Autogestion en Grèce

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H.Cartier Bresson Grèce 1961

« Vous ne le pouvez pas ? Nous, nous le pouvons ! »

«Nous sommes ceux qui pétrissent et nous n’avons pourtant pas de pain,

nous sommes ceux qui extraient le charbon et nous avons pourtant froid.

Nous sommes ceux qui ne possèdent rien
et nous arrivons pour prendre le monde»


Tassos Livaditis (poète grec, 1922-1988)

Au cœur de la crise, les travailleurs de Vio.Me. [1] visent le cœur de l’exploitation et de la propriété. Alors que le taux de chômage atteint 30% en Grèce,alors que le revenu des travailleurs est nul, fatigués et irrités par des phrases pompeuses, des promesses et de nouveaux impôts, sans salaire depuis mai 2011 et sans travail du fait de l’abandon de l’usine par leurs employeurs, les travailleurs de Vio.Me, à la suite d’une décision prise lors de leur assemblée générale, ont fait part de leur détermination à ne pas devenir les proies d’un chômage permanent mais plutôt de lutter afin de s’approprier l’usine et de la faire fonctionner eux-mêmes. En octobre 2011, par le biais d’une proposition officielle, ils ont revendiqué la constitution d’une coopérative ouvrière, demandant une reconnaissance légale pour leur propre coopérative ainsi que pour celles qui suivront. Ils ont revendiqué, en parallèle, l’argent nécessaire pour faire fonctionner l’usine. Cet argent leur appartient quoi qu’il en soit puisque se sont eux qui produisent la richesse de la société. Le plan qu’ils ont établi n’a rencontré qu’indifférence de la part de l’Etat et des bureaucraties syndicales. Il a toutefois rencontré l’enthousiasme au sein des mouvements sociaux, lesquels ont lutté au cours des derniers six mois pour répandre le message de Vio.Me. à l’ensemble de la société, cela par la création de l’Open Initiative of Solidarity à Thessalonique, puis par la mise sur pied d’initiatives identiques dans beaucoup d’autres villes.

Le temps du contrôle ouvrier de Vio.Me. est venu !

          Les travailleurs ne peuvent attendre plus longtemps que l’Etat en banqueroute réalise ses promesses creuses de soutien (même l’aide d’urgence de 1000 euros promise par le ministre du Travail – actuellement Yannis Vroutsis – n’a jamais été approuvée par le ministre des Finances – actuellement Yannis Stournaras). Il est temps que Vio.Me. reprenne son activité, non pas par ses anciens patrons ou même par de nouveaux, mais par les travailleurs eux-mêmes. Cela devrait aussi bien être le cas d’autres usines qui sont en train d’être fermées, qui se déclarent en faillite ou qui licencient des travailleurs. La lutte ne peut se limiter à Vio.Me. Pour qu’elle puisse être victorieuse, elle doit être généralisée et s’étendre à toutes les usines et à tous les commerces qui sont en train d’être fermés. C’est seulement par la constitution d’un réseau d’entreprises autogérées que Vio.Me. sera capable de prospérer et d’éclairer le chemin d’une organisation différente de la production et de l’économie, sans exploitation, sans inégalité et sans hiérarchie.

Alors que les usines ferment les unes après les autres, alors que le nombre de chômeurs et chômeuses en Grèce approche les 2 millions et que l’immense majorité de la population est condamnée à la pauvreté et à la misère par le gouvernement de coalition du PASOK, de la Nouvelle Démocratie et des Démocrates de gauche – lequel poursuit les politiques des gouvernements précédents – la revendication de faire fonctionner les usines sous contrôle ouvrier est la seule réponse sensée au désastre auquel nous faisons face chaque jour. C’est la seule réponse au chômage. Pour cette raison, la lutte de Vio.Me. est la lutte de tout le monde.

Nous sollicitons toutes les travailleuses et tous les travailleurs, les chômeuses et les chômeurs, ainsi que toutes celles et ceux qui sont touchés par la crise de faire front avec les travailleurs de Vio.Me. et de les soutenir dans leur volonté de mettre en pratique leur conviction que les travailleurs peuvent produire sans patrons! Nous appelons à la participation à une caravane de lutte et de solidarité à travers tout le pays, culminant par trois jours de lutte à Thessalonique. Nous les appelons à s’associer à ce combat et à organiser leurs propres luttes sur leurs lieux de travail, avec un fonctionnement de démocratie directe, sans bureaucrates. Nous les appelons enfin à participer à une grève politique générale afin de dégager ceux qui détruisent nos vies!

Tout cela contribuera à l’établissement d’un contrôle ouvrier sur les usines et sur l’ensemble de la production ainsi que d’organiser l’économie et la société que nous voulons, une société sans patrons!

C’est le temps de Vio.Me. Mettons-nous au travail! Pavons la voie à une autogestion générale des travailleuses et des travailleurs!Pavons la voie d’une société sans patrons!  (Traduction A l’Encontre)

[1] Viomichaniki Metaleftiki est une entreprise produisant des minéraux industriels pour la construction et intégrée au groupe Philkeram-Johnson SA. La firme a été créée en 1961, par la famille Philippou, depuis longtemps active dans le domaine de la céramique. Le nom Philkeram vient de la combinaison du nom de famille Philippou et karemika, céramique en grec. Une opération de fusion s’est opérée en 1969, qui a donné le nom de Philkeram-Johnson SA. La crise qui a explosé en 2008, en particulier dans le secteur de la construction, a frappé la firme, d’autant plus que les crédits bancaires s’asséchaient et qu’augmentait le prix du fioul et de l’électricité. (Réd. A l’Encontre).

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Ci-dessous un petit historique, ainsi que le communiqué de presse annonçant la décision du personnel à passer à l’autogestion.

source  http://www.autogestion.asso.fr/?p=2533

City Plaza Athènes

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L.Freed Athens 1962

Le City Plaza est un projet d’hébergement auto-organisé à destination des réfugié-e-s dans le centre d’Athènes : 400 personnes y sont hébergées, dont 180 enfants. Le City Plaza est un hôtel abandonné de 7 étages, inoccupé depuis sept ans, jusqu’à son occupation par des activistes et des réfugié-e-s fin avril 2016.

Le City Plaza constitue une réponse pratique aux politiques migratoires et de contrôle des frontières répressives en Grèce, à l’accord entre l’Europe et la Turquie et à la militarisation des frontières. Il s’agit d’une réponse des mouvements sociaux à la prise au piège de dizaines de milliers de réfugié.es sur le territoire grec, aux détentions de masse dans les zones de frontières, ainsi qu’aux désastreuses conditions de vie des réfugié-e-s dans les villes et dans les immenses camps gérés par l’Etat.

Le City Plaza est basé sur les principes d’auto-organisation et d’autonomie et dépend entièrement du support politique et de la solidarité pratique venue de Grèce et de l’étranger. C’est pourquoi nous appelons à la solidarité internationale envers le centre d’hébergement City Plaza. C’est seulement par une solidarité massive que cet ambitieux projet antiraciste peut survivre, se défendre contre la répression et continuer à couvrir les immenses coûts de la nourriture, des médicaments, de produits d’hygiène et de l’ensemble des choses nécessaires à son fonctionnement quotidien.

Alternatives libertaires juillet 2016 :

http://www.alternativelibertaire.org/?Grece-temoignage-anarcho

Le spectre de la démocratie

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De janvier à juillet 2015, Yanis Varoufakis a été le ministre des finances du premier gouvernement mené par Syriza en Grèce ; à ce titre, il a tenté de renégocier les termes du protocole d’entente prescrit à son pays par l’Eurogroupe et la « Troïka » – la Commission européenne, la Banque centrale Européenne et le Fonds monétaire international. Il a démissionné quand le premier ministre grec Alexis Tsipras a désavoué sa victoire écrasante au référendum du 5 juillet 2015 en cédant aux exigences des créanciers de la Grèce. Depuis lors, Yanis Varoufakis a œuvré à la fondation d’un mouvement trans-européen pour la démocratisation de l’UE. Vacarme traduit ici un entretien paru en anglais sur near futures online #11.

Comptes sombres

J’aimerais commencer par quelques questions sur la Grèce et sur les relations du deuxième gouvernement d’Alexis Tsipras – Syriza II – avec ses créanciers. Le FMI tout d’abord. Après ce qu’on peut appeler la reddition du gouvernement grec, en dépit des résultats du référendum du 5 juillet, la position du FMI a semblé, dans une certaine mesure, s’assouplir : « Il faut bien l’admettre », ont dit en substance ses représentants, « la dette grecque n’est pas soutenable » – il faudrait donc qu’elle soit relativement allégée. Le ministre des finances allemand Wolfgang Schäuble, le président de la Banque centrale allemande et les autres partisans de la ligne dure du club des créanciers ont aussitôt repoussé l’idée d’une réduction, même modeste, de la dette. Dans les mois qui ont suivi, le clivage entre la position intransigeante représentée par Schäuble et l’approche manifestement plus clémente du FMI ne s’est pas résorbé. Pourtant, Alexis Tsipras s’est efforcé, jusqu’à présent sans succès, d’écarter le FMI du groupe des institutions impliquées dans la mise en œuvre du troisième « protocole d’entente » (d’accord). Comment expliquez-vous cette tentative, par le premier ministre grec, de se débarrasser de l’acteur institutionnel apparemment le plus disposé à reconnaître la nécessité d’un effacement partiel de la dette grecque ?

D’abord, il n’y a là rien de neuf. C’est un fait historique : le FMI a répété, à juste titre, que la dette n’est pas soutenable depuis 2011-2012. En 2012-2013, Christine Lagarde a même proposé au gouvernement de coalition conservateur/PASOK une alliance entre Athènes et Washington, afin d’obtenir de l’Eurogroupe un allègement de la dette. Cette alliance a été rejetée par le gouvernement grec, qui a préféré rester loyal à Berlin. Ce que vous avez décrit n’est donc que la répétition du même schéma. Si vous lui posiez votre question, Alexis Tsipras vous dirait que, quand le FMI se répand sur la nécessité de réduire la dette, il ne parle que de la part due aux Européens sans jamais se référer à la part qui lui revient. Le FMI, expliquerait-il, ne propose des coupes que dans la bourse des autres, pas dans la sienne.

Il insisterait surtout sur les conditions impitoyables que le FMI pose à la Grèce, en matière d’assouplissement du droit du travail et de diminution des pensions de retraite. Tsipras soutenait déjà cet avis quand j’étais au gouvernement. C’était sa conviction, pas la mienne. Pour ma part, j’étais plus ambivalent sur cette volonté de se débarrasser du FMI au motif de l’insuffisance et de l’hypocrisie de ses protestations sur l’allègement de la dette. Tsipras estimait qu’un équilibre plus juste entre réglementation sociale du travail et réforme des retraites d’une part, allègement de la dette de l’autre, ne pouvait être obtenu qu’en traitant directement avec les responsables européens. Selon moi, c’est une erreur : le gouvernement fédéral de Berlin a besoin de l’appui du FMI. Le semblant de conflit entre Washington, Francfort, Bruxelles et Berlin n’est qu’un jeu sur lequel Athènes ne devrait pas miser. Le FMI restera dans la course, sans doute sans prêter davantage, parce qu’il est absolument essentiel pour Angela Merkel d’avoir, aux yeux du gouvernement fédéral, le FMI de son côté.

La reddition du gouvernement grec, pour reprendre votre expression, est désastreuse pour une raison particulière : nous n’avons pas su profiter des divisions internes du FMI pour arracher à la Troïka un accord dont le préalable aurait été l’allègement et les restrictions de la dette. À partir du moment où l’on a capitulé, jouer sur la participation ou non du FMI n’a plus grande importance : c’est hors-sujet, la partie a été perdue.

Extrait de Vacarme :

L’Europe et le spectre de la démocratie

Entretien avec Yanis Varoufakis

Retour sur la Grèce

Libération-dAthènes-octobre-1944

Athènes Liberation 1944

En Grèce depuis l’élection de Syriza en janvier dernier, on a assisté, dans l’impuissance et la colère, à une interminable tentative de mise au pas du gouvernement grec de la part des « institutions » (la Commission européenne, la BCE et le FMI). Le cas grec n’est pas un simple épisode de plus dans l’histoire récente et bien peu glorieuse de l’Europe, la Grèce est le cas d’école à partir duquel on ne peut plus penser exactement de la même façon qu’avant le devenir de l’Europe, et plus précisément de la zone euro. Sans avoir aucune idée des résultats des prochaines élections à l’heure où ces lignes sont écrites, on ne peut que constater à quel point les « institutions » ont voulu faire de la Grèce un exemple : diktats d’austérité budgétaire, privatisations, hausse des impôts y compris pour les plus pauvres, réduction de la protection sociale, modification du droit du travail. Ou bien elle sera exclue. Qu’elle rentre dans les clous des critères de la « bonne » gouvernance publique et des réformes structurelles, ou sinon qu’elle crève étouffée par sa dette. Et d’ailleurs elle étouffera dans sa dette, même si elle se soumet.

C’est pourquoi nous ne voulons rentrer qu’hors des clous, hors de ce qui nous est promis, de ce qui est écrit d’avance. Et la Grèce nous a donné l’occasion d’y voir clair : les prétendues négociations ont dévoilé au grand jour — merci Varoufakis — les non-choix, les non-discussions proposées par les représentants de l’eurozone en l’état actuel des forces politiques ; plus encore, il s’agissait de faire la preuve qu’un gouvernement d’une gauche composite et décidée à défendre son peuple ne peut qu’échouer. Eh bien non, pas question de se contenter de ce silence qu’on nous intime. On ne rentre pas dans ce moule, on ne retourne pas en arrière, on renverse et on repart.

Si l’on faisait une sorte de physique simplifiée des logiques économiques et politiques à l’œuvre aujourd’hui, on pourrait opposer une vision statique à une appréhension dynamique du monde. Ça fait un peu peur de parler de dynamique aujourd’hui, tant nous avons soupé du jeune cadre du même nom depuis les années 1980, mais il faut l’entendre dans son sens initial, simple, pas comme une volonté d’entreprendre, mais comme une mise en mouvement. Or, contrairement à ce que nous serine la communication moderne, la logique néo-libérale vise à figer le monde, tandis que les pensées dites d’extrême-gauche travaillent le flux, la pluralité, la transformation. Que nous intime la nouvelle orthodoxie économique, si ce n’est la monomanie d’un TINA (There Is No Alternative) qui ne cesse de découper le monde entre ceux qui ont le droit (de travailler, de voyager, de s’endetter…) et ceux qui ne l’ont pas ou plus, et qui en appelle à un retour aux origines tantôt fantasmées (pour le néo-libéralisme de l’ordre spontané à la Hayek), tantôt construites mais pour toujours (à la manière de l’ordo-libéralisme allemand). Dans tous les cas, cette orthodoxie renvoie à un temps qui n’a jamais existé, dans lequel la main invisible ou la règle fondamentale du marché aurait censément fait son œuvre, et rélève d’une logique qui ne connaît que la répétition de modèles à l’identique. Pas question dès lors de se laisser piéger par les discours accusatoires qui font de ceux qui descendent dans la rue pour réclamer la protection de la protection sociale, ou de l’intermittence, ou des précaires, ou pour rappeler à la France qu’elle n’est la patrie des droits de l’homme que sur les frontons des mairies, des réactionnaires, des archéos, des vieux croûtons (ou pas seulement). Car ces acteurs des mouvements sociaux ne réclament que rarement le retour du même, la restauration à tout prix d’un monde perdu : se référer à des modèles anciens, qui ont pu fonctionner, et les utiliser comme point de référence pour penser au présent, ce n’est pas s’abîmer dans la nostalgie. En revanche, prétendre soigner la Grèce en lui imposant un modèle économique unique qui ne tient compte ni de son histoire, ni de sa géographie, ni des aspirations politiques de son peuple, c’est vouloir la fondre dans le plomb et nous avec : plus de futur (mais la reconduction éternelle de raisonnements identiques — indépendamment de toute réalité), plus de pluralité (mais une unique logique gestionnaire), plus d’expériences (mais une commune dévotion à la loi du marché). Mais quelle fascination perverse nous conduit, nous les peuples de l’Europe, à consentir à un tel bégaiement tyrannique ?

Vacarme 2015

La capitulation de Syriza a constitué une défaite pour l’ensemble de la gauche radicale européenne et, de « laboratoire de l’espoir », la Grèce est devenue une « cause de désespoir » pour de nombreux•ses militant•e•s en Europe. Comment penser stratégiquement à partir de cette défaite et dans le contexte politique nouveau qu’elle a ouvert ? Le théoricien marxiste Panagiotis Sotiris tente ici de répondre à cette question, refusant les facilités rhétoriques d’une « célébration de l’émeute », qui esquive la question stratégique, et d’une rumination stérile de l’Octobre russe.

Panagiotis Sotiris est membre d’Unité populaire, organisation de la gauche radicale grecque, et est l’auteur de nombreux articles, dont plusieurs ont été publiés parContretemps-web.

 

D’une certaine façon, je ressens une sorte de malaise puisque la gauche grecque dans son ensemble a une forme de responsabilité dans le fait que la Grèce ne soit pas aujourd’hui un laboratoire de l’espoir ; elle est plutôt une cause de désespoir. Ce que je vais dire devrait être pris comme une forme d’autocritique plutôt qu’une déclaration. Je considère que je fais moi-même partie du problème…

Le problème est le suivant. La Grèce a été le pays dans lequel l’expérience d’ingénierie sociale néolibérale a été la plus agressive et a suscité la séquence de luttes la plus massive, quasi-insurrectionnelle, celui où la crise politique a été la plus proche, en Europe de l’Ouest depuis la « Chute des dictatures », d’une crise d’hégémonie, où un parti de gauche relativement petit a été catapulté au pouvoir, où un peuple rebelle a refusé le chantage de l’Union européenne lors du référendum du 5 juillet. Le pays où Syriza a accepté des réformes néolibérales qui feraient rougir jusqu’aux tristement célèbres « Chicago Boys », allant d’une refonte du système de retraite aux privatisations en passant par des saisies immobilières et des expulsions massives, après avoir remporté une élection où le reste de la gauche à échoué à remettre en cause la variante de gauche du « there is no alternative » [« il n’y a pas d’alternative »] qui donnait le ton du débat.

Y avait-il une autre voie possible pour la Grèce ? Ou devrions-nous accepter le principe selon lequel un petit pays du Sud européen n’était pas en position de répondre au chantage de l’UE ? Je suis fortement en désaccord avec cela. Le moment du référendum était optimal pour une stratégie de rupture : fin des négociations, arrêt des paiements de la dette, nationalisation du système bancaire, début d’un processus de retour à une monnaie nationale, comme point de départ d’un processus plus large de transformation. L’immense potentiel politique du résultat du référendum, et le degré de mobilisation populaire et de solidarité internationale, pouvaient permettre d’agir contre les évidentes difficultés initiales ; difficultés dont on peut penser qu’elles n’étaient pas plus grandes que celles auxquelles nous faisons face aujourd’hui en Grèce, et qui sont certainement moindres que celles auxquelles nous serons confrontés dans les années à venir. Cependant il n’y a pas eu de préparation de la part de Syriza, ne serait-ce que pour penser une stratégie de rupture, ce qui a conduit à une série de concessions et de compromis désastreux, avant même l’élection de janvier 2015. Cette absence de préparation à une autre éventualité que le compromis au sein de l’Eurozone n’était pas due au manque de temps. Elle résultait plutôt d’un choix conscient que la rupture était impossible, choix qui provenait de la combinaison d’un européanisme compulsif et d’une tentative de construire des alliances avec des segments de la bourgeoisie grecque.

Est-ce la fin de l’histoire ?

Voir aussi :

http://la-bas.org/la-bas-magazine/textes-a-l-appui/frederic-lordon-syriza-podemos-le-combat-continue

 

Le révélateur grec

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L’Europe dont nous ne voulons plus

par Serge Halimi, août 2015

APERÇU

Un mouvement jeune et plein d’énergie entendait transformer une nation et réveiller le Vieux Continent. L’Eurogroupe et le Fonds monétaire international (FMI) ont écrasé cette espérance.

Au-delà du choc que les événements grecs représentent pour certains des partisans du projet européen, trois enseignements s’en dégagent. D’abord, la nature de plus en plus autoritaire de l’Union à mesure que l’Allemagne y impose sans contrepoids ses volontés et ses obsessions. Ensuite, l’incapacité d’une communauté fondée sur une promesse de paix à tirer la moindre leçon de l’histoire, même récente, même violente, dès lors qu’il lui importe avant tout de sanctionner les mauvais payeurs, les fortes têtes. Et enfin, le défi que pose ce césarisme amnésique à ceux qui voyaient dans l’Europe le laboratoire d’un dépassement du cadre national et d’un renouveau démocratique.

Au départ, l’intégration européenne a prodigué à ses citoyens les avantages matériels collatéraux de l’affrontement Est-Ouest. Dès le lendemain de la guerre, le projet fut impulsé par les Etats-Unis, qui recherchaient un débouché pour leurs marchandises et un glacis contre l’expansion soviétique. Mais Washington avait alors compris que, si le monde qui se disait « libre » voulait concurrencer efficacement les républiques « démocratiques » membres du pacte de Varsovie, il devait conquérir les cœurs et les esprits en démontrant sa bonne volonté sociale. Depuis que cette corde de rappel stratégique n’existe plus, l’Europe se dirige comme le conseil d’administration d’une banque.

Debt

Un accord désastreux pour la Grèce et pour l’Europe

jeudi 16 juillet 2015, par Thomas Coutrot

Aucun économiste ne le nie : la Grèce ne pourra pas rembourser sa dette, insoutenable.

Pourquoi alors l’Eurogroupe, unanime, exige-t-il depuis 6 mois de la Grèce de nouvelles mesures d’austérité et un excédent budgétaire extravagant (3,5% du PIB en 2017) ? François Hollande l’a répété encore ce lundi matin : pour « respecter les règles » de la zone euro. Le remboursement des dettes insoutenables et la saignée du malade agonisant font partie des règles intangibles de nos docteurs Diafoirus, allemands ou non.

Depuis six mois le gouvernement Syriza lutte courageusement pour honorer son mandat d’interrompre l’austérité. Mais il est soumis au supplice de la baignoire (« fiscal waterboarding » selon l’expression de Yannis Varoufakis). Le nouveau « programme » décidé le 13 juillet va-t-il permettre à la Grèce de sortir la tête de l’eau ? Il est vrai qu’il porte sur 3 ans, ce qui pourrait donner un peu de visibilité. Mais « l’aide » accordée à la Grèce ne va pas financer les si nécessaires investissements dans la modernisation productive et écologique du tissu productif grec, ni permettre à la Grèce de recouvrer son autosuffisance alimentaire. Elle va encore moins payer les salaires des fonctionnaires ou les dépenses sociales. Ces 80 milliards ne profiteront pas aux grecs car ils visent exclusivement à faire face aux échéances de remboursement de la dette et à recapitaliser une nouvelle fois les banques saignées par la fuite des capitaux des riches Grecs.

Quant aux 35 milliards d’euros supplémentaires vantés par François Hollande pour financer des investissements, ils se situent « dans le cadre du plan Juncker » : or on sait que ce plan ne comporte quasiment pas d’argent public mais repose essentiellement sur d’hypothétiques projets portés par des multinationales privées, auxquels l’Union européenne apporterait des garanties. Comme le fameux « pacte de croissance » dont se vantait François Hollande en juin 2012 pour justifier la ratification du Traité budgétaire, il s’agit là de sommes purement virtuelles et qui le resteront.

Le référendum grec a été vécu comme une gifle par les dignitaires européens, une « rupture de confiance ». Demander au peuple son avis sur des sujets qui engagent aussi lourdement son avenir est une incongruité aux yeux de ceux pour qui les règles européennes, elles-mêmes garantes du respect des lois du marché et de l’intérêt des créanciers, doivent toujours prévaloir sur la volonté populaire. Les dignitaires européens ont fait lourdement payer à Tsipras le prix de cette incongruité : l’accord du 13 juillet prévoit la création d’un fonds de garantie de 50 milliards d’euros, gagé sur de futures privatisations qui profiteront aux multinationales européennes, allemandes en particulier. Il organise le retour de la Troïka – FMI compris – à Athènes, ainsi que la soumission des projets de loi à la Troïka avant leur examen par le Parlement grec. L’allégement de la dette est refusé au profit d’une vague promesse de reprofilage. Ajoutées au plan d’austérité draconien qu’avait déjà accepté la Grèce avant le 13 juillet, ces dispositions marquent l’effondrement de la souveraineté démocratique du peuple grec et ouvrent une grave crise politique en Grèce.

L’euro est-il sauvé ? Évidemment non. Comme les huit plans précédents, le nouveau plan d’austérité va aggraver la récession et le déficit public et alourdir in fine le poids de la dette grecque. L’espoir d’une vague d’investissements financés par le rapatriement des capitaux grecs exilés risque d’être rapidement déçu. Certes, à court terme, le maintien de la Grèce dans l’euro supprime l’un des facteurs d’instabilité des marchés financiers internationaux. Mais l’éclatement de l’actuelle bulle financière et immobilière mondiale, qui a probablement commencé par la Chine, n’en est pas moins inéluctable dans les mois qui viennent. Il va poser à nouveau la question de la crédibilité de l’euro, dont les maillons faibles seront sans doute soumis à de fortes pressions spéculatives.

Au plan politique l’impact de l’accord du 13 juillet risque d’être pire encore. Le coup d’État financier organisé par la BCE et l’Eurogroupe contre la Grèce – asséchement des liquidités, fermeture des banques, chantage à l’expulsion – va laisser de profondes traces dans les opinions publiques européennes. Ce traitement de choc visait en particulier l’électorat espagnol, soupçonné de préparer une nouvelle rébellion contre l’oligarchie européenne. Impossible de prédire ce qu’il en sera en Espagne. Mais en Grèce, en France et dans bien d’autres pays, l’extrême-droite risque de sortir très renforcée de toute cette affaire.

La Grèce pouvait-elle faire autrement que de capituler ? Par le courageux référendum du 5 juillet, le peuple grec donnait à Alexis Tsipras toute la légitimité à exiger un compromis : des mesures d’austérité, oui puisque telle est le dogme qui fonde encore la zone euro, mais modérées, socialement justes et en échange d’un horizon financier dégagé pour trois ans et d’un engagement à restructurer la dette. On pouvait croire ou non à la viabilité de ce pari. Mais l’accord du 13 juillet n’est pas un compromis mais une mise sous tutelle de la Grèce et de son gouvernement.

Ce dernier aurait-il pu obtenir mieux ? Les mouvements sociaux européens doivent faire leur autocritique, car la mobilisation en solidarité et contre l’austérité n’a pas été suffisante pour peser sur nos gouvernements. On peut aussi penser que le gouvernement grec s’est privé d’un argument de poids en ne préparant pas de plan B. Moratoire sur le remboursement de la dette, émission d’une monnaie fiscale à usage interne, réforme fiscale anti-oligarques, programme de relance de l’investissement productif : un tel projet alternatif aurait renforcé sa position de négociation, voire ouvert une porte de sortie en cas d’intransigeance absolue des créanciers. Ce plan B, même assorti d’une expulsion de la zone euro, aurait mieux valu pour la Grèce et pour l’Europe que l’accord du 13 juillet. Mais le peuple grec n’a pas dit son dernier mot : s’il entre dans le jeu maintenant et refuse ce diktat des créanciers, il appartiendra aux citoyens européens d’être à ses côtés.

Non au chantage

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J’ai décidé d’entrer en politique pour une raison : pour être aux côtés d’Alexis Tsipras dans la lutte contre la servitude de la dette. De son côté, Alexis Tsipras me fit honneur en me mobilisant pour une raison : une conception très précise de la crise fondée sur le rejet de la doctrine Papaconstantinou [conseiller économique (2004-2007) puis ministre des Finances (2009-2012) de Papandréou, NdT], selon laquelle entre la faillite désordonnée et les emprunts toxiques, l’emprunt toxique est toujours préférable.

Il s’agit d’une doctrine que je rejetais car elle faisait peser une menace constante dont le but était d’imposer, dans la panique, des politiques qui garantissent une faillite permanente et, en fin de compte, la servitude par la dette. Mercredi soir, au Parlement, j’ai été appelé à choisir entre (a) adopter la doctrine en question, en votant pour le texte que les « partenaires » avaient imposé à la manière d’un coup d’État et avec une brutalité inouïe à Alexis Tsipras lors du sommet européen, et (b) dire « non » à mon Premier ministre.

« S’agit-il d’un vrai ou d’un faux chantage ? », c’était la question que nous a posée le Premier ministre, exprimant ainsi le dilemme de conscience odieux qui se posait à nous comme à lui-même. De toute évidence, le chantage était vrai. J’y fus confronté pour la première dans mon bureau, où M. Dijsselbloem me rendit visite le 30 janvier pour me placer face au dilemme « mémorandum ou banques fermées ». Nous savions dès le départ à quel point les créanciers étaient sans scrupules. Et nous avons pris la décision de mettre en pratique ce que nous nous disions l’un à l’autre, encore et encore, lors des longues journées et des longues nuits à Maximou [résidence officielle du Premier ministre, NdT] : nous ferions ce qui est nécessaire pour obtenir un accord viable sur le plan économique. Nous ferions un règlement sans finir sur un compromis. Nous reculerions autant que nécessaire pour atteindre un accord de règlement au sein de la zone euro. Mais, si nous étions vaincus par la logique destructive des mémorandums, nous livrerions les clefs de nos bureaux à ceux qui y croient pour qu’ils viennent appliquer les mémorandums quand nous serions à nouveau dans les rues.

«Y avait-il une alternative ? », nous a demandé le Premier ministre mercredi dernier. J’estime que, oui, il y en avait. Mais je n’en dirai pas plus. Ce n’est pas le moment d’y revenir. L’important est que, au soir du référendum, le Premier ministre a estimé qu’il n’existait pas d’alternative.

C’est pourquoi j’ai démissionné, afin de faciliter son voyage à Bruxelles et lui permettre d’en ramener les meilleurs termes qu’il pourrait. Mais pas pour que nous les mettions en œuvre, quels qu’ils fussent !

Lors de la réunion de l’organisation centrale du parti, mercredi dernier, le Premier ministre nous a demandé de prendre une décision ensemble et d’en partager la responsabilité. Très correct. Mais, comment ? Une solution aurait consisté à faire, tous ensemble, ce que nous disions et répétions que nous ferions en cas de défaite. Nous dirions que nous étions soumis, que nous avions apporté un accord que nous considérons non viable et que nous demandons aux politiques de tous les partis qui le considèrent au moins potentiellement viables, de former un gouvernement pour l’appliquer.

Le Premier ministre a opté pour la deuxième solution : que le premier gouvernement de gauche reste en place, même au prix de l’application d’un accord – produit de chantage – que le Premier ministre lui-même considère inapplicable.

Le dilemme était implacable – et il l’était également pour tous. Comme Alexis Tsipras l’a bien affirmé, nul n’est en droit de prétendre être confronté à un dilemme de conscience plus fort que le Premier ministre ou les autres camarades. Mais, cela ne signifie pas que ceux qui se sont prononcés en faveur de l’application de l’ « accord » inapplicable par le gouvernement lui-même sont habités par un sens plus fort des responsabilités que ceux qui, parmi nous, se sont prononcés en faveur de la démission, remettant l’application de l’accord à des hommes politiques qui le considèrent potentiellement applicable.

À la séance plénière du Parlement, la réalité a été parfaitement bien décrite par Euclide Tsakalotos [nouveau ministre des finances, ndlr] qui a expliqué que ceux qui estimaient ne pas pouvoir mettre à charge du gouvernement de Syriza la ratification de cet accord disposaient d’arguments aussi puissants que ceux qui estimaient que le gouvernement Syriza est tenu, face au peuple, de mettre en œuvre ce mauvais accord pour éviter la faillite désordonnée.

Personne parmi nous n’est plus « anti-mémorandum » qu’un autre, et personne parmi nous n’est plus « responsable » qu’un autre. Tout simplement, lorsque l’on se trouve à un carrefour aussi dangereux, sous la pression de la (mal)Sainte Alliance du Clientélisme International, il est parfaitement légitime que certains camarades proposent l’une ou l’autre voie. Dans ces conditions, il serait criminel que les uns traitent les autres de « soumis » et que les seconds traitent les premiers d’ « irresponsables ».

En ce moment, en plein milieu de désaccords raisonnables, ce qui prévaut, c’est l’unité de Syriza et de tous ceux qui ont cru en nous, en nous accordant ce grandiose 61,5%. La seule façon de garantir cette unité est de reconnaître mutuellement les arguments, en partant du principe que les dissidents réfléchissent de manière aussi bonne, aussi responsable et aussi révolutionnaire que nous.

Partant de ces points, la raison pour laquelle j’ai voté « non » mercredi dernier était simple : nous aurions dû avoir remis les clefs de Maximou et des autres ministères, comme nous disions que nous le ferions en cas de capitulation. Nous aurions dû avoir remis les clefs à ceux qui peuvent regarder le peuple dans les yeux et lui dire ce que nous ne pouvions pas : « l’accord est dur mais il peut être appliqué d’une manière qui laisse un espoir de reprise et de renversement de la catastrophe sociale ».

Le gouvernement de gauche ne peut pas prendre, face à l’Europe officielle, des engagements dont il sait qu’il ne pourra pas les réaliser. Le bien suprême que le gouvernement de Syriza doit protéger est la promesse que nous donnions quand nous nous rendions dans les capitales européennes : contrairement à nos prédécesseurs, nous ne vous promettrons pas quelque chose (par exemple, un excédent primaire précis) qui ne peut pas être atteint. Le gouvernement de gauche n’a pas, en même temps, le droit de piller encore plus les victimes des cinq ans de crise sans pouvoir au moins répondre par l’affirmative à la question : « Avez-vous au moins obtenu quelque chose qui compense les mesures récessives ? »

Plusieurs camarades me disent : « N’est-ce pas mieux que ce soit nous qui tenions les rênes ? Nous qui aimons notre pays et qui avons de bonnes intentions concernant la lutte contre la corruption et l’oligarchie ? » Oui, c’est mieux. Mais, avec quels outils travailler ? La décision du Sommet européen fixe et étend l’absence totale de contrôle social sur les banques, alors que la société sera chargée de 10 à 25 milliards supplémentaires de dettes pour renflouer celles-ci.

Et, comme si cela ne suffisait pas, il se crée un super-TAIPED (fonds d’exploitation de la propriété publique), entièrement sous le contrôle de la troïka (indépendamment du lieu où se trouve le siège de ce fonds), qui privera une fois pour toutes la République hellénique du contrôle sur ses avoirs publics. Et comment l’austérité sera-t-elle vérifiée lorsqu’un trait de plume d’ELSTAT (agence des statistiques de Grèce que nous avons cédée à la troïka mercredi dernier) déterminera la taille de l’excédent primaire ?

Et, quand la société commencera à ressentir dans ses tripes l’étau des résultats de la nouvelle austérité désastreuse, quand les jeunes et les moins jeunes prendront les rues ou resteront, désespérés, chez eux, confrontés à ces effets -ces gens dont jusqu’à présent nous portions la voix, qui les représentera dorénavant dans l’arène politique ? Le parti qui a introduit ces mesures au Parlement pourra-t-il représenter ces gens en même temps que ses ministres bien-intentionnés seront forcés de défendre ces mesures, au parlement et sur les chaînes de TV, en se faisant la risée de l’opposition au mémorandum ?

« Mais, ne sers-tu pas le plan de Schäuble, en votant contre l’accord ? », me demande-t-on. Je réponds en posant ma propre question : « Êtes-vous certains que cet accord de capitulation ne fait pas partie du plan de Schäuble ? »

► Le dernier rapport du FMI prévoit une dette publique supérieure à 200% du PIB, ce qui interdit au FMI d’accorder de nouveaux prêts,

► L’exigence de l’ESM, sur ordre de Schäuble, que le FMI accorde de nouveaux prêts, pour prêter lui aussi à la Grèce,

► Le spectacle d’un gouvernement grec qui vote pour des réformes auxquelles il ne croit pas mais, en plus, qu’il qualifie de produit de chantage,

► Le spectacle d’un gouvernement allemand qui passe au Bundestag un accord avec la Grèce qu’il qualifie lui-même de non fiable et d’échec a priori.

Ne conviens-tu pas, cher lecteur, que ce qui vient d’être énoncé sont de puissants « alliés » de Schäuble ? Existe-t-il en effet une manière plus sûre de défenestrer le pays de la zone euro que cet accord non viable qui assure au ministre des Finances allemand le temps et les arguments pour mettre sur les rails le Grexit tant souhaité ?

Mais en voilà assez. Mon jugement m’a amené à voter contre la ratification de l’accord de capitulation, en estimant que la doctrine Papaconstantinou demeure inacceptable. D’un autre côté, je respecte parfaitement les camarades qui ont un autre point de vue. Je ne suis pas plus révolutionnaire-moral qu’eux mais ils ne sont pas plus responsables que moi, non plus. Aujourd’hui, ce qui est en balance, c’est notre capacité à préserver comme la prunelle de nos yeux, la camaraderie et la collectivité, en conservant le droit à l’opinion différente.

Pour conclure, il existe également un aspect philosophique au dilemme de conscience qui se pose à nous tous : existe-t-il des moments où le calcul du bénéfice net est dépassé par l’idée selon laquelle certaines choses ne doivent tout simplement pas être faites en notre nom ? Ce moment, est-il un de ces moments ?

Il n’existe pas de bonnes réponses. Seule existe la disposition honnête à respecter les réponses que donnent nos camarades avec lesquels nous ne sommes pas d’accord.

Source : efsyn.gr