Bien commun vs troika

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Le 11 juin, le gouvernement grec a brutalement fermé par décret la radio-télévision publique. Le Conseil d’Etat a finalement suspendu l’application du décret pour l’audiovisuel public. Aspect moins connu, l’agriculture est aussi dans la ligne de mire de ce décret, qui annonce la privatisation de la recherche agricole et de la protection de la biodiversité. Explications de Roxanne Mitralias, militante grecque sur les questions agricoles et écologiques.

C’est par le biais d’un décret ministériel en date du 11 juin 2013 que le gouvernement grec, en suivant les recommandations de la Troïka, a décidé de mettre fin à la télévision publique grecque [1], mais aussi aux radios qui reliaient les territoires, les orchestres symphoniques, la production cinématographique et les archives, véritable trésor culturel de la Grèce contemporaine. La décision temporaire du Conseil d’Etat le 17 juin de remettre en service des émetteurs [2] n’empêche pas l’application de ce décret brutal et antidémocratique dans d’autres domaines. Loin de concerner uniquement la télévision et la radiophonie publique, ce décret, toujours en vigueur, organise également la destruction de l’intervention publique dans l’agriculture et l’agronomie [3].

Ce décret ministériel prévoit de fusionner dans un seul organisme nommé « DIMITRA » à la fois la recherche agronomique (ETHIAGE – comme l’INRA en France), la formation agricole (initiale et continue), l’organisme certificateur AGROCERT, l’office du lait et de la viande. Selon l’ONG Hélession [4], la création de cet organisme agricole permettra de restructurer l’ensemble du secteur : concentration des services agricoles et agronomiques à Athènes et Théssalonique, licenciement massif des personnels et embauche de consultants extérieurs, mais également vente du patrimoine de ces organismes.

Cet organisme réussira-t-il à mener à bien ses fonctions ? On peut en douter ! La certification de l’agriculture biologique et des signes de qualité, ainsi que la gestion de la production laitière et de la viande ne pourra pas se faire dans ces conditions et sera cédée aux mains du privé. Ce qui signifie encore moins de transparence, et un pas de plus vers l’industrialisation de l’agriculture. De la même manière la recherche, la formation et le conseil agricole dépourvus de fonds propres suivront les recettes de l’industrie agro-alimentaire.

Mais la droite grecque, en contournant le parlement et sa propre majorité, met aussi la banque de semences de Thessalonique dans les mains de l’industrie biotechnologique et des promoteurs immobiliers. Créée en 1981 et versée dans le réseau multilatéral de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, ndlr), cette banque de ressources génétiques compte 10 500 variétés anciennes et locales, ainsi que 300 différents anciens cépages. Elle réalise également des missions de recherche agronomique et de sélection variétale. C’est ce trésor de biodiversité méditerranéenne géré jusqu’à présent par l’agence de recherche agronomique grecque (ETHIAGE) que le gouvernement s’apprête à vendre en adoptant le décret du 11 Juin.

Rappelons que la banque de semences était déjà mise en danger par les cures d’austérité appliquées depuis trois ans. La réduction des effectifs, mais aussi la chute vertigineuse des budgets ne permettaient plus un fonctionnement normal. L’électricité était souvent coupée, les graines étaient donc laissées sans réfrigération !

Ce n’est pas seulement la population grecque qui est ainsi dépossédée des ressources phytogénétiques, fruit du travail des agriculteurs et des jardiniers méditerranéens depuis des millénaires, mais l’humanité dans son ensemble puisque la banque de semences ne fera plus partie du réseau de la FAO. Le gouvernement grec, en prenant ce décret ministériel, a une lourde responsabilité : il compromet la sécurité alimentaire et brade la biodiversité. Il est temps de l’arrêter.

Roxanne MITRALIAS

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Agrochimie

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28.05.2013Trois insecticides néonicotinoides viennent d’être officiellement interdits par la Commission européenne par publication d’un règlement au journal officiel du 25 mai. Sous son apparence positive, cette interdiction permet en fait l’usage de ces pesticides pour le traitement de sol ou de semences des céréales d’automne et betteraves (environ 5 millions d’hectares traités en France), ainsi que les pulvérisations foliaires après floraison pour la quasi totalité des autres cultures.

Pourtant, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a reconnu le risque présenté par ces produits pour les abeilles, et l’insuffisance de leur évaluation.

Par ailleurs, cette décision ne prend pas en compte les effets de la dissémination dans l’environnement par les poussières de semis et par les pulvérisations, ni ceux dus à la persistance dans les sols et les eaux.

Cette interdiction partielle et d’une durée trop courte de ces trois pesticides risque donc de ne pas avoir d’effet suffisant sur les ruches et l’agrochimie aura beau jeu de réclamer leur autorisation.

La Confédération paysanne demande au ministre de l’Agriculture de ne pas céder aux lobbys qui exercent leur influence jusque dans son administration, et d’aller au delà de la position de la Commission en interdisant les traitements pour les céréales d’automne et pulvérisations après floraison, comme le permet la réglementation européenne.

Discourir sur les pesticides et la santé au Sénat, et vouloir promouvoir l’agroécologie n’a de sincérité que si des actes concrets sont posés, la Confédération paysanne demande donc au ministre de ne pas tergiverser et de passer à l’acte.

Naturopolis

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Plus de la moitié de l’humanité vit désormais en ville. Parallèlement, la faune et la flore investissent de plus en plus les milieux urbains. Avec une conséquence surprenante : les relations entre les animaux et les hommes n’ont jamais été aussi nombreuses, denses et riches ! Pour la première fois, l’exploration de la biodiversité est placée au cœur de la ville et des activités humaines. Et pour la première fois, la ville est appréhendée au travers de la nature qui s’y déploie.

http://www.arte.tv/guide/fr/047159-000/naturopolis

Sauvons la forêt la plus précieuse d’Afrique

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La lutte s’organise pour sauver la forêt la plus précieuse d’Afrique

En janvier 2013, Greenpeace a effectué une visite de terrain au Cameroun. Nous avons pu constater que la population locale était largement opposée à l’aménagement d’une plantation de palmiers à huile. Le projet qu’Herakles Farms présente comme potentiellement lucratif pour les habitants est en réalité très controversé.

Les habitants craignent de perdre leurs terres et leurs ressources au profit de la SG Sustainable Oils Cameroon (SGSOC), la filière camerounaise d’Herakles Farms. Dans la région, de nombreux agriculteurs tirent leurs moyens de subsistance de la culture du cacao, du taro ou du maïs, par exemple. La SGSOC ne leur a fourni aucune carte délimitant les frontières de la future concession de palmiers à huile, empêchant ainsi les habitants de savoir combien d’hectares de surface agricole risquent d’être détruits.

Campagne Greenpeace :

http://www.greenpeace.org/france/fr/campagnes/forets/deforestation-afrique/

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APICULTURE

Néonicotinoïdes : la Confédération paysanne n’accepte pas les demi mesures de la Commission

30.01.2013Lors du Conseil agricole européen du 28 janvier, le commissaire européen à la santé et à la protection des consommateurs a annoncé que la Commission allait proposer d’interdire l’usage des insecticides néonicotinoïdes uniquement sur les cultures attractives pour les abeilles comme le colza, le tournesol et le maïs.

La Confédération paysanne s’insurge devant cette proposition scandaleuse, qui indique une totale méconnaissance de la question de la part du commissaire européen à la santé et de la Commission … à moins qu’il ne s’agisse, encore une fois, de défendre les intérêts industriels.

Après près de 20 ans de lutte des apiculteurs et organisations agricoles, environnementales et de consommateurs, après des centaines d’études scientifiques montrant leur toxicité, après l’avis de l’EFSA et la publication de l’agence européenne de l’environnement, comment  le commissaire européen à la santé peut-il oser maintenir l’autorisation de ces pesticides pour des usages hautement préjudiciables pour l’abeille ?

En effet, une des caractéristiques de ces molécules est leur excessive persistance dans les sols. Leurs résidus y restent présents plusieurs années et contaminent les cultures suivantes, leurs propriétés systémiques font qu’on les retrouve1 dans les pollens et nectars à des niveaux toxiques pour l’abeille2.

La Confédération paysanne rappelle la part importante de céréales traitées à l’imidaclopride dont les résidus viennent contaminer les cultures suivantes, en particulier le tournesol. Le maintien d’autorisation des néonicotinoïdes en traitement de semences ou traitement du sol est absolument intolérable.

La Confédération paysanne rappelle que l’action de l’abeille est absolument indispensable pour produire l’alimentation, et que de nombreux paysans cultivent sans utiliser ces molécules qui contaminent environnement et alimentation humaine.

La Confédération paysanne demande au commissaire européen à la santé, et au ministre Stéphane Le Foll d’agir pour une interdiction totale des molécules de cette famille.

Bees

Arte :

http://www.arte.tv/fr/le-mystere-de-la-disparition-des-abeilles-les-dernieres-revelations-d-arte/3166056.html

Des ruches désertées. À l’extérieur, pas de cadavres. À l’intérieur une reine en bonne santé, des larves viables et une poignée de jeunes ouvrières affaiblies. Mais nulle trace des ouvrières. C’est le syndrome d’effondrement des colonies, un mal foudroyant qui décime les colonies d’abeilles par centaines de milliers depuis 2006. Cette situation d’urgence menace de précipiter un peu plus le déclin inexorable des abeilles. Elles constituent un rouage irremplaçable de notre agriculture. Sans abeille, pas de pollinisation des fleurs, et sans pollinisation, pas de fruits ni de légumes.

Contrainte de trouver une solution, l’humanité est confrontée à un problème aux ramifications multiples et entrecroisées, que le film de Mark Daniels décortique point par point. Il plante ainsi sa caméra dans les gigantesques champs d’amandiers de Californie, dont le poids dans l’économie locale entraîne les agriculteurs dans une perpétuelle fuite en avant. En manque d’abeilles en 2005, ils en importent en masse d’Australie; un an plus tard, le syndrome d’effondrement des colonies apparaît. Saturant leurs plantations de pesticides, obligeant des milliards d’abeilles à des transhumances éreintantes, remplaçant fréquemment leurs reines, ils jouent aux apprentis-sorciers de la biologie.

Aujourd’hui, les études scientifiques ont prouvé que nous devons faire face à une multiplicité de facteurs. Mais récemment, de nouvelles recherches ont révélé que les interactions entre ces différents facteurs amplifient fortement leurs effets. Impossible, par exemple, d’incriminer les seuls pesticides comme dans les années 1990. En revanche, combinés à un virus, ou à un champignon, les effets de ces produits pourraient être multipliés. Est-ce là la réponse à l’énigme ?

Efficace et rigoureuse, l’enquête menée par Mark Daniels, qui a nécessité 18 mois de tournage, réussit le tour de force de rendre avec clarté un problème aux enjeux complexes. Dans les champs où les abeilles butinent, derrière l’œilleton des microscopes ou auprès d’un apiculteur écossais philosophe, sa caméra fait le tour d’une planète apicole expressive et diverse, qui doute et s’interroge.

* La pollinisation est le transport des grains de pollen (élément mâle), sur le pistil (élément femelle) de la fleur pour assurer la fécondation. Ce transport est effectué par le vent, les insectes ou d’autres animaux.

Pétitions et liens :

http://www.ogm-abeille.org/

http://www.avaaz.org/fr/bayer_save_the_bees_fr/

http://www.semonslabiodiversite.com/?page_id=1388

Equateur : un modèle ?

Le projet Yasuní, tentative de transition écologique

En Equateur, la biodiversité à l’épreuve de la solidarité internationale

Source : Le Monde Diplomatique :

Du 20 au 22 juin, le sommet international Rio + 20 sur le développement durable se tiendra au Brésil. Alors que les pays riches cherchent à imposer une économie « verte » compatible avec l’ordre néolibéral, certains proposent des solutions plus originales. C’est le cas de l’Equateur, qui défendra à Rio un projet visant à concilier souveraineté nationale, progrès social et protection des écosystèmes.

Juin 2007. Le président équatorien Rafael Correa, élu le 26 novembre 2006, annonce le lancement d’une démarche qualifiée de « révolutionnaire » : le projet Yasuní-ITT. Celui-ci prévoit que l’Equateur renoncera à l’exploitation pétrolière au cœur du parc naturel de Yasuní — où ont déjà lieu trois forages d’exploration (Ishpingo, Tambococha et Tiputini, d’où l’abréviation ITT) — si la « communauté internationale » accepte de verser au pays un dédommagement correspondant à la moitié des recettes attendues, estimées à plus de 7 milliards de dollars sur treize ans. Les fonds ainsi collectés permettront à Quito de développer les énergies renouvelables, de préserver et réparer les écosystèmes tout en protégeant les populations indigènes (dont certaines vivent en isolement total), de mener des recherches sur la valorisation de la biodiversité, ou encore de bâtir des programmes sociaux destinés en priorité aux populations des zones concernées.

A première vue, le projet Yasuní a tout de l’idée géniale. Alors que les négociations internationales sur le climat et la biodiversité s’enlisent, il éviterait d’émettre les quatre cents millions de tonnes de dioxyde de carbone correspondant à l’exploitation de ces ressources, tout en préservant l’un des écosystèmes les plus riches de la planète. Sans rompre avec la logique de « valorisation », et donc de marchandisation, de la nature, il s’oppose malgré tout au productivisme néolibéral : dans un pays pauvre et dépendant des activités pétrolières, il amorcerait une conversion écologique et sociale de l’économie.

Rappel concernant la « dette » du pays :

En 2007, sept mois après avoir été élu, le président équatorien Rafael Correa a fait procéder à un audit de la dette du pays. Les conclusions ont montré que de nombreux prêts avaient été accordés en violation des règles élémentaires du droit international. En novembre 2008, l’Equateur a donc décidé de suspendre le remboursement de titres de la dette venant à échéance les uns en 2012, les autres en 2030. Ce faisant, ce petit pays d’Amérique du Sud est parvenu à racheter pour 900 millions de dollars des titres valant 3,2 milliards de dollars. Si l’on prend en compte les intérêts que l’Equateur ne devra pas verser, puisqu’il a racheté des titres qui arrivaient à échéance en 2012 ou en 2030, le Trésor public équatorien a économisé environ 7 milliards de dollars. Cela a permis de dégager de nouveaux moyens financiers et d’augmenter les dépenses sociales dans la santé, l’éducation, l’aide sociale et le développement d’infrastructures de communication.

En matière d’endettement, la Constitution équatorienne, adoptée au suffrage universel en septembre 2008, représente une grande avancée. L’article 290 soumet notamment tout endettement futur aux règles suivantes :

1 – On ne recourra à l’endettement public que si les rentrées fiscales et les ressources provenant de la coopération internationale sont insuffisantes ;

2 – on veillera à ce que l’endettement public n’affecte pas la souveraineté nationale, les droits humains, le bien-être et la préservation de la nature ;

3 – l’endettement public financera exclusivement des programmes et projets d’investissement dans le domaine des infrastructures, ou des programmes et projets qui génèrent des ressources permettant le remboursement. On ne pourra refinancer une dette publique déjà existante qu’à condition que les nouvelles modalités soient plus avantageuses pour l’Equateur ;

4 – l’« étatisation » des dettes privées est interdite.