The occupiers

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The Occupiers. The Making of the 99 Percent Movement

Michael A. Gould-Wartofsky

Septembre 2015

Né à l’automne 2011, Occupy Wall Street (OWS) a fait couler beaucoup d’encre, mais peu d’ouvrages permettent de comprendre ce qu’a été ce mouvement. Dans un récit détaillé, Michael Gould-Wartofsky insiste sur les tensions internes, la reproduction des formes de domination — en dépit de la volonté de fonctionner « horizontalement » — et la répression policière et politique.

Ayant lui-même participé activement à l’occupation de Zuccotti Park, l’auteur, militant et jeune doctorant en sociologie, montre à partir d’une riche enquête que « le phénomène Occupy ne se réduit pas aux occupants ou aux occupations ». Loin de se cantonner à la dénonciation des inégalités de revenus, le discours des « 99 % » — face aux « 1 % » les plus riches —, en fédérant sous une bannière commune étudiants, syndicalistes, militants associatifs et politiques, travailleurs pauvres et chômeurs, aurait « renouvelé le langage » de la gauche. Au-delà du cliché des assemblées générales interminables, OWS a remis au centre des débats la question des rapports entre autorité publique et richesse privée, pouvoir économique et pouvoir d’Etat, favorisant, selon l’auteur, l’émergence de nouvelles forces progressistes dans le ventre de la bête.

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Chomsky occupy

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Photo : A.Fradkin
Dans Occupy, Chomsky souligne que l’un des plus grands succès du  mouvement est de mettre les inégalités de la vie quotidienne à l’ordre  du jour, influençant la presse, sensibilisant le public et le discours  lui-même.
« En 30 ans de lutte des classes, Occupy, dit Noam Chomsky, est une réaction populaire des plus importantes », un mouvement initié par les gens de la rue et qui commence à New York le 17 Septembre 2011 ; ce mouvement se propage rapidement en de très nombreux lieux à travers le monde. Bien que la police ait perquisitionné et fermé la plupart des campements d’origine, début 2012, on note que le mouvement se déploie très largement dans la conscience populaire. L’énergie d’Occupy provient de l’indignation que ressentent tous les gens ignorés confrontés à une injustice sans cesse accrue. Voir des milliards de dollars d’impôts utilisés pour le maintien des banques, alors que ces mêmes banques chassent hors de chez eux les populations, provoque la colère de millions de personnes. Voir des milliards de dollars recueillis pour payer les guerres dévastatrices en Irak et en Afghanistan tandis que les politiciens font des coupes claires dans les services sociaux est tout aussi épouvantable. La contrainte économique est la face visible du problème, la crise politique de la démocratie représentative la soustend. Chomsky aborde ces questions à travers un plaidoyer du contrôle par le travailleur, et la discussion sur l’importance de redéfinir des idées telles que la croissance. Continuer avec le modèle dominant, dit-il, c’est se mettre en position d’équilibre fragile, tout près du gouffre, tels des « lemmings au bord de la falaise ». Pour remédier à cela, il encourage la diffusion des idées pour « un mode de vie différent » basé non sur l’optimisation de notre pouvoir d’achat mais sur « l’optimisation des valeurs importantes pour la vie ».
Editions de l’Herne Janvier 2013

Occupy wall street

De la matinée du 17 septembre à la nuit du 15 novembre 2011, le Zuccotti Park, une place arborée de trois kilomètres carrés située au cœur de Wall Street, est occupé. Quelques centaines de personnes le premier jour, rassemblées à l’appel du magazine alternatif canadien Adbusters, sont venues dénoncer les outrances et les dérives du capitalisme ultralibéral dans ce lieu chargé de symboles. Rapidement, comme espéré depuis si longtemps, le mouvement prend de l’ampleur. Des quatre coins de New York, puis de tout le pays, des gens affluent. We are the 99% !, scande-t-on en chœur. « Nous sommes les 99% » : les oubliés des dividendes, les chômeurs sans chômage, les travailleurs sous-payés, les étudiants sans logement, les retraités sans retraite, les illégaux dont le système profite chaque jour, les fonctionnaires dont les conditions de travail se détériorent, les médecins dont les hôpitaux sont insalubres, les professeurs dont les universités ne sont accessibles qu’aux tranches les plus aisées de la population. Une majorité qui chaque jour paye le prix des erreurs et de la cupidité des 1% restant : celles d’une richissime minorité au pouvoir.


Des religieux et des artistes de tous bords, des politiciens et des sans-domiciles fixes, des mères au foyer et leurs enfants viendront à leur tour grossir les rangs de la contestation. En quelques jours, plusieurs centaines d’individus s’approprieront, sans heurt ni violence, les quelques km2 de la place et y dresseront un campement qui deviendra au fil des semaines une véritable ville. Une ville autonome, autogérée, chaleureuse et utopique. Une ville qui accueille et informe les touristes sur sa démarche, une ville qui héberge et nourrit chaque personne participant au mouvement. Une ville au milieu de la ville : une espace affranchi qui apprendra de lui-même, au fur et à mesure de son extension, à s’organiser, à se ravitailler et à se protéger.
Au milieu des revendications et des slogans, au milieu de la détresse des uns et de l’espoir des autres, en même temps qu’un désir flou et urgent de changement prend son envol dans le monde, c’est une forme réinventée de démocratie qui se met alors en place au cœur Wall Street. Une démocratie joyeusement collective et participative, jamais pyramidale, jamais hiérarchique, mais qui, parce que la nécessité de réinventer un monde est devenue trop forte, existera, deux mois durant, dans la paix, le respect et la générosité.


Imaginant au jour le jour des solutions pour parer aux problèmes de gestion, de maintenance, de sécurité, de salubrité et d’intendance, les occupants, passée l’euphorie des premières heures, ont appris à travailler ensemble pour faire face, avec le peu de ressources dont ils disposaient, aux problèmes matériels et logistiques qui rapidement auraient entravé l’essor et la détermination du mouvement. Comment parler à une foule tous les jours plus nombreuse alors que l’utilisation de mégaphones est interdite dans les rues de New York ? Comment nourrir chaque jour tant de bouches sans cuisine ni eau courante ? Comment assurer la sécurité à l’intérieur du camp alors que des centaines d’occupants y dorment ? Comment se protéger de l’hiver qui approche ? Comment s’assurer d’une couverture médiatique et se faire entendre du gouvernement ? Comment éviter d’être envahi par les rats, si nombreux à Manhattan ? Comment gérer les dons de nourriture, de vêtements et d’argent venus des quatre coins du monde ? Comment faire pour que chacun trouve une place dans le mouvement, une occupation dans l’occupation, un moyen d’être utile à une cause que certains disent décousue, mais dont les buts à Wall Street me parurent pourtant si clairs : réapprendre, au-delà de la finance, de l’argent, des emprunts, des subprimes, de la corruption et de la crise, à parler et vivre ensemble malgré nos différences et la différence de nos opinions.


Ce documentaire est une traversée : je voulais donner à entendre ces voix qui occupèrent Wall Street et se battirent pour inventer, empiriquement, une autre façon d’être ensemble. Donner à entendre cet espoir que le maire de New York et quelques centaines de policiers passèrent à tabac et démantelèrent en deux heures la nuit du 15 novembre 2011. Ces voix : l’audace de leur démarche et la portée de leurs propos. La naïveté de leur tentative et la clameur de sa nécessité. L’éclat de leur colère et le murmure de leur dénuement. Alexandre Plank

Production : Alexandre Plank

Réalisation : Lionel  Quantin

Documentaire sur France Culture en écoute :

http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4413677