Lutte à la cinémathèque

Le 6 mai 2016, une soixantaine de manifestants occupait la Cinémathèque française pour lutter contre le projet de loi travail et la précarisation de l’emploi dans les organismes culturels. Pour la première fois depuis la création de l’établissement, la police intervenait quelques heures après à la demande de la direction pour évacuer de force les manifestants. Suite à un billet de blog intitulé « La Cinémathèque française, fantasmes et réalités », cosigné le 10 mai par Costa-Gavras et Frédéric Bonnaud, respectivement président et directeur général de la Cinémathèque française, le collectif des précaires des métiers de la culture et ses sympathisants exerce son droit de réponse.


« Je vous parle solidarité avec les étudiants et les ouvriers,
et vous me parlez travelling et gros plan ! Vous êtes des cons !
 »
Jean-Luc Godard, festival de Cannes, 17 mai 1968

Monsieur le Président, Monsieur le Directeur de la Cinémathèque française,

Nous sommes un groupe d’une soixantaine de personnes, engagées politiquement et déterminées à défendre les droits sociaux des travailleurs, à avoir occupé la Cinémathèque française ce vendredi 6 mai 2016, à l’issue de la dernière séance.

Nous avons attendu de lire votre communiqué avant de publier cette lettre.

Elle est donc un droit de réponse et une mise au point nécessaire quant à notre action, que vous avez traitée avec le plus grand mépris.

En occupant un lieu aussi symbolique de la contestation sociale que la Cinémathèque française, nous voulons rendre visible un combat et des problèmes que vous avez balayés d’un revers de main en février dernier : ceux de la précarité et de la sous-traitance dans les institutions culturelles.

Monsieur Bonnaud, au micro de Radio France, vous avez déclaré : « Je pense que hôtesse d’accueil, guichetier et ouvreuse ça doit rester des petits jobs d’étudiant, au risque de choquer. Moi je ne me vois pas bien en train de faire un CDI à vie pour que des gens vendent des billets à la Cinémathèque. » Ce discours, n’a d’autre fonction que de légitimer la précarité et l’exploitation. Il nous est intolérable.

Nous entendons porter entre les murs de la Cinémathèque un combat qui se joue dans bien d’autres lieux de culture où l’on exploite des travailleurs précaires, du Centre Pompidou Metz au MUCEM ou à la BNF.

Ce communiqué place notre action dans le droit fil des récentes occupations de la Comédie-française et du Théâtre de l’Odéon, des théâtres de Bordeaux, Strasbourg, Lille, Caen et Montpellier, des différentes ZAD en activité mais aussi de Nuit Debout et du puissant mouvement social qui s’oppose aujourd’hui à la loi El Khomri.

Vous prétendez dans votre communiqué que nous nous en prenons à la Cinémathèque, mais ce n’est pas la Cinémathèque française que nous visons : ce sont les pratiques managériales issues du néo-libéralisme le plus inhumain qui y ont cours.

Au cours de cette action nous avons été immédiatement rejoints par une partie du public, qui n’était pas au courant de notre projet d’occupation, mais qui en a reconnu la nécessité.

Des sympathisants extérieurs, aussi pacifistes, nous ont rejoints. Vers minuit, les forces de l’ordre sont arrivées. Nous avons alors quitté la salle Henri Langlois pour occuper la mezzanine, où nous avons continué à tenir notre Assemblée générale.

Nous avons tous dit notre exécration d’un système – la sous-traitance – conçu pour nous empêcher de nous syndiquer et faire valoir nos droits de travailleurs pendant que les sociétés sous-traitantes prospèrent en broyant ceux qui les enrichissent.

L’arrivée de Michel Romand-Monnier, directeur adjoint de la Cinémathèque française, a été l’occasion pour nous de lui demander de prendre des engagements concrets sur la sous-traitance.

Michel Romand-Monnier est alors allé d’excuses en faux-fuyants, préférant détourner le débat et jouer la montre plutôt que de s’efforcer de nous répondre avec honnêteté. Il nous rétorque : «  La Cinémathèque française n’est pas de gauche » (ce à quoi nous avons répondu par une salve d’applaudissements), Henri Langlois non plus, pas davantage que Truffaut.

Cela donnerait-il à la Cinémathèque le droit d’exploiter ses petites mains ?

Dans votre communiqué, vous revenez sur cette question qui résonne comme votre mauvaise conscience : la Cinémathèque est-elle de gauche ou de droite ?

Il faut croire que cette question vous préoccupe plus que nous, qui ne vous l’avons pourtant jamais posée, tant elle revient sous vos plumes depuis quelques jours.

Sur Internet, Jean-François Rauger parle de « l’exigence débile d’une vertu politique de la Cinémathèque qui devrait être “de gauche” » et des « quelques agités » qui ont occupé votre établissement.

Dans votre communiqué, vous écrivez aussi  : «  L’année de ses 80 ans, la Cinémathèque française doit-elle rappeler à certains sectaires que sa programmation n’a jamais été pensée en fonction des opinions politiques supposées des cinéastes ? Et qu’elle n’entend se soumettre à aucune censure que ce soit ? Quels films devraient être nos modèles politiques et sociaux, au juste ? Et John Ford, au fait, est-il de droite ou de gauche ? Nous sommes en plein délire et face à une conception utilitariste et bornée du cinéma qui n’a plus cours nulle part depuis fort longtemps. »

Il n’a jamais été question d’interroger l’orientation politique de votre programmation, ni même de demander au cinéma une pureté idéologique de tous les instants. Confondriez-vous le cinéma et le monde du travail ?

Vous écrivez également que la Cinémathèque « n’a connu que cinq jours de grève depuis dix ans ». Non seulement nous récusons ces chiffres revus à la baisse, mais nous vous rappelons que le système de la sous-traitance interdit toute possibilité de grève et de syndication. Les grévistes ne sont jamais reconduits dans leur contrat et l’immense majorité des employés s’abstient de faire grève, tenaillée par la pression d’un salaire minimal et la peur du licenciement.

Et vous savez très bien que, si les actuels employés ne se plaignent pas et que nos « graves accusations » (si graves et calomnieuses qu’il vous aura fallu plus de trois mois pour y répondre) « ne semblent avoir trouvé que peu d’écho visible chez les actuels employés de l’accueil », c’est précisément parce que ces personnes sont condamnées au silence.

Vous nous expliquez également que City One emploie désormais une majorité de CDI en équipe permanente, mais cela ne met pas fin aux mauvaises pratiques sociales et au mépris.

De nombreux témoignages d’employés en CDI vous le prouveront. La souffrance au travail ne s’arrête pas au CDI.

Michel Romand-Monnier s’est ensuite lancé dans une justification acrobatique de la sous-traitance, arguant qu’il était impossible de procéder autrement « pour des raisons de budget ». Il existe pourtant des institutions où les tâches d’accueil ne sont pas sous-traitées, et où la faillite ne menace pas. D’ailleurs, lors de son intervention sur France Musique, Monsieur Bonnaud disait que la sous-traitance coûtait plus cher. Dans votre communiqué, vous semblez justifier ces pratiques par cet argument ubuesque : « Ceux qui invoquent le prétendu esprit d’Henri Langlois, lui qui n’avait qu’une seule politique, celle de la Cinémathèque française, divisée en deux colonnes dialectiques (1. ce qui est bon pour la Cinémathèque 2. ce qui est mauvais pour la Cinémathèque), devraient s’informer et réfléchir à deux fois à ce qu’il leur aurait répondu, sans doute plus vertement que nous. »

Nous nous permettons ici de vous poser une question : voulez-vous dire que les travailleurs subalternes peuvent être sacrifiés, tant que c’est bon pour la Cinémathèque ?

C’est un point de vue intéressant.

Nous avons demandé au directeur adjoint s’il avait conscience que cette politique de sous-traitance produisait une énorme souffrance. Michel Romand-Monnier n’a rien eu d’autre à nous répondre que cette déclaration  : «  cette souffrance ne me paraît pas si grave puisqu’elle n’est pas définitivement actée ».

Nous cherchons encore le sens de ce propos et nous nous demandons si, pour Michel Romand-Monnier, l’exploitation des travailleurs doit prendre fin une fois seulement qu’ils ont été totalement essorés.

Nous avons adressé à Michel Romand-Monnier des questions relatives aux écarts de rémunération, à la possibilité de procéder autrement que par des méthodes socialement destructrices, au bien-fondé d’une vision comptable des institutions culturelles qui autoriserait – d’après la direction – de telles politiques.

Nous avons voulu savoir pourquoi la Cinémathèque donnait tant de réceptions prestigieuses assorties de champagne et de petits fours, et d’où les petites mains sont exclues, si la question du budget était si critique.

Aucune réponse satisfaisante n’a été donnée à ces questions, sinon que «  ce n’est pas la Cinémathèque française qui paie le champagne. » La justice sociale est bel et bien sauve.

Votre communiqué n’apporte pas davantage de réponses satisfaisantes à ces questions.

Vous affirmez par exemple que les écarts de salaire sont de 1 à 4,2. Il apparaît pourtant que le salaire du directeur est au moins 8 fois supérieur à ceux des employés au SMIC horaire qui sont en charge de l’accueil, de la sécurité et de l’entretien.

Vous invoquez la «  politique vertueuse » de l’établissement «  en matière de ressources humaines ». Pourtant, les témoignages des employés sous-traités que nous avons recueillis prouvent le contraire, et ce de façon unanime.

En lieu et place de réponses concrètes à des problèmes réels, vous profitez de votre communiqué pour dresser le bilan positif de votre action : les 400 000 visiteurs annuels, le développement du Musée du cinéma et de la BiFi, le développement de l’action culturelle et éducative, l’ouverture à des publics variés ou encore les 350 000 entrées de l’exposition Tim Burton.

Nous jugeons détestable cette manière de tirer la couverture à vous plutôt que de répondre aux interrogations que nous avons soulevées.Et, une fois encore, nous vous posons la question : les aspects positifs de votre politique justifient-ils les mauvaises pratiques sociales qui ont cours à la Cinémathèque ?

Nous répondons : en aucun cas.

Enfin, vous tâchez de ridiculiser notre engagement politique en le qualifiant de « publicitaire », car il vous prend en défaut. Souhaitant vous justifier du recours aux forces de l’ordre, vous écrivez : « C’est, contrainte et forcée par une intrusion soudaine et sans buts véritables, sinon purement publicitaires, que la Cinémathèque a dû se résoudre à faire évacuer les occupants nocturnes par les forces de l’ordre. » Or, Michel Roman-Monnier a pu immédiatement constater que nos buts étaient fort clairs et que nous ne représentions aucun danger pour ce lieu que nous respectons.

Vous poursuivez : « Mais c’est sans faiblesse que seront toujours protégés ce haut lieu de diffusion du patrimoine cinématographique, son personnel, ses publics, ses espaces, ses collections du Musée et les précieux prêts de l’exposition Gus Van Sant [sic]. Contre une poignée de faux militants et vrais réactionnaires, mus par on ne sait quel ressentiment, fort éloignés d’un quelconque intérêt collectif, cherchant à assouvir leur très personnelle soif de revanche, au mépris de toute mesure et de toute réalité concrète, et qui ne parlent jamais de politique culturelle ou de diffusion du patrimoine cinématographique auprès de nouveaux publics, visiblement peu sensibles à l’exigence, pourtant bien démocratique, d’une meilleure diffusion du gai savoir cinéphilique. Comme si le sujet, au cœur de notre existence même, ne les intéressait pas. »

Face à ce procès d’intention, nous ne pouvons que vous rappeler, ici, que nous avons inscrit notre action dans un mouvement plus général, qui a lieu partout en France, et dont vous ne sauriez ignorer qu’il représente bel et bien l’intérêt collectif.

Si vous aviez pris la peine de venir nous rencontrer, plutôt que de nous faire chasser par des fonctionnaires de police, vous auriez remarqué que nous étions tous ou presque des amateurs de cinéma, et que c’était la raison pour laquelle nous avons agi à la Cinémathèque, sans pour autant oublier nos amis d’autres institutions culturelles.

Et vous auriez aussi constaté que nous parlions bien de politique culturelle ; nous ne faisions même que ça. Mais peut-être parlions-nous un peu plus de politique, quand vous semblez préférer la culture dépolitisée, celle que l’on administre et que l’on vend sous le nom de « gai savoir cinéphilique ».

Plutôt que de reconnaître le bien-fondé politique de nos exigences, et plutôt que d’accepter un débat que nous vous réclamons depuis trois mois, vous préférez nous déclarer « faux militants et vrais réactionnaires » dans un pur tour de passe-passe rhétorique.

En quoi revendiquer le droit à la dignité sur un lieu de travail est-il réactionnaire ?

Et puisque vous nous accusez d’avoir cherché à « privatiser un bâtiment dont la seule raison d’être est son ouverture permanente à ses publics », demandez-vous honnêtement si la réappropriation collective des lieux que nous faisons vivre au prix de notre exploitation se nomme véritablement « privatisation », et si cette dernière ne réside pas plutôt dans votre manière de fermer la porte à toute contestation de vos méthodes.

Ce vendredi 6 mai, nous n’avons pu obtenir d’autre réponse de la part de la direction qu’une fin de non-recevoir et l’assurance que la Cinémathèque française continuerait à recourir à la sous-traitance.

La messe était dite, et Michel Romand-Monnier de signer aux CRS l’autorisation de faire évacuer les lieux, après nous avoir fait croire qu’il acceptait de négocier notre retrait au petit matin.

Nous avons donc discuté avec un homme de paille, dont le seul rôle, cette nuit-là, aura été de signer une autorisation honteuse à l’abri des regards.

C’est sous votre direction que, pour la première fois dans l’histoire de cet établissement que beaucoup regardent encore comme un temple de la contestation sociale, des forces de police sont entrées pour déloger des manifestants absolument pacifistes.

Cette tache dans l’histoire de la Cinémathèque française, vous en portez la responsabilité.

Nous exigeons donc que vous répondiez à nos interrogations et que vous vous engagiez à améliorer le sort des travailleurs sans lesquels votre institution fermerait ses portes.

Si la Cinémathèque française est si vertueuse en matière de ressources humaines, alors qu’elle montre l’exemple à toutes les autres institutions culturelles qui emploient des travailleurs précaires.

Il semble que depuis quelques semaines, la situation des employés sous-traités s’est un peu adoucie, sous l’effet de la médiatisation de nos luttes d’une part, en raison de l’empathie de certains employés internes qui ont toujours été solidaires, d’autre part. Mais l’effet médiatique retombera et nous souhaitons des changements ancrés dans le long terme et actés.

À l’issue de cette nuit de mobilisation, nous avons le sentiment de n’avoir pas été entendus. Pire encore : après avoir lu votre communiqué, nous avons le sentiment que vous n’avez pas voulu nous entendre.

Rappelez-vous Monsieur Bonnaud, comme trente ans après 1968, vous célébriez le souvenir de l’affaire Langlois, cette « bande-annonce des événements de mai » et « première défaite du pouvoir gaulliste », rappelez-vous comme vous condamniez « l’autoritarisme et la maladresse d’un pouvoir devenu aveugle et sourd », alors qu’aujourd’hui vous pratiquez un pouvoir tout aussi aveugle et tout aussi sourd pour faire taire les contestations qui vous déplaisent.

Et quand vous faites chasser au nom de la loi ceux qui occupent illégalement l’institution dont vous avez la charge, rappelez-vous comme, en janvier dernier, interviewé dans Le Monde, vous déclariez avoir « des pulsions de transgression ».

Nous aussi.

Il nous faut alors croire, Monsieur, que toutes les positions que vous preniez alors que vous étiez le directeur de publication des Inrocks ou que vous signiez des films politiquement engagés, n’étaient que mascarade, si, quand la question de la justice vient en personne frapper à votre porte, vous vous en détournez et lui envoyez la police.

Le collectif des précaires des métiers de la culture et ses sympathisants

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Les jours heureux

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Mercredi prochain sort le documentaire de Gilles Perret, « Les Jours Heureux » , tourné en partie au plateau des Glières et qui revient sur l’Histoire du Conseil National de la Résistance. Entre mai 1943 et mars 1944, sur le territoire français encore occupé, seize hommes appartenant à tous les partis politiques, tous les syndicats et tous les mouvements de résistance vont changer durablement le visage de la France. Ils vont rédiger le programme du Conseil National de la Résistance intitulé : « Les jours heureux ».
Ce programme est encore au cœur du système social français puisqu’il a donné naissance à la sécurité sociale, aux retraites par répartition, aux comités d’entreprises…

Le réalisateur Gilles Perret a tenté de retracer le parcours de ces lois, de raconter comment ce programme est démantelé depuis, de questionner la réalité sociale d’aujourd’hui et de voir comment les valeurs universelles portées par ce programme pourraient irriguer le monde de demain.

Un entretien de Daniel Mermet.

http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2863

Ce n’est pas pour ça que vous avez été élu(e)s

APRILE Nani Moretti (1997)

Ce n’est pas pour ça que vous avez été élu(e)s », dénoncent une centaine de personnalités (Daniel Cohn-Bendit, Myriam Martin, Olivier Besancenot, Patrick Chamoiseau, Eric Fassin, Phillippe Lioret, Martine Billard, Lilian Thuram, Richard Moyon, etc.), dans une pétition ouverte à l’adresse de François Hollande et des élu(e)s de la majorité en dénonçant les reculs sur les contrôles d’identité, le droit de vote des étrangers, les régularisations: « C’est maintenant qu’il faut mettre en chantier ces mesures qui feront qu’à l’avenir, l’immigration cessera de n’être considérée que comme « un problème »».

Dix années durant, nous avons combattu côte à côte la politique d’immigration dévastatrice de Sarkozy. Nous nous sommes retrouvés dans la rue, devant les préfectures et les centres de rétention, signataires d’innombrables pétitions, parrains et marraines d’enfants, de jeunes et de familles, proclamant notre refus d’une politique stérile et malfaisante qui dévaste des vies et nous déconsidère aux yeux des peuples du Sud. Des milliers de photos et de vidéos, chargées d’émotions, témoignent de ces combats communs.

Même si le candidat François Hollande s’est montré timoré dans ses prises de position sur l’immigration, le 6 mai laissait espérer un véritable changement sur ces questions. Des mesures en faveur des sans papiers, certes, du droit de vote des étrangers, la fin des contrôles au faciès, bien sûr. Mais aussi des gestes qui disent à tous les habitants de ce pays qu’ils sont ici chez eux, qu’ils sont légitimement de ce pays, qu’ils sont ce pays.

Au-delà de ceux qu’elle visait explicitement, les sans papiers, les Roms, les jeunes des quartiers, la politique d’exclusion de Sarkozy atteignait et blessait en réalité toutes celles et tous ceux dont le nom, le prénom, la couleur de peau ou le visage disent que leur patrimoine génétique n’est pas que berrichon, mâtiné, auvergnat et, par ricochet, tous ceux qui vivent avec eux, travaillent quotidiennement ou partagent des loisirs avec eux, les aiment et font des enfants avec eux.

Intégralité du texte et pour signer la pétition :

http://www.lapageaecrire.org/

Mississipi 1964

Juin 1964. Plus de mille volontaires rejoignent le Mississipi pour soutenir l’inscription des électeurs noirs. Deux mois plus tard : quatre morts, quatre-vingt personnes battues et mille arrêtées, soixante-sept églises, maisons et commerces incendiés ou détruits à l’explosif. Ce livre retrace l’histoire de cet été-là et de son impact sur toute une génération. La campagne du Freedom Summer constitue un tournant critique pour ceux qui y ont participé mais aussi pour l’ensemble de la gauche américaine. Elle a rassemblé et radicalisé les volontaires présents dans le Mississipi, et elle a préparé le terrain à la constitution de vastes réseaux militants nationaux d’où sont issus les principaux mouvements contestataires de l’époque (féministes, pacifistes, étudiants, etc.). Le projet Freedom Summer a été un creuset pour l’organisation de l’activisme des années 1960, tout autant qu’une contribution majeure au développement de la contre-culture américaine.

L’auteur

Professeur de sociologie à l’université de Stanford, Doug McAdam est spécialisé dans l’étude des mouvements sociaux. Il a notamment écrit Political Process and the Development of the Black Insurgency 1930–1970 (The University of Chicago Press, 1982).

Extrait dans contretemps :

http://www.contretemps.eu/fr/lectures/bonnes-feuilles-freedom-summer-luttes-droits-civiques-mississipi-1964-doug-mcadam

Traité retraité

La revue vacarme (automne 2012) propose des modifications dans le texte du traité sur la stabilité… extrait :

TRAITÉ SUR LA STABILITÉ, LA COORDINATION ET LA GOUVERNANCE, LA SOLIDARITÉ, LA COOPÉRATION ET LA DÉMOCRATIE AU SEIN DE L’UNION ÉCONOMIQUE ET MONÉTAIRE ENTRE LES PEUPLES ET LEURS INSTITUTIONS PROVISOIRES : LE ROYAUME DE BELGIQUE (sous la condition d’extrader Bernard Arnault), LA RÉPUBLIQUE DE BULGARIE, LE ROYAUME DE DU DANEMARK, LA RÉPUBLIQUE FÉDÉRALE D’ALLEMAGNE (sous la condition d’une gestion rationnelle et responsable de leurs finances publiques), LA RÉPUBLIQUE D’ESTONIE, L’IRLANDE, LA RÉPUBLIQUE HELLÉNIQUE, LE ROYAUME D’ESPAGNE, LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE (dès qu’elle arrêtera de pourchasser les Roms, citoyens européens), LA RÉPUBLIQUE ITALIENNE (idem), LA RÉPUBLIQUE DE CHYPRE, LA RÉPUBLIQUE DE LETTONIE, LA RÉPUBLIQUE DE LITUANIE, LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG (quand il aura cessé d’être un paradis fiscal), LA HONGRIE (sous réserve de retour à la démocratie), MALTE, LE ROYAUME DES PAYS-BAS, LA RÉPUBLIQUE D’AUTRICHE, LA RÉPUBLIQUE DE POLOGNE, LA RÉPUBLIQUE PORTUGAISE, LA ROUMANIE, LA RÉPUBLIQUE DE SLOVÉNIE, LA RÉPUBLIQUE SLOVAQUE, LA RÉPUBLIQUE DE FINLANDE ET LE ROYAUME DE SUÈDE (à condition de cesser ces extravagances),

  • ci-après dénommés les « parties contractantes » les « parties solidaires »
  • CONSCIENTES de leur obligation, en tant qu’États que membres de l’Union européenne, de considérer leurs politiques économiques et sociales comme une question d’intérêt de bien commun ;
  • ESTIMANT que, vraiment, ça ne va pas très fort en ce moment ;
  • DÉSIREUSES de favoriser les conditions d’une croissance économique plus forte vie meilleure, dans l’Union européenne et ailleurs, et à cette fin, de développer une coordination sans cesse plus étroite des politiques économiques et sociales au sein de la zone euro ;

  • TENANT COMPTE DU FAIT que la nécessité pour les gouvernements de maintenir des finances publiques saines et soutenables de mettre un terme à la concurrence fiscale et aux politiques de baisse des impôts et par là de prévenir tout déficit public excessif, est d’une importance essentielle pour préserver la stabilité de la zone euro dans son ensemble pour s’affranchir des marchés, et requiert dès lors l’introduction de règles spécifiques, dont une règle d’équilibre de coopération budgétaire et un mécanisme automatique pour l’adoption de mesures correctives un tant soit peu amicales ;
  • CONVAINCUES que la montée des fascismes dans toute l’Europe est en rapport direct avec la double réduction par les États des politiques de l’Union à une simple intendance économique, et de celle-ci à un plan d’austérité perpétuelle, et PERSUADÉES que quand on impose sans débat démocratique une rigueur sans alternative, on passe le plat à des nationalismes qui ont alors beau jeu de mettre les difficultés sur le compte de l’Union européenne et, par-dessus le marché, de passer pour des démocrates attachés au débat ;

  • CONSCIENTES de la nécessité de faire en sorte que leur déficit public ne dépasse pas 3 % de leur produit intérieur brut aux prix du marché et que leur dette publique ne dépasse pas 60 % de leur produit intérieur brut aux prix du marché ou diminue à un rythme satisfaisant pour se rapprocher de cette valeur de référence ne dépassent pas un certain seuil, déterminé collectivement par l’Union en fonction de la conjoncture économique, de la souffrance sociale et des investissements nécessaires dans chaque pays ;
  • CONSIDÉRANT que l’obligation de ne pas laisser partir les déficits en sucette ne peut pas être le dernier mot de la politique économique de l’Union, qui a tout de même d’autres chats à fouetter et autant de chances à saisir, notamment celle d’assurer et de financer les conditions d’une transition écologique radicale et réaliste  : fin des hydrocarbures et sortie du nucléaire ;

 

Collectif pour un audit citoyen !

La ratification du Pacte budgétaire par la France début octobre serait un évènement grave. Elle imposerait durablement une politique d’austérité. Nous, organisations associatives, syndicales et politiques, avons décidé de mener ensemble une vaste campagne d’éducation populaire et de mobilisation citoyenne, avec en particulier une grande manifestation unitaire le 30 septembre à Paris.

L’intervention des citoyens dans le débat démocratique doit convaincre les parlementaires, particulièrement celles et ceux qui ont été élus sur la promesse d’une renégociation de ce Pacte budgétaire, de refuser sa ratification et de permettre ainsi la réouverture du débat en Europe. L’appel en permanence à la signature de toutes les organisations qui souhaitent contribuer à ces objectifs.

http://www.audit-citoyen.org/

Revoir la vidéo de Y. Biliris :

Justice en Italie

Photos : Les années de plomb en italie

Retour sur les évenements de Gênes lors du G8 : un mort, des violences policières… Et une justice ?

Onze ans après le G8 de Gênes, la justice italienne vient de rendre ses derniers jugements, sévères avec les manifestants, mais pas avec les policiers accusés de violences. Salvatore Palidda, professeur de sociologie à l’université de Gênes, démêle l’écheveau des responsabilités et les stratégies mises en place dans le traitement judiciaire des événements.

Tout le monde se souvient des violences, abus de pouvoir et tortures de la part de nombreux agents de police contre des manifestants, lors du G8 de Gênes, ainsi que des violences de la part des soi-disant black bloc. Onze ans après ces 20 et 21 juillet 2001, la troisième instance de la justice italienne vient de rendre un verdict définitif contre des policiers accusés des passages à tabac envers les 93 manifestants qui dormaient dans l’école Diaz, puis, juste après, un second verdict contre dix manifestants inculpés de « destructions et pillages » et accusés d’être responsables des « dévastations » de la ville et de la mise en grave danger de l’ordre public.

Suivant le schéma adopté dès le début, le traitement judiciaire du G8 de Gênes a donc cherché à donner une image d’équilibre, condamnant à la fois les policiers et les manifestants.

Mais en réalité ces deux sentences (et même les autres) sont extrêmement déséquilibrées. Voici pourquoi:

1) Les plus hauts responsables de l’ordre public à Gênes n’ont pas du tout été touchés. Le chef de la police d’alors, Giovanni De Gennaro, a continué à progresser dans une carrière plus que brillante, jusqu’à devenir le chef de tous les services secrets du pays, et aujourd’hui sous-secrétaire d’Etat du gouvernement Monti chargé de ces services. Dans une position toujours très puissante, grâce aux soutiens de personnalités de poids à gauche comme à droite, il a même pu changer les règles des carrières dans la police, afin de favoriser les siens et de mettre en quarantaine ceux qui ne partageaient pas ses méthodes.

2) La quasi-totalité des policiers, et notamment les carabiniers, responsables des désordres de rue et même de destructions et dévastations considérables (faits largement documentés dans des centaines d’images, de vidéos et même par des témoignages lors des procès) n’a même pas été incriminée. En particulier, on trouve des preuves flagrantes de la provocation des désordres et destructions par l’attaque absolument illégitime, par les carabiniers, du cortège autorisé et pacifique des soit-disant «tute bianche» (noglobal) ainsi que d’autres manifestants, y compris enfants, personnes âgées, bonnes sœurs et religieux (1).

3) Les policiers condamnés pour les violences de la Diaz – à des peines relativement légères – ne passeront même pas un jour en prison et probablement trouveront comment ne pas payer les frais de justice ni les dommages aux victimes ; ils ne seront pas non plus contraints de rembourser les salaires des postes de très haut niveau auxquels ils ont été promus au cours de ces onze années, tout comme ne seront pas sanctionnées les autorités de police et les gouvernements qui les ont protégés et même aidés dans de surprenantes progressions de carrière, alors qu’ils étaient poursuivis pour des délits graves (mais en Italie la torture n’est pas encore prévue par le Code pénal, et donc elle est considéré comme de simples «coups et blessures», ce qui entraîne la prescription des peines très légères prévues pour ce genre de délit). En effet, la seule peine qui les frappe est l’interdiction d’exercer toute fonction publique pendant cinq ans, ce qui a entraîné leur démission de leurs fonctions – pour certains, la direction de secteurs des services secrets et d’unités spéciales de la police d’Etat.

4) En revanche, les dix manifestants, seuls inculpés de tous les « dévastations et pillages » (certains d’entre eux ont même avoué, mais ils ne faisaient pas partie du black bloc) ont été condamnés à des peines très lourdes (de 6 à 10 et même 13 ans de prison). Des condamnations rarement prononcées envers des personnes coupables d’homicide ou d’autres délits très graves, alors que les manifestants ne sont accusés que d’avoir brisé des vitrines, attaqué des distributeurs de billets (sans succès) et commis quelques autres actes dits de vandalisme, mais sans jamais avoir mis personne en danger, ni avoir attaqué des policiers.

Il est donc évident que le but de cette stratégie judiciaire a été d’arriver à des sentences exemplaires, souhaitées probablement par la quasi totalité des autorités de l’Etat et du Parlement (de droite à gauche) avec en tête ceux qui sont notamment assez proches des forces de police. Il apparaît évident qu’il y a là une volonté de confirmer la logique de la « tolérance zéro » qui domine depuis plus de vingt ans, d’autant plus que les autorités craignent une escalade des révoltes, à cause de l’appauvrissement provoqué par l’actuelle gestion de la crise financière.

Ce qui s’est passé au G8 de Gênes ne fut pas une banale succession d’erreurs et d’actes maladroits de la part des policiers et de violences programmées par le Black bloc ou les “no-global”. Ce fut la tentative (tenue en échec par des années de dénonciations venues des manifestants victimes) d’expérimenter une gestion militarisée de l’ordre public. C’est-à-dire un plan précis qui aurait voulu écraser, par le recours à la violence la plus brutale et les coups montés, une protestation qui était en train de devenir trop populaire et mondiale et que les grands pouvoirs du monde ne voulaient plus tolérer. C’est pour cette raison que les quelque trois cents personnes du Black bloc ont été laissées libre de casser, alors que les policiers disposaient des forces et des moyens de les arrêter tout de suite. Mais ainsi, les autorités ont pu utiliser les destructions (en tout cas assez symboliques) ainsi causées pour légitimer leurs violences. A noter qu’aucun manifestant n’était doté d’arme à feu ou tranchante, et que personne n’a cherché à attaquer ni à désarmer les policiers, alors que ceux-ci n’ont pas hésité à tirer sans soucis sur la foule ou lancer à toute vitesse leurs blindés dans sa direction. Voilà pourquoi tous les chefs de la police (sauf les rares qui montrèrent leur désaccord) ont été récompensés avec des promotions difficilement imaginables dans n’importe quel autre pays, même “ démocratique de façade ”. Mais en Italie, on peut se permettre de se foutre même des apparences (depuis le fascisme jusqu’à Berlusconi). Ainsi prévalent l’arrogance, le culot, et surtout la possibilité de faire et défaire ce que le plus fort veux; il suffit, basta, que quelques chefs des forces de police, des forces militaires et d’autres institutions accumulent les bonnes relations d’amitié-protection, même par le biais de dossiers secrets, avec nombre de personnalités de premier plan, y compris du Vatican et de la finance. En effet, depuis l’époque fasciste, ce pays n’a pas cessé de connaître des tentatives de coups d’Etat, de complots, de meurtres, alimentées aussi par des fractions des services secrets et des pouvoirs nationaux et transnationaux, y compris les mafias.

Ce n’est pas sur le terrain de la lutte contre les mafias, le terrorisme, la corruption, l’économie souterraine (qui en Italie atteint 35 % du PNB) ni pour la défense rigoureuse de la res publica, que les responsables policiers qui ont défendu l’honneur de leurs collègues responsables des violences les plus lâches et même de torture contre les manifestants anti G8 de Gênes ont appris leur métier. Ils l’ont appris pendant des décennies passées à pratiquer tout autrement que ce que prescrit depuis 2001 le Comité des Ministres du Conseil d’Europe  (le “Code Européen d’Ethique de la Police”, CEEP, pas encore adopté par l’Italie, qui n’a pas adopté non plus les normes contre la torture).

Or, si cela a été possible dans ce pays à la Constitution si démocratique, c’est parce que la majorité parlementaire et les gouvernements qui se sont succédé, du centre gauche à la droite, ont continué à cultiver des relations de complicité avec les hiérarchies policières et militaires pour couvrir toutes sortes d’affaires oscillant entre licite et illicite. Ce fut Giuliano Amato, jadis bras droit de Bettino Craxi, qui choisit De Gennaro comme chef de la police d’Etat alors qu’il n’était pas le candidat plus coté ; et ce fut Luciano Violante, alos sénateur, et Massimo D’Alema, qui soutinrent avec force ce choix (aujourd’hui, le député Marco Minniti, leur disciple, est aussi chef de la Fondation ICSA –études pour la sécurité et la défense– qui réunit dans son comité directeur toutes sortes de représentants de services secrets, policiers et militaires). Depuis l’arrivée au pouvoir de la police de M. De Gennaro, on a vu proliférer les promotions de fonctionnaires de police au rang de préfet du gouvernement, et on a assisté à une progressive militarisation de toutes les polices –et même des pompiers et des polices municipales, car le recrutement est réservé à ceux qui ont été volontaires pour trois ans dans les missions militaires en Somalie, Irak, Kosovo, Afghanistan etc.

Dernière remarque: il apparaît assez emblématique qu’au cours de ces vingt dernières années, les cas de corruption, abus, violences et autres délits concernant des policiers aient augmenté au point qu’on peut estimer leur taux à environ dix fois plus que parmi la population masculine âgée de 18 à 65 ans. De même, le taux de parlementaires incriminés pour les délits les plus divers atteint presque trente fois celui de la population masculine adulte. Le gouvernement Monti a promis rigueur, lutte sérieuse contre la corruption et la fraude fiscale. Mais les polices italiennes (publiques et privées, nationales et locales) sont-elles en mesure de satisfaire cet objectifs? Ou bien sont plus zélées avec les faibles, les manifestants, les roms, les immigrés, voire les victimes prises pour bourreaux ? Qui va engager un véritable plan d’assainissement et de rationalisation démocratiques de ces polices, tout comme des forces militaires et en général de l’administration publique, puisque le niveau de l’économie souterraine, de la corruption et de la fraude fiscale n’a pas d’égal dans les pays européens? Cependant, comme de nombreuses recherches comparatives l’ont montré, l’Italie est le pays où le coût de la sécurité –publique et privée– par habitant est le plus élevé.

Mais cela n’a servi qu’au business de certaines entreprises et aux carrières de certaines personnalités. Les vraies insécurités qui frappent la population la moins protégée ne sont pas combattues; c’est le cas du travail au noir et semi-noir, des accidents du travail, de la pollution, de l’élimination illicite des déchets toxiques et des dommages causés par les éco-mafias, avec pour conséquence la diffusion des cancers. La crise économique semble favoriser les économies souterraines, tandis que les abus de pouvoir se répandent à cause de l’érosion croissante des possibilités d’action politique de la majorité de la population. L’asymétrie du pouvoir qui s’est imposée au cours de ces vingt années de succès du néo-libéralisme (y compris dans les rangs de la gauche) a assuré l’impunité aux hiérarchies policières ainsi qu’à la plupart des acteurs dominants de tous les secteurs, alors que la possibilité de défense de la part de la population s’est affaiblie. Comme dit Boltanski, « il faudrait admettre que les institutions sont sans fondement et que le pouvoir qu’elles exercent repose sur un lieu vide. La cause de la critique, c’est la cause de la démocratie ».

(1) Voir la documentation et les vidéos sur le site http://www.processig8.org ainsi que dans le documentaire « OP Genova 2001 ».