17 Octobre 1961

Nous aurions, me semble-t-il  » contre l’oubli « , un premier devoir : pensons d’abord aux victimes, rendons-leur la voix qu’elles ont perdue. Pensons d’abord à la destinée – chaque fois unique et irremplaçable – de ceux et de celles à qui on a dénié le droit à la parole et au témoignage et qui ont eu à souffrir l’injustice dans leur vie, parfois dans leur honneur. Pensons à la machine qui les a ainsi broyés, à l’ignominie de certains individus, de certaines forces sociales, de certains appareils étatiques ou policiers. A chacune des victimes, toujours au singulier, à tous ces  » disparus « , nous devons épargner ce surcroît de violence : l’indignité, l’ensevelissement du nom ou la défiguration du souvenir.

J.Derrida Octobre 2000

J’ai maintes fois souhaité que la honte d’avoir été le témoin impuissant d’une violence d’État haineuse et organisée puisse se transformer en honte collective. Je voudrais aujourd’hui que le souvenir des crimes monstrueux du 17 octobre 1961, sorte de concentré de toutes les horreurs de la guerre d’Algérie, soit inscrit sur une stèle, en un haut lieu de toutes les villes de France, et aussi, à côté du portrait du Président de la République, dans tous les édifices publics, Mairies, Commissariats, Palais de justice, Écoles, à titre de mise en garde solennelle contre toute rechute dans la barbarie raciste.

P.Bourdieu Octobre 2000