La cuve

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Le 22 juin 2017

L’histoire de la cuve de l’EPR est emblématique de la façon dont le lobby nucléaire dissimule, organise le mensonge, et intimide ceux qui se mettent en travers de son chemin. Aujourd’hui, le Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN) publie son rapport sur les anomalies de la cuve de l’EPR de Flamanville. Le constat est sans appel : EDF et AREVA ont dissimulé des informations cruciales en matière de sûreté nucléaire. L’ASN doit rendre un premier avis sur la cuve ces prochains jours : le gendarme du nucléaire français est soumis à une pression inédite.

EDF et AREVA jouent la politique du fait accompli

Le HCTISN, comité pluraliste nommé par décret gouvernemental, est composé de représentants d’EDF et d’AREVA et d’experts de la sûreté nucléaire. Il a pour mission de veiller à l’information du public et à la transparence des industriels du nucléaire. Le Haut comité avait décidé en juin 2015 de se saisir de l’affaire des anomalies sur la cuve de l’EPR de Flamanville et a constitué un groupe de travail ad hoc. Ces irrégularités avaient été révélées par l’ASN en avril 2015, neuf ans après la fabrication des pièces incriminées.

Au total, il aura fallu que le HCTISN organise une dizaine de réunions avec 25 experts pour tenter de faire la lumière sur ce dossier. Dans le rapport rendu public aujourd’hui, il apparaît clairement que ni AREVA ni EDF n’ont respecté les règles. EDF et AREVA « n’ont pas expliqué au public l’origine des anomalies et l’historique de la conception et de la fabrication de la cuve du réacteur EPR » précise le rapport.

Pour le Haut comité, AREVA aurait notamment dû rendre publiques les réponses aux courriers que l’ASN lui a envoyés depuis 2006 sur la fabrication de la cuve. Par ailleurs, le rapport relève le fait qu’aucun scénario technique alternatif n’ait été rendu public, en cas de refus de la cuve et de son couvercle par l’ASN.

Depuis le début de l’affaire, EDF et AREVA mettent l’ASN devant le fait accompli : ils refusent de communiquer un plan B pour la contraindre à accepter que l’EPR démarre avec des pièces vérolées.

L’Autorité de sûreté nucléaire doit résister aux pressions

L’ASN doit rendre public un premier avis sur la cuve dans les prochains jours. Cet avis sera ensuite soumis à concertation publique pour une décision finale qui sera rendue à l’automne.

Le rejet de la cuve par l’ASN enclencherait un « effet domino » en remettant en cause la faisabilité de l’ensemble des projets EPR vendus par EDF et AREVA au Royaume-Uni, en Chine et en Finlande. Les industriels mettent une pression intolérable sur l’ASN, en faisant reposer l’avenir de la filière nucléaire sur ses épaules.

Si l’ASN valide la cuve, ce sont les intérêts financiers qui primeraient sur les principes fondamentaux de sûreté nucléaire. Avec les anomalies détectées sur la cuve et son réacteur (ségrégations de carbone), rien ne permet d’assurer que celle-ci ne peut rompre et créer ainsi un accident nucléaire majeur.

Il est encore temps pour l’ASN de se montrer intransigeante sur la sûreté nucléaire, de résister aux pressions d’EDF et AREVA et donc de refuser de valider la cuve et le couvercle de l’EPR de Flamanville. L’ASN ne doit pas sacrifier la sûreté nucléaire pour sauver à tout prix une filière nucléaire en faillite.

source : Greenpeace

Géopolitique

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I.Mahama

Dans les considérations sur l’art de la guerre, véritable moteur de la politique telle qu’il la définit dans Le Prince, Machiavel souligne qu’un paysage n’apparaît pas de la même façon selon qu’il est vu de la montagne ou d’une plaine[1]. Il en est a fortiori de même pour des signifiants comme ceux qui nous occupent dans cette discussion, la « nation » et la « mondialisation », qui se réfèrent à des territoires ou à la façon dont sont structurés les rapports entre des configurations politiques ou économiques à forte dimension territoriale et spatiale. Le point de vue où l’on se place peut toutefois se décliner de plusieurs façons, chacune définissant une perspective distincte. Dans les remarques qui suivent, j’adopterai celui d’une formation nationale particulière, la Grèce, avec laquelle j’entretiens des liens personnels, non pas pour m’y enfermer mais pour essayer d’appréhender des tendances plus larges, qui concernent le monde dans lequel nous vivons. La Grèce est certes un petit pays, mais, de par sa position géographique, politique (ou géopolitique) et économique, elle est un avant-poste de l’espace européen, donc aussi sa frontière. On peut donc penser qu’appréhender le monde à partir d’un tel lieu permet de saisir avec une acuité particulière certaines des tendances qui y sont à l’œuvre. Saisir la Grèce comme avant-poste et frontière signifie la comprendre comme un lieu de délimitation et de contact permanent entre l’« Europe », mais aussi, et la distinction est de taille, l’Union Européenne (UE), et son extérieur, ou plutôt son Autre, à savoir ce par rapport à quoi, voire même ce contre quoi, elle se définit et se construit.

Nul hasard donc si c’est en Grèce que la « crise des réfugiés », qui a atteint son moment culminant en 2015, s’est révélée avec une violence spectaculaire, qui a placé le pays au centre de l’attention de l’opinion publique européenne internationale. Je mets le terme de « crise » entre guillemets pour souligner qu’il n’est en rien neutre. Pourquoi faudrait-il en effet que l’arrivée durant l’année 2015 d’environ un million personnes, « réfugiés » ou « migrants » là encore les termes ont leur importance, dans une entité comme l’UE, qui compte un demi-milliard d’habitants, soit en tant que telle synonyme de « crise » ? En réalité, la construction de cet événement comme une « crise », avant tout par les autorités de l’UE et de ses Etats membres, puissamment secondées par le discours médiatique, participe pleinement du problème dont la racine se trouve, j’y reviendrai dans un instant, dans la construction de l’« Europe  forteresse» et la violence fondamentale sur laquelle repose son rapport avec cet « extérieur », ou cet « Autre » qu’on appelle maintenant le « Sud global », et qu’on appelait naguère le « Tiers Monde ».

S.Kouvélakis

Extrait de Contretemps

Alternative à Athènes

Ancient Agora

Novlangue du changement — l’alternative s’élabore à gauche

Parce que c’est là que s’inventera la langue d’un avenir commun et désirable, économiquement et politiquement désirable, ancré dans des préoccupations concrètes et matérielles, nous soutenons le Congrès UniverSSE 2017 qui se tiendra à Athènes.

La gauche radicale européenne bénéficiera des expérimentations conduites sur tous les fronts en Grèce, en dépit des conditions extrêmement dures. Il est donc juste que nous fassions une donation au Congrès UniverSSE 2017

En Grèce, les initiatives solidaires se poursuivent en dépit du désastre des politiques européennes et gouvernementales. C’est une lueur, une brèche, un espoir et un travail acharné qu’il est nécessaire d’accompagner pour notre propre survie mentale et politique. Du 9 au 11 juin, les acteurs sur le terrain se rencontrent pour imaginer la suite, des quatre coins de la Grèce mais aussi de la Turquie et d’ailleurs : c’est le Congrès UniverSSE 2017 qui se tiendra à Athènes. Vous pouvez marquer votre appui et votre intérêt pour leur travail en contribuant à leurs frais, pour que les plus démunis apportent leur témoignages et leurs idées à la construction d’un nouveau langage, une nouvelle pratique du changement.

Le Congrès UniverSSE 2017 est le 4ème Congrès européen sur l’Economie Sociale Solidaire qui aura lieu à Athènes du 9 au 11 juin 2017. Des coopératives, des initiatives de terrain, des organisations de l’ESS, des collectifs, des réseaux et des personnes qui travaillent pour promouvoir et faire avancer l’ESS à travers toute l’Europe se réuniront lors de cet événement.

Il y a urgence à soutenir Congrès UniverSSE 2017 . Les initiatives solidaires recoupent des projets de nature diverse, de la coopérative ouvrière à l’occupation des places, en passant par la maison de santé. A Athènes on pourra attendre un foisonnement d’idées inégalé, parce qu’avec la crise, c’est en Grèce qu’ont été poussées plus loin que dans aucun pays européen les expériences locales de relance. Elles croisent la nécessité économique de la survie et des modèles participatifs, écologiques, qui s’affranchissent des intermédiaires institutionnels et économiques traditionnels. Des fermiers et activistes locaux ont ainsi repris le contrôle de la chaîne pour exporter de l’huile d’olive à Lesbos, dans l’optique de créer de l’emploi. Nous bénéficierons donc de cette science, qui sera la leur.

À cette occasion, un financement participatif est organisé sur la plateforme Goteo (dédiée aux projets de construction de communs et de solidarité sociale). Cette campagne vise à collecter de l’argent afin de couvrir les frais de voyage et d’hébergement des membres des structures de solidarité sociale et d’économie sociale et solidaire qui participeront au Congrès UniverSSE 2017, ainsi que certains de ses coûts administratifs.

Les participants incluront par exemple la coopérative de Modousa à Lesbos, le mouvement Our Commons de Turquie ou SODePAZ qui assure du tourisme équitable.

Modousa – La coopérative ouvrière de Lesbos au Congrès UniverSSE 2017

Depuis 15 ans, Giorgio exploitait l’oliveraie de son grand-père, mais depuis 3 ans l’activité a été relancée au sein d’une coopérative dont les réunions hebdomadaires ont lentement gagné la confiance de la commune, et l’adhésion à un processus démocratique, manifeste au sein de l’Assemblée générale, passée en 3 ans de 9 à 65 membres.

https://player.vimeo.com/video/214511378Modousa from vzw Climaxi on Vimeo.

Costas Artakianos, (directeur), Spyros Psomas, George Giannikos Vassilis Neiros, George Painter, John-Michael Darellis, Panagiotis Konstantaras, Nikos Chiotis et Vangelis Anastasiou ont lancé la coopérative sociale et solidaire ou « KOINSEP » « Modousa » en 2013. Avec un capital de 30,000 euros, ils ont repris l’exploitation assoupie de l’oliveraie de Gera, et bénéficié de l’appui d’un pionnier de l’entreprise sociale et solidaire Dimitris Michailidis. Leur attention s’est immédiatement portée sur la nécessité de restaurer de la cohésion sociale en même temps qu’une capacité forte de changement pour le bénéfice de tous. C’est sans doute là la force indéniable des initiatives grecques, très engagées.

L’année dernière, dans le cadre d’une campagne pour les exportations solidaires, Soli-Oli, initiée dans le cadre d’un précédent congrès organisé par Ripess Europe à Berlin, Solidarity for all en coopération avec la coopérative d’huile Modousa de Lesbos et le groupe de producteurs Greenland de Messinia, a exporté 2,5 tonnes de produits (huile d’olive et olives) à des amis et des allemands solidaires qui ont activement apporté leur appui au développement de l’économie solidaire en Grèce.

Modousa a aujourd’hui pour ambition le développement de l’agrotourisme aux abords de l’oliveraie et la construction d’une usine de traitement des déchets.

Information : www.modousa.gr, tel . : 22510-51950, 6943828343.

Lien au site de soutien Goteo pour UniverSSE 2017

Post-scriptum

Interdemos

Depuis qu’à l’été 2015 le gouvernement grec a accepté de mettre en œuvre les politiques que le référendum de juillet 2015 avait rejetées, Interdemos cherche de nouveaux moyens de soutenir les initiatives de solidarité qui alimentent un sursaut politique. Alors que la situation concrète ne cesse d’empirer avec le 3e memorandum, ces initiatives renaissent aujourd’hui et nous allons vous proposer d’en soutenir certaines. Voici la première de ces propositions.

Apprendre d’Athènes

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Documenta, l’une des plus importantes expositions d’art modernes d’Europe, s’ouvre à Athènes samedi 8 avril.

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Composée de milliers d’olives vertes et noires, l’une des oeuvres s’intitule Paiement de la dette grecque en Allemagne aux olives et à l’art.
Intitulée Learning from Athens 8apprendre d’Athènes), la quatorzième édition de Documenta s’intéresse aux conflits économiques et migratoires qui secouent l’Union européenne en adoptant notamment le point de vue de la Grèce.

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Ce projet est profond, riche et complexe“ décrit Adam Szymczyk, le directeur artistique de Documenta 14. Pour lui, cet événement “offre quelque chose qui est totalement unique dans cette ville et pour beaucoup de gens qui viendront de très loin“.

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Tous les 5 ans, le monde de l’art se donne rendez-vous à Cassel. C’est dans cette ville du centre industriel de l’Allemagne que se sont jusqu’alors déployées chacune des treize éditions. Mais cette année, pour la première fois, Cassel partagera la vedette avec Athènes.
Fondée en 1955, l’exposition cherchait initialement à réconcilier le public allemand avec l’art moderne, après la dictature nazie.

http://www.documenta14.de/en/

 

Un lobby français

GREENPEACE BLOQUE LE SIÈGE D'EDF

Le 17 mai 2017

Greenpeace porte plainte auprès de la Commission européenne contre l’Etat français dénoncer le caractère illégal de l’aide qu’il a octroyée à la société EDF, suite à l’opération de recapitalisation bouclée en mars 2017. Cette aide, qui se chiffre à plusieurs milliards d’euros, vise à financer des projets nucléaires particulièrement risqués pour l’entreprise, dont principalement celui d’Hinkley Point au Royaume-Uni.

Une recapitalisation destinée au financement de deux EPR à Hinkley Point

La centrale d’Hinkley Point en Angleterre, dans le Somerset (septembre 2016).
La plainte de Greenpeace vise à dénoncer l’incompatibilité des augmentations de capital d’EDF avec les règles européennes relatives à la concurrence. Dans le cadre de l’augmentation de capital bouclée en mars 2017, l’État a injecté trois milliards d’euros dans les caisses d’EDF. De plus, depuis 2015, l’État français a choisi l’option de paiement de ses dividendes en actions, et non en numéraire, ce qui représente à ce jour un montant de 3,8 milliards d’euros accordés à EDF. L‘État français a donc transfusé 6,8 milliards d’euros à EDF, sans aucune garantie d’assainissement des finances de l’entreprise en contrepartie, alors qu’elle est endettée à hauteur de 75 milliards d’euros.

Au vu des déclarations d’EDF et de l’État de ces 12 derniers mois, ainsi que des documents financiers de l’entreprise, cette augmentation de capital a surtout été orchestrée pour faciliter le financement du projet de construction de deux EPR à Hinkley Point, au Royaume-Uni. Un projet à haut risque, pour lequel l’entreprise devra débourser 16 milliards d’euros alors qu’elle n’a déjà pas les moyens d’investir dans le maintien de la sûreté du parc nucléaire français, ni dans les renouvelables.

Résumons : au lieu de se comporter comme un investisseur avisé, l’État apporte un soutien inconditionnel à EDF et à ses projets nucléaires qui mettent à mal la santé financière de l’entreprise, comme celui d’Hinkley Point. Il n’y a là aucune logique économique.

Une stratégie nucléaire qui plonge EDF dans l’instabilité la plus totale

Avec Hinkley Point, EDF mise sur un projet complètement incertain, tant en raison de la compétitivité des énergies renouvelables qui ne cesse d’augmenter outre-manche qu’en raison des graves difficultés techniques rencontrées sur les chantiers EPR d’EDF et d’AREVA à Flamanville et à l’étranger.

Une trentaine d’activistes bloque le siège d’EDF, à Paris (décembre 2016). EDF doit changer de stratégie industrielle pendant qu’il est encore temps.
Une trentaine d’activistes bloque le siège d’EDF, à Paris (décembre 2016). EDF doit changer de stratégie industrielle pendant qu’il est encore temps.
Par le passé, EDF a déjà procédé à des investissements dans des projets nucléaires qui ont creusé sa dette et n’ont pas apporté de richesse : le rachat de Constellation aux États-Unis (acheté 5,3Mds€ en 2008-2009, déprécié de 1,9Md€ depuis) ou encore celui de British Energy au Royaume-Uni (acheté 15,8 Mds€ en 2008, déprécié de 2Mds€ depuis).

Pourtant, les dirigeants d’EDF s’entêtent à investir dans des projets nucléaires, s’accrochant à l’illusion du renouveau de la filière française. Le nucléaire a plombé les finances de l’entreprise qui se trouve aujourd’hui dans une impasse financière avec une dette faramineuse qu’elle ne peut rembourser et un mur d’investissements qu’elle ne peut financer.

A la veille de l’Assemblée générale d’EDF, notre message est clair : l’État ne peut plus cautionner les choix absurdes d’EDF. Quant aux dirigeants du groupe, ils doivent préserver son équilibre financier, les emplois et le service public, plutôt que de tenter de sauver le nucléaire à tout prix.

Greenpeace

Documenta 14

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The Parthenon was built in Athens at the instigation of Pericles, under the supervision of the sculptor Phidias, between 447 and 38 BCE. The structure is ten meters high by seventy meters long and thirty meters wide. The temple was conceived to house a colossal gold statue of Athena, as well as the Delian League’s treasury and the city’s silver reserves—in the event of a Persian attack, these precious metals could be melted down and made into new coins to finance war. Transformed into a Christian church in the Middle Ages, then into a mosque during the Renaissance, the deconsecrated Parthenon of the modern period became a symbol of democracy and of Western cultural supremacy.

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Marta Minujín, born in Buenos Aires in 1943, seized this aesthetic and political archetype of democracy for her own situation: corrupted by a “national Catholic” dictatorship that reigned in Argentina up until 1983, she put the democratic ideal back into circulation at the moment when the military junta fell. Her artistic project was part of her series “La caída de los mitos universals” or “The Fall of Universal Myths,” which appropriated monumental icons to replicate them, break them up into pieces, and redistribute them into the public realm. In a certain way, the artist gives back to these symbols—reified and confiscated by institutionalization or capitalization—their status as offerings. For El Partenón de libros (The Parthenon of Books, 1983), 25,000 books, taken from cellars where they had been locked up by the military, covered a scale replica of the Greek edifice; built out of metal tubes and elevated to one side, this Parthenon was placed in a public square in the southern part of Buenos Aires.
Minujín’s monuments to democracy and to education through art revive the ceremonies of archaic societies—contrary to the banning of books by the junta’s army and different from the privatization of public property that, through speculating on the debt of the state, encourages the suppression of public-sector services and creates social shortages. In her mass-participation projects, Minujín rediscovers the initial value of a collective treasure; she melts shared capital back down into cultural currency without remainder. She lays down the verticality of public edifices that embody confiscated cultural knowledge and a hidebound heritage. She dilapidates the fortune these myths represent. By literally tilting these symbols, Minujín not only gives new meaning to these monuments, she offers them a new sensuality.
—Pierre Bal-Blanc

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Pêcheurs d’hommes

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A 6 heures du matin, à 18 milles [29 kilomètres] de la côte libyenne, Pietro Catania, capitaine du bateau de sauvetage Prudence de Médecins sans frontières (MSF), me fait voir sur la carte marine trois bateaux pneumatiques signalés en partance dans la nuit des plages de Sabratha. Ils sont arrivés à 8 milles de distance.

Je prends le premier quart de repérage à la ­jumelle. Le radar de bord ne suffit pas à signaler une embarcation basse, faite de caoutchouc et de corps humains. De l’autre côté de la proue, Matthias Kennes, responsable à bord pour MSF, surveille le reste de l’horizon. On voit les lumières de la côte, l’aube est limpide.
Les poings fermés

Les heures passent inutilement. Nous apprenons que les bateaux pneumatiques ont été interceptés par les vedettes libyennes et ont été ­contraints de rentrer. Ils étaient arrivés à 15 milles, hors de la limite territoriale des 12 milles.

On aurait pu les laisser tranquilles. Ils sont déjà condamnés à mort s’ils font naufrage avant la limite, où nous ne pouvons intervenir. Les gardes-côtes les ramènent à terre pour les enfermer de nouveau dans des cages. Pas tous. Un des ­canots remorqués se renverse. Quatre-vingt-dix-sept personnes se noient. Quand il s’agit de vies humaines, il faut les écrire en lettres et non pas en chiffres. Vingt-sept en revanche sont ­admises à la loterie du salut.

A bord du Prudence, tout était prêt. Nous restons les poings fermés, sans pouvoir les ouvrir pour recueillir. Je regarde la mer ce soir : une étendue plate comme un tapis. On ne peut pas couler sans vagues. C’est une insulte à la mer que de se noyer quand elle est calme, quand il n’existe aucune force de la nature adverse, à part la nôtre. Nous sommes les poings fermés.

Erri De Luca

Extrait