser le fer avec Bruxelles, au nom des intérêts supérieurs de la nation et du peuple !

Cette construction s’inscrit dans la poursuite d’une vieille rhétorique, rabâchée jusqu’à la corde depuis vingt ans au moins, qui voudrait que l’extrême droite « apporte de fausses réponses à de vrais problèmes ». Tout le problème, est qu’en vérité il n’y a pas de problème.

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Fils du vent

photo: Joseph Koudelka

Pétition :

http://www.labandepassante.org/petition/index.php

La lune vint à la forge avec ses volants de nards. L’enfant, les yeux grands ouverts, la regarde la regarde. Dans la brise qui s’émeut la lune bouge les bras, dévoilant, lascive et pure, ses seins blancs de dur métal. Va-t-en lune, lune, lune. Si les gitans arrivaient, ils feraient avec ton cœur bagues blanches et colliers.

Enfant, laisse-moi danser. Quand viendront les cavaliers, ils te verront sur l’enclume étendu, les yeux fermés. Va-t-en lune, lune, lune, Je les entends chevaucher. Enfant, laisse-moi, tu froisses ma blancheur amidonnée. Battant le tambour des plaines approchait le cavalier. Dans la forge silencieuse gît l’enfant, les yeux fermés.

Par l’olivette venaient, bronze et rêve, les gitans, chevauchant la tête haute et le regard somnolent.

Comme chante sur son arbre, comme chante la chouette ! Dans le ciel marche la lune tenant l’enfant par la main.

Autour de l’enclume pleurent les gitans désespérés. La brise qui veille, veille, la brise fait la veillée.

Frederico Garcia Lorca « Romancero Gitano » 1928

Rentrée de combats

Photo : J.Koudelka Rencontres d’Arles 2012

Sur le nucléaire, sur le traité européen, sur les méthodes du ministre de l’intérieur… Le Parti socialiste au pouvoir. La mauvaise blague : leur slogan de campagne c’était  : « le changement c’est maintenant ».

Morgan Garo, docteur en géopolitique, auteur du livre Les Rroms, une nation en devenir ? (éditions Syllepse), en dénonçant les faux-discours et les mesures transitoires dont sont victimes les Rroms :

Les autorités continuent à vouloir nous faire croire que si on les accueille dignement, d’autres arriveront. Or, ce n’est pas vrai. Toutes les études le prouvent. Depuis dix ans, le nombre de Rroms venus de Roumaine et de Bulgarie n’a pas évolué. Et que représente 15 000 personnes sur 68 millions de Français? Pourquoi tant d’énergies déployer à les expulser. Ce ne sont pourtant pas eux qui décident des politiques économiques, celles qui entrainent les licenciements, les fermetures d’usine, en France et en Roumanie. Réveillez-vous! Ce ne sont pas ces milliers de familles qui ont amené la crise des subprimes, la faillite des banques, les licenciements, ils en sont malheureusement les premières victimes. Il s’agit encore d’un écran de fumée, déployé pour répondre à un discours sécuritaire et alarmiste. En 2004, Nicolas  Sarkozy a essayé d’utiliser cet écran,  et aujourd’hui, Manuel Valls recommence. Arrêtez! Des solutions existent. Mais, pour cela, il faut écouter les associations de terrains et aussi, et surtout, les personnes concernées, c’est-à-dire les Rroms eux-mêmes. D’ailleurs il est étonnant que toutes les associations n’ont pas été conviées à la conférence interministérielle, notamment la « Voix des Rroms ».

Certes, la commission interministérielle a permis des avancées mais elles restent partielles si aucun fond spécifique n’est débloqué pour accompagner un véritable programme d’insertion sociale et professionnelle des Rroms. Les associations et les familles attendent des mesures concrètes pour faciliter réellement l’accès des Rroms à la formation et au travail. Mais, pour cela, il faut dégager des moyens financiers et humains. Au-delà de la levée partielle des mesures transitoires, le problème de la gestion des fonds européens devra être résolu, alors qu’ils servent souvent à financer des projets fantômes et ne bénéficient donc pas aux populations concernées.

Il faut qu’il y ait la mise en place d’une véritable coopération, à la fois entre les Etats (France, Roumanie, Bulgarie), avec la participation active des associations, des représentants Rroms de chaque pays et de leurs organisations internationales. L’objectif?  Développer une véritable politique d’ascension sociale pour les Rroms et lutter contre l’ostracisme à tous les niveaux.

La politique d’expulsion est un échec humain et financier. Seule la mise en place d’une politique globale avec des moyens effectifs permettra un meilleur accès à l’éducation, à la santé, à la formation à l’emploi et au logement, volet totalement absent des négociations actuelles.

Mediapart