Flamenco Bankia

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Depuis 2008, plus de 362 000 foyers espagnols ont été victimes de saisies immobilières, entraînant dans plusieurs cas des suicides… Le gouvernement, en connivence avec les banques, refuse de modifier une loi sur les hypothèques obsolète et inhumaine. Celle-ci permet au créancier, les banques, de gagner sur tous les tableaux et de s’enrichir sur la misère. Les mouvements citoyens s’organisent pour freiner les expulsions et changer la loi.

bastamag.

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Tierra y libertad 2

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25 % de chômage, 50 % chez les jeunes, l’Espagne s’enfonce dans la crise, et les
plans d’austérité sans précédent ne font qu’augmenter le désastre.

Les
jeunes diplômés quittent le pays, la contestation s’installe, les syndicats
tentent de mobiliser, mais l’horizon est sombre.

Au point qu’en
Andalousie, à Somonte, des journaliers agricoles occupent des terres pour
survivre, eux et leurs familles.

Action symbolique dans une Espagne
désemparée, ils ramènent le pays au cri des paysans de jadis : « Tierra y
libertad ! ».

http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2649

Septiembre Madrid

Hier à Madrid Toma la plaza !

Pour «sauver la démocratie», ils avaient imaginé «encercler le Congrès». Des milliers d’indignés de Madrid et d’ailleurs ont répondu à l’appel du «25-S» (pour 25 septembre), mardi soir dans la capitale, et tenté d’encercler, physiquement, le parlement espagnol, pour dénoncer l’évolution de cette institution devenue à leurs yeux un «organe superflu» assujetti aux marchés financiers.

« La troïka (Commission européenne, BCE et FMI, ndlr) et les marchés financiers ont pris en otage la souveraineté populaire, avec le consentement, et la collaboration de la majorité des partis politiques », dénonce le manifeste de l’une des plateformes à l’origine du «25-S». « Il faut dire à ces kidnappeurs qu’il est temps qu’ils s’en aillent. »

Deux revendications dominaient, dans les cortèges: la démission du gouvernement de Mariano Rajoy (élu en novembre dernier, entré en fonction fin décembre), critiqué pour mettre en place une politique d’austérité musclée, et l’ouverture d’un processus constitutionnel, pour changer de fond en comble les institutions nationales, et la manière de faire de la politique.

Mediapart (extrait)

Los mineros protestan en El Soton

Photo : El Pais

L’Espagne vit l’un de ses plus importants mouvements sociaux ouvriers depuis la fin de la dictature franquiste. Plus de 8 000 mineurs, provenant de 40 mines de charbon, principalement dans la région des Asturies au nord, se sont lancés le 23 mai dans une grève illimitée, visant à dénoncer la réduction des subventions publiques. Mardi 10 juillet le mouvement a gagné Madrid : un cortège nocturne a d’abord arpenté les rues de la capitale, casques rivées sur la tête, à la lumière des lampes frontales. Le lendemain, ils étaient des milliers de mineurs à défiler vers le ministère de l’industrie, point d’orgue d’une « marche noire » de plusieurs kilomètres et intervenant au moment où le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, présentait au Parlement un nouveau plan d’austérité censé réduire le déficit de l’Etat de 65 milliards d’euros en deux ans et demi.

« Nous sommes tous des mineurs ! »

Ce combat des mineurs espagnols rappelle avec insistance une époque révolue, celle de la désindustrialisation de la vieille Europe et tout particulièrement les luttes virulentes qui ont opposé dans les années 1984-1985 les mineurs britanniques au projet du National Coal Board voulu par le gouvernement de Margaret Thatcher. Les analogies sont nombreuses, en premier lieu cette détermination à toutes épreuves : en Asturies, les mineurs sont encagoulés, munis de boucliers, de lance-pierres et de lance-roquettes artisanaux, bloquant quotidiennement les routes et les autoroutes, sans craindre la confrontation directe avec les forces de l’ordre [1]. Dans le même temps, six d’entre eux restent volontairement enfermés au fond d’un puits d’extraction depuis le 28 mai. « Nous n’avons rien à perdre et nous irons jusqu’au bout » scande entouré de ses compagnons de lutte, Antonio Ortiz, un mineur venu du nord de la province de Léon. Le combat du secteur minier espagnol semble d’autant plus anachronique que l’épuisement des ressources fossiles et l’émission des gaz à effets de serre sont considérés unanimement comme une menace planétaire. Pourtant, en dépit d’un blocage politico-médiatique évident, les mineurs de charbon recueillent un soutien très fort de la société civile espagnole : plusieurs dizaines de milliers de personnes, toutes générations confondues, les ont acclamés ce mercredi place Christophe Colomb dans le centre de Madrid. « Que vive la classe ouvrière ! Nous sommes tous des mineurs ! » : la présence de nombreux drapeaux du parti communiste espagnol et la profusion de slogans propres au mouvement ouvrier faisaient resurgir la notion de la lutte des classes. Un discours qui reçoit d’autant plus d’écho que la plupart des indicateurs économiques font désormais de l’Espagne le pays le plus inégalitaire de l’Union Européenne (Ue). En 2006, une vingtaine de grandes familles détenaient 20,14 % du capital des entreprises de l’Ibex-35, l’équivalent du Cac-40. Une élite constituée par seulement 1400 personnes contrôle les ressources équivalentes à 80,5 % du PIB. « C’est un moment où il faut résister ! Cela ne fait pas l’ombre d’un doute, la situation économique va empirer mais il faut éviter à tout prix un scénario à la portugaise dans lequel le pays serait complètement soumis aux intérêts du capitalisme financier » analyse Enrique Lopez, un maitre d’école quinquagénaire venu distribuer des tracts appelant à une grève générale indéterminée dans l’éducation.

Le mouvement des mineurs mêle ainsi un ensemble de revendications politiques et économiques qui dépassent largement la seule question de la survie de l’extraction minière de charbon et la disparition annoncée des 30 000 emplois directs et indirects sur les sites concernés. Il y a tout d’abord le rejet grandissant de « l’économie de la douleur », terme employé par le prix Nobel d’économie Paul Krugman pour qualifier la politique d’austérité défendue par les néo-libéraux depuis la contamination de la crise des subprimes américains en 2008. En Espagne la destruction de l’Etat providence, faute de ramener l’équilibre budgétaire a aggravé à contrario l’essoufflement de l’économie et accrue le déficit public (79,8% du PIB prévu pour fin 2012). Un million de personnes s’étaient déjà rassemblées le 29 mars dans la capitale afin de dénoncer le cercle vicieux que génèrent les mesures d’austérité successives. Aujourd’hui ces manifestants soutiennent les mineurs, en dépit des contradictions environnementales. Dans les cortèges de Madrid, un bon nombre avouaient même voir dans ce mouvement social ouvrier, « le moyen de renforcer la contestation sociale et pourquoi pas un levier qui fera basculer le rapport de force avec le Parti Populaire au pouvoir » confie Juan José Lopez, un quadra aragonais membre de l’UGT, un des deux syndicats majoritaires.

Criminalisation de la précarité

Le rejet de la classe politique est l’autre gros point de ralliement des contestataires. La défiance à l’égard des dirigeants s’est en effet généralisée depuis que le chef du gouvernement conservateur, Mariano Rajoy, a bafoué les engagements pris lors de la campagne de 2011, entre autres la promesse de ne pas recapitaliser les banques ou encore le gel de l’IVA, la TVA espagnole, qui grimpera pourtant à 21 % ce lundi 16 juillet. « C’est une fraude électorale ! scande Maria Dominguez, une employée de la grande distribution, le programme du Parti Populaire ne contenait pas les mesures qui ont été prises par la suite ». Suivant une logique comparable, le gouvernement Rajoy a rompu unilatéralement l’accord conclu en 2011 avec les représentants syndicaux des mineurs qui définissait, comme le préconisait Bruxelles, une réduction des aides de manière progressive jusqu’en 2018. « C’est un scandale ! Rien n’a été pensé pour restructurer l’économie dans les bassins ouvriers concernés » dénonce à son tour Eugenio Forseca, un mineur des Asturies à la retraite. Tout aussi symptomatique de la contestation, certains mineurs comme Sergio, avouent à demi-mot avoir voté pour le Parti Populaire aux dernières élections et le regretter largement aujourd’hui : « Comme beaucoup j’ai voté pour l’alternance. Avec le recul, quelle naïveté ! ».

Enfin, c’est un élément déterminant, en dépit de coupes budgétaires drastiques dans le budget de l’Etat, l’Espagne, qui présente l’une des législations les plus répressives des pays développés, reste le pays de l’Ue-15 qui compte le plus grand nombre de policiers pour 10 000 habitants. La dénonciation de la répression policière tend ainsi à rapprocher les mineurs du reste de la contestation sociale. Car la réalisation de l’idéologie néo-libérale n’est pas seulement la disparition de l’Etat en matière économique, éducative et sociale ou encore le seul laisser-faire en matière de législation du travail. Selon le sociologue français Loic Wacquant c’est également « un traitement policier et pénal des classes condamnées au chômage et au salariat précaire ». Mercredi 11 juillet, le gouvernement espagnol l’a rappelé avec force et à deux reprises. Les syndicats avaient mis en place un important dispositif d’encadrement et d’accompagnement du cortège afin d’éviter tout débordement, bien conscients que la bataille se gagne aussi sur le terrain médiatique. Alors que la manifestation touchait à sa fin, il a suffit d’une irruption soudaine des forces de l’ordre pour faire voler en éclats le cortège de protestation [2]. « Les revendications de fond ont disparu rapidement de l’espace médiatique. Les chaines d’informations et les agences de presse ont rapporté en boucle le récit des confrontations avec les forces de l’ordre » regrette Angela Vallina, la maire encartée Izquierda Unida de Castrillon, la première commune minière d’Asturies. Une stratégie qui selon l’élue, prépare une légitimation du discours sécuritaire et « le passage d’un traitement social à un traitement pénal de la précarité sociale ». Car dans un second temps, la manifestation convoquée le soir même par les mouvements Democratia Real Ya et les Indignados sur la fameuse place de la Puerta del Sol, a rassemblé plus de 5000 personnes et s’est également soldée par une série de charges violentes des forces de l’ordre, jusqu’à tard dans la nuit. « Je n’avais jamais vu encore une volonté aussi assumée de casser par la force une manifestation pacifique. Le gouvernement Rajoy montre peut être sans se rendre compte, les signes d’une grande faiblesse » analyse Lucia, une trentenaire contractuelle dans l’éducation. En effet, le gouvernement du Parti Populaire qui persiste à nier les revendications des mineurs, accélère l’implosion de la société et, partant de là, peut être la fin d’un cycle politique et institutionnel en Espagne.

Source : Regards

Tierra y Libertad

siège du CNT AIT à Barcelone

Depuis plus d’un an, différentes luttes en Espagne. Retour dans une terre de combat : De Madrid  à l’Andalousie :

« Notre philosophie peut se résumer de la façon suivante : la terre, comme l’air et l’eau, est un don de la nature que personne ne peut s’approprier pour son profit individuel ou pour son enrichissement privé. La terre est un bien public, propriété du peuple, qui doit être à l’usage et à la jouissance de ceux qui y vivent et qui la travaillent. Si alors la terre n’est à personne, la propriété de la terre est un vol. C’est pour cela que nous demandons l’expropriation sans indemnisation… » (Extrait du programme pour la réforme agraire voté lors du 3e congrès du SOC à Marinaleda en octobre 1983)

Trente ans après la grande époque de ses occupations massives de terres, le Syndicat andalou d’ouvriers agricoles (Sindicato de Obreros del Campo, SOC), vient de renouer avec cette tradition. À 11 heures du matin, le 4 mars, cinq cents journaliers agricoles et membres du syndicat ont envahi la finca Somonte dans les riches terres de la plaine du Guadalquivir près de Palma del Rio dans la province de Cordoba. Ce domaine de 400 hectares, dont 40 à l’arrosage, fait partie d’environ 20’000 hectares que la Junta, le gouvernement andalou socialiste, avait décidé de vendre aux enchères. La vente, ou privatisation, du domaine de Somonte était justement prévue pour le 5 mars.

Qui, dans l’Espagne d’aujourd’hui, frappée par une crise économique sans précédent et par un chômage touchant environ 25 % de la population et 50 % des jeunes (Les chiffres pour l’Andalousie sont encore plus dramatiques, dépassant les 30 %), pourrait en avoir les moyens nécessaires ? Une famille richissime, une banque, une institution financière… ? En tout cas pas les habitants de Palma del Rio, village qui compte 1700 chômeurs…

L’occupation dure déjà depuis une semaine. Trente personnes des villages des alentours se sont installées sur le lieu et ont commencé à travailler la terre, à semer salades, tomates, pommes de terre, oignons et autres légumes, d’abord pour l’autoconsommation. Elles sont aidées tous les jours par des dizaines d’autres venus de toute l’Andalousie pour appuyer l’occupation. Dont deux hommes âgés qui connaissent fort bien cette ferme, y ayant travaillé de nombreuses années. Ils ont apporté leur savoir-faire en précisant que ces terres sont très riches, mais que jusqu’à présent personne ne les a jamais vraiment mises en valeur. Un autre voisin de quatre-vingt-trois ans a apporté des outils manuels qui ne sont plus utilisés dans l’agriculture intensive d’aujourd’hui. D’autres ont amené des semences, des plants, des poules…

Parallèlement il a fallu aménager les habitations afin de pouvoir loger tous les occupants. Un électricien de Fuente Carreteros et un plombier de Palma del Rio se sont proposés comme volontaires. Toutes les décisions sont prises dans des assemblées générales quotidiennes et des commissions ont été établies pour s’occuper de la logistique, des relations avec les médias, du nettoyage, des repas, du travail horticole…

Cette ferme se trouve à 50 kilomètres de Marinaleda, grand bastion du SOC, où la municipalité a créé des conserveries et des ateliers qui pourraient transformer les produits de Somonte. Selon le SOC, la partie irrigable pourrait, dans une première étape, fournir du travail à au moins 50 personnes. La ferme pourrait à terme faire vivre beaucoup plus de gens, grâce à la « culture sociale » de tout le domaine. Les occupants disent qu’ils ne veulent pas créer une coopérative de salariés, mais une « coopérative de résistance » assurant la survie et un lieu de vie pour de nombreuses personnes frappées par la crise.

Au niveau régional et national, le soutien dépasse les milieux syndicaux, venant également de mouvements écologiques, d’associations soutenant l’agriculture biologique, de groupes urbains…

Le jeudi 8 mars une délégation s’est rendue au Département de l’agriculture à Séville, afin de demander que la vente du domaine soit annulée et qu’elle soit mise à la disposition d’une coopérative de travailleurs. Dehors, une manifestation de plus de mille membres du SOC les appuyait. Une nouvelle réunion a été fixée pour mardi le 13 mars.

C’est en 1978 que le SOC, deux ans après sa légalisation suite à la mort de Franco, a lancé les premières occupations de terres depuis la guerre civile. Elles ont surtout visé des latifundia appartenant à des familles aristocratiques, comme les 17’000 hectares du duc del Infantado occupés par les journaliers de Marinaleda en 1985. Le SOC est sans doute le seul syndicat européen à avoir officiellement réclamé la réforme agraire. En partie, il a eu gain de cause et a pu créer des coopératives sur des terres occupées. À l’époque la répression était très forte et des centaines de journaliers se sont trouvés inculpés aux tribunaux. Nous (C’est le Comité européen de défense des réfugiés et immigrés -CEDRI-, précurseur du Forum civique européen, créé surtout par Longo maï, qui a mené cette campagne. En 1985, il a publié la brochure Terre et liberté. La lutte des ouvriers agricoles en Andalousie.) avions lancé une campagne de solidarité internationale, en organisant des tournées d’information dans toute l’Europe et en envoyant des délégations d’observateurs aux procès.

Cette fois-ci, même si la Guardia Civil suit de près l’occupation de la finca Somonte, les autorités n’ont pas encore agi contre le SOC. C’est vrai que des élections régionales cruciales auront lieu le 25 mars où le Parti socialiste pourrait bien perdre le pouvoir en Andalousie pour la première fois depuis la fin de la dictature. Il est donc peu probable que la Junta lance les gardes civils avant cette date… d’autant plus que, face à la crise, ce genre d’action est très populaire et que la colère de la population contre les gouvernants est grande. Mais après le 25 mars… ?

Le SOC a, en tout cas, lancé un appel à la solidarité locale, nationale et internationale. À nous de nous tenir prêts ! Une présence européenne sur place serait une grande aide et rendrait moins probable une intervention policière pour évacuer la ferme. Un compte bancaire sera bientôt ouvert pour une caisse de solidarité financière. Dans l’immédiat, il serait très utile d’envoyer des lettres de soutien à l’adresse électronique indiquée ci-dessous.

« Cette action devrait être le début de la révolution agraire qui, en cette période de chômage, de pénurie et d’escroquerie néolibérale, nous manque tant. Aujourd’hui toute alternative pour survivre avec dignité doit passer par la lutte pour la terre, l’agriculture paysanne et la souveraineté alimentaire… » (Conclusion du premier communiqué des occupants de Somonte, 4 mars 2012)

Même si le gouvernement a déjà pu vendre plus de la moitié des 20’000 hectares dont il était le propriétaire, il reste encore environ 8000 hectares à occuper…

Source originale : http://juralib.noblogs.org/2012/03/25/occupation-de-terres-a-somonte-andalousie/

Liens sur les luttes en Espagne :

http://tomalaplaza.net/

http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2195&var_recherche=ESPAGNE

Joli mai : Puerta del sol

Du 12 au 15 mai, les indignés espagnols ont défié les restrictions du gouvernement en prenant la rue pour commémorer le début de leur mouvement. Un an après, avec autant voire plus de raisons de contester la situation sociale et politique, des dizaines de milliers de personnes ont reproduit à Puerta del Sol l’image qui avait fait le tour du monde.

Les nouvelles restrictions imposées par le gouvernement Rajoy n’ont pas suffi pour faire rester à la maison des milliers d’indignés madrilènes lors de l’anniversaire du mouvement 15 M. La grande place de Puerta del Sol et les rues voisines ont à nouveau vu la foule s’asseoir à terre, débattre, crier des consignes. Si à la différence de l’année dernière il n’y a pas eu de campement, les assemblées, marches et activités ludiques n’ont cessé de s’enchaîner dans le centre de Madrid depuis le 12 mai.

Criminalisation de la résistance

« Le code pénal sera durci afin de faire face aux groupes violents qui pratiquent la guérilla urbaine. »  L’annonce du Ministre espagnol de l’Intérieur en avril dernier avait surpris dans un pays déjà doté de l’un des codes pénaux le plus restrictifs d’Europe. Dans la nouvelle version du code pénal, les actes violents commis au cours d’une manifestation seront assimilables à des actes terroristes. Le nouveau texte s’attaque aussi aux manifestations non violentes : la résistance passive sera considérée comme un délit. Des mesures clairement adressées au mouvement de protestation 15M qui n’a cessé d’être présent dans les rues et les quartiers ces douze derniers mois. L’appel à manifester sera aussi classé comme délit : la diffusion par Internet de convocations « à caractère violent » ou « qui porte gravement atteinte à l’ordre public » sera considérée comme un « délit d’appartenance à organisation criminelle » puni de deux ans de prison au minimum.  Le chef de la police catalane Felip Puig avait même déclaré à propos de la réforme pénale, « elle est nécessaire, non pas pour qu’il y ait plus de gens en prison mais pour qu’ils aient plus peur du système et soient moins osés ». On ne s’étonnera donc pas que l’un des slogans les plus répétés ces jours ci fut « Nous n’avons pas peur ». « Criminaliser les concentrations pacifiques c’est chercher à les rendre violentes » considère Kiko, chargé d’information à Punto Sol, derrière une table en carton remplie de journaux et d’agendas. Derrière lui une frise détaille les actions menées par les commissions tout au long de l’année. « Ces jours-ci nous invitons tout le monde à venir débattre tranquillement sans limitation d’horaires ». Ce n’était pas l’idée de base du gouvernement dont la déléguée régionale à Madrid, Cristina Cifuentes avait annoncé une semaine avant des horaires de manifestation limités à cinq heures en tout le samedi, et dix heures les jours restants, avec l’obligation de finir chaque jour à 22h. Des consignes émises, selon la déléguée pour répondre à la requête d’un citoyen qui demandait une « autorisation pour se réunir avec plus de 20 amis entre le 12 et le 15 mai ». Cette demande, qui est restée anonyme, n’a pas été reconnue ni appuyée par aucun des collectifs dont les membres considèrent qu’ils n’avaient pas besoin de demander l’autorisation.

« Moins de chasse à l’éléphant… »

Ces horaires restreints s’avèrent de toute façon intenables. Samedi 12 mai, le temps que les cortèges des quatre coins de la ville affluent à la Puerta del Sol il est déjà tard. Au sein de la marche Sud, partie de la gare d’Atocha,  des manifestants de tout âge se révoltent contre les coupures dans le budget de la santé et de l’éducation, contre la réforme du droit de travail… Parmi eux, Inés, de 58 ans, qui vient de perdre son emploi : « Je me suis fait virer avec d’autres collègues après 25 ans dans la même entreprise de technologie, explique-elle. Mais les jeunes sont les plus touchés : j’ai un fils ingénieur qui n’a plus de travail à 35 ans, et qui réfléchit à partir au Pérou pour en trouver ». Son fils avait acheté une maison il y a dix ans avant que le chômage ne revienne au goût du jour. « Depuis un an, son père et moi nous payons son emprunt. Et s’il y a un problème c’est notre maison qui partira. Ma fille finit son ingénierie et on ne sait pas non plus ce qu’elle va devenir ».

En plus du gouvernement, les critiques fusent aussi contre des entreprises espagnoles, comme Bankia par exemple. Quatrième entité bancaire du pays et à l’origine de 80% des expulsions de propriétaires endettés dans la région de Madrid, elle sera prochainement nationalisée à cause de ses mauvais résultats. Cette intervention, annoncée par le gouvernement en conseil de ministres, et soutenue par l’opposition socialiste, comprendra un renflouement par l’Etat de 7 000 à 10 000 millions d’euros. Une somme équivalente aux coupures effectuées dans les budgets de la santé et de l’éducation, effectuée il y a à peine deux mois. « J’en ai marre de payer les pots cassés des autres »  ou « God save the king, we save the banks » pouvait-on lire sur des affiches.  Le roi aussi, a eu droit a son moment de gloire grâce à sa partie de chasse au Botswana : « Moins de chasse à l’éléphant, plus de bourses pour les étudiants » entendait-on.  Ruth, de la plateforme « Toma la Zarzuela » (« Prend la maison royale ») explique le postulat de base de son groupe : « Royauté et démocratie ne sont pas compatibles. Il nous faut combattre cette forme de pouvoir héréditaire, patriarcale et féodale ».

À l’arrivée des différents cortèges, les artères principales restent bondées. La Puerta del Sol ne peut plus absorber de monde. En tout, une centaine de milliers de manifestants se sont réunis. Dans une ambiance festive, les discussions se poursuivent jusqu’à minuit. Jusqu’à ce qu’une minute de silence suspende la foule. C’est le « cri silencieux », poussé par une mer de mains levées, qui est devenu l’un des symboles du mouvement.

Brutalités policières

L’assemblée générale de samedi soir s’étend tout au long de la nuit. Et ce n’est qu’à 5h du matin, lorsqu’il ne reste que 300 personnes sur la place que la police intervient pour les expulser. Il n’y aura pas d’incidents ou des gestes violents de la part des manifestants mais à l’aube, 18 d’entre eux seront détenus, accusées de porter atteinte à l’autorité et de troubler l’ordre public. Parmi eux, des personnes qui étaient parties de leur propre gré lorsque les policiers l’ont demandé, d’autres qui ont résisté de façon passive, mais aussi quatre personnes qui passaient uniquement par là au moment de l’évacuation. C’est le cas de Laura, 26 ans, journaliste, qui explique au quotidien El País son arrestation musclée alors qu’elle rentrait après une fête « J’ai demandé à un premier agent quel chemin je pouvais prendre pour traverser le cordon. Il m’a indiqué la rue en face. J’y suis allée et je me suis fait arrêter ».  La vidéo où elle se fait violemment plaquer par un agent contre un mur, alors qu’un autre agent cherche à couvrir son collègue en le cachant des caméras, est désormais célèbre.  « Lorsque traverser la rue devient illégal, le pays part à la dérive » dénonce-elle.

Le même schéma se reproduira les nuits du 13 et 14 mai avec plusieurs détenus supplémentaires. Cristina Cifuentes, déléguée du gouvernement, refuse de révéler le coût du déploiement et a qualifié les évacuations d’ « impeccables » et « caractérisées par la patience et la flexibilité puisque  il n’était pas permis d’occuper la place au-delà de 22h ». De leur côté, les indignés portent plainte. Ils évoquent la violence de l’action  policière et  l’absence des numéros d’identification sur leurs uniformes. Dès le lendemain, des concentrations de gens demandent  la libération des détenus. « J’étais comme vous dans les années 70 » leur dit  un septuagénaire « à courir devant les policiers. Rien n’a changé depuis. Courage à vous. »

Lors de l’assemblée générale, les commissions rendent compte des actions effectuées pendant les derniers mois. Parmi eux, la plate-forme Marée Bleue, qui milite contre la privatisation du canal d’Isabel II, qui approvisionne en eau la ville de Madrid. Le groupe va utiliser un décret municipal, qui autorise les rassemblements lors de la fête locale de Madrid du 15 mai, pour pouvoir rester un peu plus longtemps dans la rue. « Nous nous sommes servis de cette faille juridique » explique Pilar, porte-parole, « En cas d’amende, sachez que si vous êtes à Tirso de Molina avec nous, vous en avez le droit, même après 5h du matin ».

C’est là qu’émerge le travail de fond effectué tout au long de l’année par les différentes plateformes : le groupe Logement a empêché et décalé des dizaines d’expulsions de propriétaires grâce à des mobilisations à l’arrivée des huissier ; le groupe d’Économie a créé un réseau d’épargnants éthiques pour soutenir les projets d’intérêt social, des groupes d’achat de produits locaux se sont mis en place, des campagnes d’objection fiscale impliquent les citoyens dans les choix d’investissement… des pas de fourmis souvent éloignés des caméras télé, mais qui montrent que le 15M passe bien en deuxième année.