Autogestion en Grèce

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H.Cartier Bresson Grèce 1961

« Vous ne le pouvez pas ? Nous, nous le pouvons ! »

«Nous sommes ceux qui pétrissent et nous n’avons pourtant pas de pain,

nous sommes ceux qui extraient le charbon et nous avons pourtant froid.

Nous sommes ceux qui ne possèdent rien
et nous arrivons pour prendre le monde»


Tassos Livaditis (poète grec, 1922-1988)

Au cœur de la crise, les travailleurs de Vio.Me. [1] visent le cœur de l’exploitation et de la propriété. Alors que le taux de chômage atteint 30% en Grèce,alors que le revenu des travailleurs est nul, fatigués et irrités par des phrases pompeuses, des promesses et de nouveaux impôts, sans salaire depuis mai 2011 et sans travail du fait de l’abandon de l’usine par leurs employeurs, les travailleurs de Vio.Me, à la suite d’une décision prise lors de leur assemblée générale, ont fait part de leur détermination à ne pas devenir les proies d’un chômage permanent mais plutôt de lutter afin de s’approprier l’usine et de la faire fonctionner eux-mêmes. En octobre 2011, par le biais d’une proposition officielle, ils ont revendiqué la constitution d’une coopérative ouvrière, demandant une reconnaissance légale pour leur propre coopérative ainsi que pour celles qui suivront. Ils ont revendiqué, en parallèle, l’argent nécessaire pour faire fonctionner l’usine. Cet argent leur appartient quoi qu’il en soit puisque se sont eux qui produisent la richesse de la société. Le plan qu’ils ont établi n’a rencontré qu’indifférence de la part de l’Etat et des bureaucraties syndicales. Il a toutefois rencontré l’enthousiasme au sein des mouvements sociaux, lesquels ont lutté au cours des derniers six mois pour répandre le message de Vio.Me. à l’ensemble de la société, cela par la création de l’Open Initiative of Solidarity à Thessalonique, puis par la mise sur pied d’initiatives identiques dans beaucoup d’autres villes.

Le temps du contrôle ouvrier de Vio.Me. est venu !

          Les travailleurs ne peuvent attendre plus longtemps que l’Etat en banqueroute réalise ses promesses creuses de soutien (même l’aide d’urgence de 1000 euros promise par le ministre du Travail – actuellement Yannis Vroutsis – n’a jamais été approuvée par le ministre des Finances – actuellement Yannis Stournaras). Il est temps que Vio.Me. reprenne son activité, non pas par ses anciens patrons ou même par de nouveaux, mais par les travailleurs eux-mêmes. Cela devrait aussi bien être le cas d’autres usines qui sont en train d’être fermées, qui se déclarent en faillite ou qui licencient des travailleurs. La lutte ne peut se limiter à Vio.Me. Pour qu’elle puisse être victorieuse, elle doit être généralisée et s’étendre à toutes les usines et à tous les commerces qui sont en train d’être fermés. C’est seulement par la constitution d’un réseau d’entreprises autogérées que Vio.Me. sera capable de prospérer et d’éclairer le chemin d’une organisation différente de la production et de l’économie, sans exploitation, sans inégalité et sans hiérarchie.

Alors que les usines ferment les unes après les autres, alors que le nombre de chômeurs et chômeuses en Grèce approche les 2 millions et que l’immense majorité de la population est condamnée à la pauvreté et à la misère par le gouvernement de coalition du PASOK, de la Nouvelle Démocratie et des Démocrates de gauche – lequel poursuit les politiques des gouvernements précédents – la revendication de faire fonctionner les usines sous contrôle ouvrier est la seule réponse sensée au désastre auquel nous faisons face chaque jour. C’est la seule réponse au chômage. Pour cette raison, la lutte de Vio.Me. est la lutte de tout le monde.

Nous sollicitons toutes les travailleuses et tous les travailleurs, les chômeuses et les chômeurs, ainsi que toutes celles et ceux qui sont touchés par la crise de faire front avec les travailleurs de Vio.Me. et de les soutenir dans leur volonté de mettre en pratique leur conviction que les travailleurs peuvent produire sans patrons! Nous appelons à la participation à une caravane de lutte et de solidarité à travers tout le pays, culminant par trois jours de lutte à Thessalonique. Nous les appelons à s’associer à ce combat et à organiser leurs propres luttes sur leurs lieux de travail, avec un fonctionnement de démocratie directe, sans bureaucrates. Nous les appelons enfin à participer à une grève politique générale afin de dégager ceux qui détruisent nos vies!

Tout cela contribuera à l’établissement d’un contrôle ouvrier sur les usines et sur l’ensemble de la production ainsi que d’organiser l’économie et la société que nous voulons, une société sans patrons!

C’est le temps de Vio.Me. Mettons-nous au travail! Pavons la voie à une autogestion générale des travailleuses et des travailleurs!Pavons la voie d’une société sans patrons!  (Traduction A l’Encontre)

[1] Viomichaniki Metaleftiki est une entreprise produisant des minéraux industriels pour la construction et intégrée au groupe Philkeram-Johnson SA. La firme a été créée en 1961, par la famille Philippou, depuis longtemps active dans le domaine de la céramique. Le nom Philkeram vient de la combinaison du nom de famille Philippou et karemika, céramique en grec. Une opération de fusion s’est opérée en 1969, qui a donné le nom de Philkeram-Johnson SA. La crise qui a explosé en 2008, en particulier dans le secteur de la construction, a frappé la firme, d’autant plus que les crédits bancaires s’asséchaient et qu’augmentait le prix du fioul et de l’électricité. (Réd. A l’Encontre).

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Ci-dessous un petit historique, ainsi que le communiqué de presse annonçant la décision du personnel à passer à l’autogestion.

source  http://www.autogestion.asso.fr/?p=2533

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Poder sin poder

Marinaleda

« Poder sin poder, l’autogestion au quotidien »

La présentation de cette initiative est extraite du webdocumentaire « Poder sin poder (pouvoir sans le pouvoir), l’autogestion au quotidien ». Ce webdoc présente douze initiatives qui cherchent à mettre en place un agir radicalement démocratique, un fonctionnement horizontal ou encore qui se revendiquent de l’autogestion, en Espagne, en Argentine et au Venezuela. Réalisé par deux Belges, Johan Verhoeven et Edith Wustefeld, le webdoc se base sur un voyage d’un an en Espagne et en Amérique latine entre 2012 et 2013, à la rencontre de plus d’une vingtaine d’initiatives autogérées. Les lieux présentés sont multiples : entreprises récupérées, coopératives, d’écoles, centres cultures, mouvements sociaux, villages… Mais tous ont en commun de fonctionner sans chefs et sans hiérarchie, en expérimentant d’autres manières de fonctionner ensemble.

L’idée du voyage est née en 2011, au moment des campements des indignés en Espagne. À la Puerta del Sol à Madrid, l’organisation horizontale des milliers de personnes qui participaient au mouvement du 15M achèvent de les convaincre. L’autogestion peut amener des réponses à certaines limites intrinsèques au système actuel. Les hommes et les femmes peuvent se réapproprier leurs vies, participer aux décisions qui les concernent, s’organiser ensemble pour s’attaquer aux problèmes qui les touchent.

Au même moment, ils entendent parler de Marinaleda, un petit village espagnol qui « résiste au capitalisme » (lire notre article). Le chemin est vite fait : s’il existe un lieu comme ça, il en existe certainement d’autres ! Sac au dos et caméra en main, ils partent à la découverte d’autres lieux autogérés afin de s’inspirer de leurs fonctionnements différents et montrer que de tels lieux existent et fonctionnent déjà.

Les facettes de l’autogestion présentées dans le webdocumentaire sont nombreuses. Il n’y a pas une recette, une réponse, mais beaucoup d’inspirations et de potentiel dans ces fonctionnements opposés au système hiérarchique omniprésent. Libre alors au visiteur de suivre le chemin qui l’intéresse dans ce documentaire transmedia organisé en cinq grands thèmes : culture, travail, résistance, éducation et autogestion.

A découvrir ici.

Autogestion

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Il est temps de rouvrir le futur. Et d’engager résolument la réflexion sur ce que peut être un monde libéré de la tyrannie capitaliste. C’est ce que propose ce livre, en prenant notamment appui sur les expérimentations sociales et politiques accumulées par l’insurrection et les communautés zapatistes, une « utopie réelle » de grande envergure.
Pratiquer une démocratie radicale d’autogouvernement et concevoir un mode de construction du commun libéré de la forme État ; démanteler la logique destructrice de l’expansion de la valeur et soumettre les activités productives à des choix de vie qualitatifs et collectivement assumés ; laisser libre cours au temps disponible, à la dé-spécialisation des activités et au foisonnement créatif des subjectivités ; admettre une véritable pluralité des chemins de l’émancipation et créer les conditions d’un véritable échange interculturel : telles sont quelques-unes des pistes qui dessinent les contours d’un anticapitalisme non étatique, non productiviste et non eurocentrique.
En conjuguant un effort rare de projection théorique avec une connaissance directe de l’une des expériences d’autonomie les plus originales et les plus réflexives des dernières décennies, Jérôme Baschet s’écarte des vieilles recettes révolutionnaires dont les expériences du XXe siècle ont montré l’échec tragique. Il propose d’autres voies précises d’élaboration pratique d’une nouvelle manière de vivre.

J.Baschet Adieux au capitalisme

Teatro Valle

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ROME : Teatro Valle Occupé / Une expérience citoyenne participative pour répondre à l’abandon des politiques culturelles.

Depuis le 14 Juin 2011, le Teatro Valle de Rome est occupé par les travailleurs des secteurs culturels : théâtre & danse, arts visuels, cinéma mais aussi par les techniciens et intermittents. Cette occupation répond aux attaques répétées des pouvoirs publics italiens vis à vis de l’art et de la culture, et singulièrement dans le domaine du spectacle vivant.

Il s’agit donc d’une lutte directe et auto-organisée contre ces atteintes réitérées au monde de l’art et de la culture et une réponse originale aux coupes drastiques dans les budgets des structures culturelles, à Rome comme dans toute l’Italie.

Les artistes et les opérateurs culturels sont passés en quelques années de crise d’un sentiment de malaise croissant et généralisé pour ceux qui vivent et travaillent dans le théâtre – en particulier la génération de jeunes artistes et de travailleurs qui sont exclus des lieux et de la dynamique décidée arbitrairement par les politiques culturelles arbitraires du pays- à une détermination farouche pour récupérer leurs outils de travail.

En temps de crise, ce sont toujours hélas les mêmes qui trinquent les premiers, les artistes trop souvent étant aux avant-postes des coupes budgétaires et des atteintes à leur droit élémentaire de créer et de travailler. La « crise » financière du capitalisme aveugle dévaste toute l’Europe, et particulièrement les plus « inutiles » des travailleurs, ceux de l’art et de la culture.

Les occupants ont donc pris le 14 Juin 2011 le chemin de la lutte, mettant en évidence l’état d’urgence pour ce qui concerne le système culturel italien, et ceci a ensuite pris caractère constitutif. Par l’expérimentation d’une autonomie pratique du théâtre et de l’organisation de manifestations culturelles, les artistes et travailleurs de la culture prouvent qu’une organisation autogérée du théâtre est préférable à la gabégie gouvernementale et l’absence de politiques claires en matière de culture de la part de pouvoirs publics omnubilés par la « crise » capitaliste.

la rédaction d’un nouveau statut pour le Teatro Valle a donné lieu à l’idée de la création d’une Fondation du même nom. Celle-ci a été présentée aux citoyens le 20 octobre 2011. Cette idée de fondation a pour but un gouvernement citoyen et autogéré du théâtre, jusqu’alors géré par les occupants, une manière pour les citoyens et les artistes de prendre en mains leur destin culturel.

La vocation de la fondation, présentée lors de la dernière conférence de presse du 5 juillet dernier, est de faire le Teatro Valle un lieu dédié au théâtre italien contemporain pour répondre à la nécessité de rouvrir le processus de la narration et de la représentation de la réalité citoyenne et démocratique, que le dernier demi-siècle avait gelé ici comme ailleurs en Europe. Compte tenu de la nature particulière de la scène du Valle, l’histoire et la préparation de ses travailleurs, il est également proposé que le théâtre devienne un centre de formation pour les techniciens de la scène. Dans le laps de temps qui nous sépare de la naissance de la Fondation, les occupants vont expérimenter de nouvelles formes de direction artistique, des ateliers et des cours de formation . Il continueront également l’engagement du Teatro Valle occupé à donner de l’espace à la musique au cinéma et à la danse.

D’ores et déjà est en place un processus d’élaboration du statut public et collectif de la Fondation Teatro Valle, bien commun qui est partagé et participatif autant que possible, disponible sur le site du théâtre

Aller sur le site : http://www.teatrovalleoccupato.it/

L’experience de Detroit

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Après Montréal (Québec), Rosario (Argentine), Rio de Janeiro (Brésil), Milwaukee et Denver (Etats-Unis), Alter-Echos (www.alter-echos.org) poursuit son tour d’horizon des expériences d’agriculture urbaine avec Détroit, symbole international de l’industrie automobile américaine. Mais aussi « symbole de la post-industrialisation » d’après Grace Lee Boggs, depuis que ses habitants essaient de réinventer leur ville à partir de l’agriculture urbaine et de l’autosuffisance alimentaire.

Détroit, la ville des « Big Three » – Ford, General Motors, Chrystler – fut le berceau de l’industrie automobile américaine. Un des carrefours névralgiques de la ‘Manufacturing Belt‘ (ceinture des usines), coeur industriel des Etats-Unis. Devenue la ‘Rust Belt’ (ceinture de rouille), cette région est souvent citée en exemple comme le symbole de la désindustrialisation et de la crise économique. Détroit en est l’exemple le plus abouti. Depuis 1950, la ville a perdu la moitié de sa population, passant de 1,8 million d’habitants en 1950 à quelque 700 000 aujourd’hui. Si le taux de chômage officiel est de 15,8 %, il augmente à mesure que l’on s’approche du centre-ville et dépasse 50 % dans certains quartiers. Avec ses 80 000 logements abandonnés (près de un sur cinq), ses terrains vacants et ses façades de bâtiments ornées de pancartes « à vendre » ou « à louer », Détroit donne d’abord l’impression d’une ville fantôme. Symbole de cette déroute, Détroit vient d’être mise sous tutelle par l’Etat du Michigan.

Derrière cet apparent désastre industriel, économique et social, celles et ceux restés sur place ont le projet fou de rebâtir une nouvelle cité sur les ruines de l’ancienne. La portion de la ville inoccupée est évaluée à 233 km2 sur une surface totale de 350 km2. Plus un seul quartier dans Détroit n’abrite pas un jardin familial ou communautaire. Dès la fin du 19e siècle, Détroit connut des expériences d’agriculture urbaine. Au cœur des années 1970, le maire Coleman Young lance le programme Farm-A-Lot qui autorise les résidents à obtenir un permis pour cultiver dans leur quartier. Aujourd’hui plus de 16 000 résidents seraient investis dans 1 300 jardins. Les motivations sont diverses : certains cultivent pour survivre, d’autres pour nourrir les plus démunis, avoir accès à de la « nourriture saine », recréer du lien social dans le quartier ou développer une activité économique locale… Tous à leur manière façonnent une société post-industrielle. Qui inspire.

Jardins sur les toits

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Créer des jardins communautaires sur les toits, les terrasses… permet de récupérer ces lieux inutilisés des villes pour développer de nouveaux espaces verts et productifs, améliorant ainsi l’écologie urbaine,  l’alimentation et la santé des habitants…

Le projet « Des jardins sur les toits » a été initié par Alternatives, une organisation de développement international de Montréal. Dans cette ville, il s’appuie sur un réseau de nombreux bénévoles et fonctionnne en collaboration avec un organisme de distribution alimentaire, la ville, des universités… Il a établi des partenariats à Cuba, au Mali, en Afrique du Sud…

Ces jardins collectifs et participatifs sont aménagés dans des espaces publics ou privés. Ce projet préconise une technique de culture simple, abordable et utilisable au Nord comme au Sud: la culture hors-sol des plantes potagères dans des bacs à réserve d’eau, étudiée pour d’optimiser leur croissance.

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http://projetecoleader.com/

http://www.alternatives.ca/projet-campagne/montreal-des-jardins-sur-les-toits