Paroles d’Iran

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Forough Farrokhzad – que les Iraniens ont pris l’habitude d’appeler par son seul prénom Forough qui signifie “ étincelle ” – est une des figures majeures de la poésie contemporaine en Iran. Originaire d’une famille de militaires à Téhéran, Forough, après une jeunesse difficile, apprend la peinture. Son premier recueil de poésies, La captive, est publié en 1955. On y ressent la forte influence de Fereydoon Moshiri, de Nader Naderpour et Fereydoun Tavalalli.Ses recueils suivants sont Le mur en 1956 et Rébellion en 1958. C’est au cours de l’année 1958 qu’elle rencontre Ebrahim Golestan, écrivain et cinéaste. En 1959, Forough Farrokhzad poursuit des études cinématographiques en Angleterre, puis tient un petit rôle dans La proposition (1960).

En 1962, la jeune femme s’installe à Tabriz où elle tourne La maison est noire, sur une léproserie. Le film reçoit le Grand prix documentaire au Festival Oberhausen en 1963. La même année, elle joue dans la pièce de Luigi Pirandello Six personnages en quête d’auteur. Elle publie alors son quatrième et dernier recueil Une autre naissance (1963).

Forough Farrokhzad trouve la mort le 14 février 1967 dans un accident de voiture.

La Maison est noire est aujourd’hui considéré comme le point de départ du nouveau cinéma iranien. Kiarostami rendra hommage à la poétesse en 1998 en intitulant son film Le Vent nous emportera du titre d’un de ses poèmes et une autre poétesse et réalisatrice Granaz Moussavi renverra à son œuvre à travers un pèlerinage sur sa tombe et son portrait dans My Tehran for sale en 2009.

En juin 1967, dans la revue Cinéma 67 , Chris Marker rendait hommage à Forough Farrokhzad en ces termes :

“ Elle était faite à parts égales de magie et d’énergie, c’était la reine de Saba décrite par Stendhal. C’était surtout le courage. Elle ne se cherchait ni alibis, ni cautions, elle connaissait l’horreur du monde aussi bien que les professionnels du désespoir, elle ressentait la nécessité de la lutte aussi bien que les professionnels de la justice, mais elle n’avait pas trahi son chant profond. Pour son premier film, elle était allée droit au plus irregardable : la lèpre, les lépreux. Et s’il fallait un regard de femme, s’il faut toujours un regard de femme pour établir la juste distance avec la souffrance et la laideur, sans complaisance et sans apitoiement, son regard à elle transformait encore son sujet, et en contournant l’abominable piège du symbole parvenait à lier, par surcroît de vérité, cette lèpre à toutes les lèpres du monde. Si bien que La Maison est noire est aussi la Terre sans pain de l’Iran, et que le jour où les distributeurs français admettront qu’on peut être persane, on s’apercevra que Forough Farrokhzad avait donné plus en un seul film que des tas de gens au nom plus facile à retenir. Elle écrivait : “ La terre enserre mon coprs froid. Sans toi, loin des émois de ton cœur, mon cœur se décompose sous la terre. L’eau de pluie, les rafales, plus tard, doucettement, laveront mon corps sous la terre. Mon tombeau sera celui de l’inconnu libéré des louanges, délivré des méprises. ” Pardon pour les louanges, Forough. Délivrée des méprises, c’est à voir. Mais pour ce qui est de restée inconnue, je ne crois pas que tu y arriveras. ”

(Chris Marker, Cinéma 67, n°117, juin 1967).

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