Black rock

aPhoto P.Strand

Les détails les plus réjouissants de cet événement avaient été soigneusement dissimulés par l’Elysée. C’eût été dommage!

Le 25 octobre, le président Macron a convié au Château le gratin de la finance mondiale, représenté par les dirigeants de BlackRock, le plus gros investisseur du monde [plus de 5000 milliards d’euros d’actifs en fin 2016], et par 21 gestionnaires de fonds. Certes, Europe1 (26/10) et Le Monde (31/10) avaient évoqué un dîner. Mais pas par le menu.

Un document, tombé dans le bec du Canard, livre des détails inédits sur cette rencontre, qui s’apparente en réalité à un mini-sommet. Les agapes élyséennes n’ont pas duré que le temps d’une petite soirée: elles se sont étalées sur toute la journée. Et, comme rien n’est trop beau pour ces messieurs de Wall Street, le Président a mis à leur disposition le salon Murat – au rez-de-chaussée de palais de l’Elysée, s’il vous plaît!

Une première: jusqu’alors, aucun président n’avait osé privatiser le lieu, qui abrite le Conseil des ministres depuis Georges Pompidou, au profit d’un groupe financier américain.

Bon appétit, Mister President

Barrée d’un «Confidential – Not for distribution» («Confidentiel – ne pas distribuer»), la note du président de la fiesta, signée Larry Fink, le président fondateur de BlackRock, et Philipp Hildebrand [1], vice-président, promet «des conversations uniques et dynamiques». «Il s’agit, insistent les rédacteurs, d’un moment charnière pour la France et pour l’Europe, et nous discuterons toute la journée de la vision de transformation du président Macron avec des représentants de son cabinet qui éclaireront leurs priorités clés.» Quelle chance ils ont, Macron et son cabinet! D’ailleurs, ils n’ont pas hésité à mobiliser les grands moyens de l’Etat. Et à faire défiler devant les financiers – outre le Président de la République – cinq ministres dont le premier d’entre eux.

Arrivée à 12h30, la délégation, conduite par Larry Fink, a été gratifiée d’un «déjeuner introductif» avec Edouard Philippe à l’Hôtel Matignon, suivi, en dessert, d’un topo de Muriel Pénicaud sur l’«évolution du marché du travail». Miam!

A 14h45, tout ce petit monde a été transféré sous «escorte officielle» au palais de l’Elysée. Recruté par BlackRock, l’ex-ministre britannique George Osborne a régalé l’assistance de ses «réflexions géopolitiques et perspectives de marché» avant que les officiels français se pressent dans le salon Murat pour des exposés de 45 minutes.

Agendas fantômes

La procession a débuté avec le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, qui a livré «[sa] vision de l’économie française et l’agenda des réformes». La ministre des Transports, Elisabeth Borne, s’est ensuite exprimée sur l’ «investissement dans les transports et les infrastructures», après quoi Benjamin Griveaux, alors sous-ministre de Bercy [depuis le 24 novembre 2017, il est porte-parole du gouvernement], a exposé les «opportunités en France pour les investisseurs globaux». Le tout s’est achevé par la fameuse réception officielle en présence d’Emmanuel Macron, flanqué de Bruno Le Maire et Benjamin Griveaux. Quelle bringue!

Le plus amusant, c’est que lesdits ministres se sont bien gardés d’inscrire ces rendez-vous à leurs agendas officiels respectifs. Sans doute étaient-ils un peu gênés aux entournures. Pourtant un concours de révérences au Château, quoi de plus naturel? (Le Canard enchaîné du 6 décembre 2017)

Al’encontre dec 2017

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[1] Philipp Hildebrand a été membre du directoire de la Banque Nationale Suisse dès 2003; il en devient président en 2010. Il démissionne en 2012 suite à une présomption de délit d’initiés dans une opération de change faite par sa femme. Depuis octobre 2012, il est vice-président de BlackRock. (Réd. A l’Encontre)

[2[ Chancelier de l’Echiquier (finances et trésor) de 2010 à 2016 dans le gouvernement Cameron et fidèle supporter du géant bancaire HSBC, dont les nombreuses pratiques plus que douteuses ont été exposées dans un remarquable documentaire diffusé le 20 novembre 2017 sur la RTS intitulé «Les gangsters de la finance». (Réd. A l’Encontre)

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Sur la télévision

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Après son passage dans « L’Émission politique » sur France 2, qui « s’apparente davantage à la violence planifiée d’une corrida qu’à un quelconque exercice intellectuel », Jean-Luc Mélenchon fustigeait sur son blog « deux heures de pièges (…), de mensonges et d’abus de pouvoir médiatique, au lieu de la belle soirée de réflexion politique à laquelle j’avais naïvement cru », s’en prenant notamment à l’« illusionniste » François Lenglet, et proposant pour conclure la création d’un Conseil de déontologie du journalisme. Il y a plus de vingt ans, Pierre Bourdieu revenait dans nos colonnes sur son intervention dans l’émission « Arrêt sur images ». La télévision peut-elle critiquer la télévision, interrogeait-il à l’époque ? Le billet de blog de M. Mélenchon, comme le destin d’« Arrêt sur images » (passée du petit écran à la Toile), est en soi une réponse à cette question. Reste alors celle-ci : pourquoi se rendre dans des émissions construites comme des traquenards ?

La télévision peut-elle critiquer la télévision ?

Analyse d’un passage à l’antenne

En France, plusieurs émissions de télévision se proposent de décrypter les images que reçoivent les téléspectateurs. Se fondant sur l’idée que la télévision peut critiquer la télévision, elles tentent de combattre la méfiance grandissante du public à l’égard de ce média. Pierre Bourdieu,qui a, en janvier dernier, participé à la principale de ces émissions, « Arrêt sur images », livre ici son témoignage.

Jai écrit ces notes dans les jours qui ont suivi mon passage à l’émission « Arrêt sur images ». J’avais, dès ce moment-là, le sentiment que ma confiance avait été abusée, mais je n’envisageais pas de les rendre publiques, pensant qu’il y aurait eu là quelque chose de déloyal. Or voilà qu’une nouvelle émission de la même série revient à quatre reprises — quel acharnement ! — sur des extraits de mes interventions, et présente ce règlement de comptes rétrospectif comme un audacieux retour critique de l’émission sur elle-même. Beau courage en effet : on ne s’est guère inquiété, en ce cas, d’opposer des « contradicteurs » aux trois spadassins chargés de l’exécution critique des propos présentés.

La récidive a valeur d’aveu : devant une rupture aussi évidente du contrat de confiance qui devrait unir l’invitant et l’invité, je me sens libre de publier ces observations, que chacun pourra aisément vérifier en visionnant l’enregistrement des deux émissions (1). Ceux qui auraient encore pu douter, après avoir vu la première, que la télévision est un formidable instrument de domination devraient, cette fois, être convaincus : Daniel Schneidermann, producteur de l’émission, en a fait la preuve, malgré lui, en donnant à voir que la télévision est le lieu où deux présentateurs peuvent triompher sans peine de tous les critiques de l’ordre télévisuel.

« Arrêt sur images », La Cinquième, 23 janvier 1996. L’émission illustrera parfaitement ce que j’avais l’intention de démontrer : l’impossibilité de tenir à la télévision un discours cohérent et critique sur la télévision. Prévoyant que je ne pourrais pas déployer mon argumentation, je m’étais donné pour projet, comme pis-aller, de laisser les journalistes jouer leur jeu habituel (coupures, interruptions, détournements, etc.) et de dire, après un moment, qu’ils illustraient parfaitement mon propos. Il aurait fallu que j’aie la force et la présence d’esprit de le dire en conclusion (au lieu de faire des concessions polies au « dialogue », imposées par le sentiment d’avoir été trop violent et d’avoir inutilement blessé mes interlocuteurs).

Daniel Schneidermann m’avait proposé à plusieurs reprises de participer à son émission. J’avais toujours refusé. Début janvier, il réitère sa demande, avec beaucoup d’insistance, pour une émission sur le thème : « La télévision peut-elle parler des mouvements sociaux ? » J’hésite beaucoup, craignant de laisser passer une occasion de faire, à propos d’un cas exemplaire, une analyse critique de la télévision à la télévision.

Extrait : https://www.monde-diplomatique.fr/1996/04/BOURDIEU/5425

Modèle suedois

Le concept de maison naturelle, entourée d’une serre créant un microclimat, permet d’utiliser l’énergie de l’environnement pour chauffer les habitations. Il s’inscrit dans la dynamique de transition énergétique portée par les pouvoirs publics de ce pays scandinave depuis près de trente ans.

- Stockholm (Suède), reportage

À 17 heures, le soleil commence à décliner et la véranda se teinte d’une chaude lumière printanière. Au niveau du toit, les stores électriques se replient complètement pour laisser apparaître une vaste baie vitrée. Elle enveloppe une grande bâtisse en bois aux reflets d’or, simplement nappée d’une couche d’huile de lin. À quelques kilomètres au sud-ouest de Stockholm s’élève la « maison-serre » de Charles et Marie Sacilotto. 300 mètres carrés intégralement entourés d’une vitre épaisse de 4 millimètres. Entre la maison et la structure en verre, une nature, inconnue du royaume scandinave, émerge. Des pousses de tomates et quelques plantes aromatiques étreignent les barres métalliques d’un escalier en colimaçon. Des concombres, mais aussi des figues, mûrissent doucement. Il y a même une petite mare remplie de poissons rouges.

Fruits et légumes inconnus en Suède peuvent pousser sous la serre.

Une idée saugrenue ? Pas tant que ça dans le pays. Sur le plan écologique, la maison permet de limiter les basses températures, et donc de produire tout au long de l’année des fruits et des légumes. Unique dans le pays, mais également en Europe, le concept est issu de l’imagination d’un homme, Bengt Warne, architecte spécialiste de l’écologie en Suède. Dans les années 1980, il est le premier à avoir développé ce modèle de maison « naturelle » — ou nature house, en anglais — dans la banlieue de Stockholm.

« La maison fonctionne comme un capteur solaire »

Jeune français fraîchement installé en Suède, Charles Sacilotto est immédiatement séduit, et décide en 2004 de travailler avec Bengt Warne pour faire construire sa propre maison-serre. « La maison fonctionne comme un capteur solaire qui accumule l’énergie du soleil pendant la journée. » En moyenne, Charles et sa femme, Marie, disent gagner trois à quatre mois de chauffage chaque année. « Dès le mois de mars, la chaleur du soleil suffit à rendre la température agréable à l’intérieur », assure le quarantenaire.

Ancien ingénieur d’EDF à la centrale nucléaire de Cruas, et aujourd’hui professeur de mathématiques physiques et techniques au lycée de Nacka, petite commune de la banlieue de Stockholm, Charles en connait un rayon sur la thermodynamique. Il explique avoir construit sa maison pour qu’elle soit active : « Aujourd’hui, on parle beaucoup des habitats passifs, mais notre maison, au contraire, est plutôt active. » La carapace joue en effet le rôle d’un catalyseur : dès que les premiers rayons du soleil s’infiltrent dans la serre, l’air se réchauffe très vite. « Par temps clair, s’il fait – 2 °C à l’extérieur, nous pouvons atteindre 15 ou 20 °C dans la serre. » En revanche, la différence de température s’évanouit dès que le soleil disparaît. Mais Marie a son idée : « Il faudrait que nous puissions stocker l’énergie solaire, avec du sel liquide par exemple, et là nous deviendrions autonomes en énergie. »

Charles Sacilotto.

L’autonomie, le couple y pense depuis le début, même si l’objectif initial était simplement de consommer moins d’énergie, pour des raisons évidemment écologiques. Des vignes tissent peu à peu leurs nervures sur un pan intérieur de la façade en verre. Charles est satisfait. En Suède, les raisins ne poussent pas dans les épaisses forêts de bouleaux et de pins. « Nous avons ici des grappes bien sucrées pour faire du jus. Si je travaillais moins, l’idéal serait de cultiver tous les fruits et légumes dont nous avons besoin pour devenir autosuffisants. » Le toit fait pour l’instant office de terrain de jeu. Mais il sera bientôt transformé en potager. Une belle exposition au soleil qui permettra à Charles Sacilotto de faire pousser des melons. En attendant, même s’il continue d’acheter certains produits, il jouit tout de même de certains avantages. « En plus des tomates, des concombres et du raisin, nous cultivons déjà beaucoup d’oignons et de pommes de terre », sourit-il.

Adéquation entre les initiatives locale et les politiques publiques en matière énergétique

Innovante, écologique, la maison de Charles et Marie a bien trouvé sa place dans le paysage suédois. Elle illustre d’ailleurs parfaitement l’adéquation entre les initiatives locales et les politiques publiques en matière énergétique.

Selon une étude publiée par Michel Cuciani dans les études de l’Ifri (l’Institut français des relations internationales) en juin 2016 [1], la Suède présente la particularité d’avoir engagé de manière précoce une transition énergétique efficace et durable. « Fin 2014, la Suède pouvait afficher une consommation en énergie finale à 52 % d’origine renouvelable. (…) En ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre, le pays présentait en 2013 la plus faible empreinte carbone de l’Union européenne, aussi bien au regard de son PIB que mesurée par habitant », écrit l’auteur.

La vigne court le long de la structure de la serre.

En plus d’une taxe sur les émissions de CO2, la Suède a mis en place dans les années 1990 des subventions pour les collectivités locales. Le gouvernement privilégie alors les réseaux de chaleur alimentés aux bioénergies, et les particuliers qui acceptent d’être raccordés à ce réseau. Un lien fort avec le local, qui a permis l’émergence des ces fameuses Naturhus, comme celle de la famille Sacilotto. « Au début, quand j’ai lu le livre de Warne, écrit avec la célèbre romancière suédoise Marianne Fredricksson, il parlait de vivre en harmonie avec la nature. Pour moi c’était de la science-fiction. » Et pourtant, même si ces projets restent coûteux — 90.000 euros rien que pour la serre —, et peu répandus — quatre maisons de ce type dans la banlieue de Stockholm — ils ont le mérite d’exister, et d’orienter la recherche et les politiques publiques. C’est ainsi que l’année dernière, l’agence Tailor Made achève la rénovation d’une grange dans le sud du pays (« Nature House Uppgrenna »), dans le prolongement de la Naturhus et son principe d’écologie active : utiliser l’énergie de l’environnement plutôt que d’isoler l’habitat. Un bijou de technologies regroupant des logements, des espaces de détente, des activités de loisirs et une production agricole.

50 % d’énergies renouvelables en 2020

Depuis trente ans, les politiques énergétiques n’ont cessé d’aller dans ce sens. En 2009, conformément à une directive européenne relative à l’efficacité energétique, le Parlement suédois adopte un ensemble de mesures et d’objectifs chiffrés, toujours poursuivis aujourd’hui par la nouvelle majorité en place. Ces objectifs prévoient d’atteindre 50 % d’énergies renouvelables en 2020, et de réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre par rapport au niveau de 1990.

Le projet Nature House Uppgrenna de Tailor Made.

Selon l’Agence suédoise de l’énergie, la Suède se place aujourd’hui en première position parmi les membres de l’Union européenne avec 36 % d’énergies renouvelables ; enfin, le nucléaire continue d’occuper une place importante, puisqu’il représente près d’un tiers de la production. À plus long terme — à l’horizon 2050 — le pays vise la neutralité carbone.

Un modèle pour les pays voisins. Mais avant de calquer l’exemple suédois, à échelle individuelle, les habitants pourront toujours s’inspirer de l’initiative personnelle des Sacilotto. Tous les ans, Charles et Marie reçoivent déjà la visite d’une cinquantaine de personnes qui souhaitent bâtir leur propre maison-serre. Une présentation de leur maison sur Youtube atteint même les deux millions de vues. Et « le concept pourrait tout à fait voir le jour dans certains départements français, comme dans le Nord ou en Bretagne », assure l’ingénieur.

Reporterre decembre 2017

Cap sur les énergies renouvelables

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The world Jia Zhangke

Singulière coïncidence : le 1er juin, alors même que M. Donald Trump annonçait le retrait américain de l’accord de Paris sur le climat, le 19e sommet entre l’Union européenne et la Chine, à Bruxelles, offrait l’occasion au premier ministre chinois Li Keqiang de réaffirmer l’ambition de son pays à le mettre en œuvre. Il faut dire que le succès de la conférence de Paris sur le climat (COP21) doit beaucoup au rôle joué par Pékin dans les négociations.

Le principal obstacle tenait aux fortes divergences existant entre le groupe des pays en développement, le G77, et les pays développés sur le financement de la transition énergétique et sur le partage des efforts à mener pour contenir le réchauffement climatique. Le négociateur en chef chinois, M. Xie Zhenhua, a su jouer du statut hybride de l’empire du Milieu, tout à la fois pays en développement et puissance économique. S’étant positionné en médiateur naturel pour gagner la confiance de toutes les parties prenantes, il a notamment obtenu que le versement annuel, dès 2020, de la somme de 100 milliards de dollars dans un Fonds vert pour le climat par les pays du Nord pour ceux du Sud ne revête plus de caractère contraignant. Dans le même temps, Pékin a su imposer le notion de « responsabilités communes, mais différenciées » des 195 pays signataires de l’accord. Avec ce principe politico-juridique, les efforts demandés aux pays industrialisés seront modulés en fonction de leur poids économique et de leur responsabilité historique dans le réchauffement climatique.

La signature de l’accord de Paris fut d’ailleurs considérée comme un succès diplomatique pour Pékin : ses dirigeants avaient naguère très mal vécu que l’échec de la COP15 de Copenhague, en 2009 (accord a minima et non contraignant, qualifié de « recul » par rapport au protocole de Kyoto de 1997), leur soit imputé par les médias occidentaux. À l’inverse, la Chine a esquissé à Paris les prémices d’une diplomatie environnementale. Depuis, elle manque rarement une occasion de rappeler le magistère qu’elle entend exercer sur la question climatique, alors que le vide de leadership laissé par les États-Unis sur ce sujet apparaît de plus en béant.

Cette orientation chinoise semble d’autant plus nécessaire que son modèle de développement, résultat d’une politique économique mêlant, depuis les années 1980, dumping social et dumping environnemental afin de générer des avantages compétitifs par rapport aux pays occidentaux, est dorénavant insoutenable. Devenue le premier émetteur de gaz à effet de serre (28 % des émissions de CO2 dans le monde), la Chine multiplie les données alarmantes : 10 % des terres arables du pays sont contaminées par des métaux lourds et 80 % des eaux des puits souterrains sont impropres à la consommation (1). Enfin, moins de 1 % des cinq cents premières villes du pays enregistrent une qualité de l’air conforme aux normes internationales, portant à près d’un million par an les décès dus à la seule pollution atmosphérique, selon l’Organisation mondiale de la santé.

« L’État a saisi l’urgence du problème écologique et pris l’engagement sincère de protéger l’environnement », analyse Chloé Froissart, directrice du Centre franco-chinois de l’université Tsinghua à Pékin. En 2013, le président Xi Jinping devait même proclamer l’émergence d’une « civilisation écologique », concept aux contours flous mais dont les enjeux sont transparents : pérenniser un modèle de développement conciliant une croissance robuste et une meilleure qualité de vie. Le 13e plan quinquennal adopté par le Parlement en 2016 est d’ailleurs éloquent. Il projette de faire passer la part du charbon dans le « mix » énergétique de 64 % en 2015 à 58 % en 2020 et de porter, au même horizon, la part des énergies non fossiles à 15 % du bouquet énergétique. Pékin veut réduire la part des industries lourdes traditionnelles, particulièrement responsables de la pollution, et renforcer son leadership économique sur les énergies renouvelables.

Cette politique est déjà couronnée de succès. Loin de l’image d’un pays pollueur et pollué qui lui est traditionnellement associée, la Chine s’affiche dorénavant comme le premier producteur d’énergies vertes du monde, le premier fabricant d’équipements photovoltaïques, la première puissance hydroélectrique, le premier investisseur dans l’éolien et le premier marché mondial des voitures à nouvelles énergies. Malgré une croissance de 6,7 % de son économie en 2016, la Chine a même vu ses émissions de CO2 décroître de près de 1 %, à 8 768 millions de tonnes. Une performance à comparer à celle de l’Europe, dont les émissions ont stagné alors que la zone euro enregistrait une croissance bien moindre : 1,7 % (2). En plus d’apaiser les tensions qui traversent l’opinion chinoise sur les questions environnementales, cet ambitieux virage vert répond à l’enjeu de moderniser en profondeur les relais de croissance du pays et de verdir son image sur la scène internationale.

Les fonds vautours

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Photo : Contre la Troika Portugal

Où se passe une restructuration d’une dette publique, des fonds vautours ne sont jamais bien loin. Ces charognards qui prennent pour proie des pays en crise ne chassent pas uniquement dans les pays du Sud – bien que ces derniers restent leurs cibles privilégiées – mais s’en prennent aussi aux pays du Nord. En témoigne le cas de la Grèce et l’importante |1| restructuration que le pays a réalisée en 2012 sous la pression de ses créanciers.

C’est quoi une restructuration de dette ? Une restructuration de dette c’est un échange de dettes via lequel des anciens titres sont échangés contre des nouveaux, comprenant des conditions différentes. C’est-à-dire une baisse des taux d’intérêt et/ou un allongement du calendrier de remboursement et/ou une diminution du capital, de la valeur de la dette.

Exemple : j’avais un titre de la dette belge de 1 000 euros arrivant à échéance en 2019, avec un intérêt de 2,3 %. Après restructuration, je renonce à ce titre en échange d’un nouveau qui me donne droit à 850 euros, arrivant à échéance en 2030 avec un intérêt de 1,7%.

Comment se passe les restructurations ? Généralement par une négociation entre créanciers et pays débiteur.

Pourquoi fait-on des restructurations de dettes ? Généralement, parce que c’est la crise et que le pays est en situation de surendettement.

À savoir : dans de rares cas, les anciens titres sont échangés contre des liquidités, de l’argent, quoi.


Autopsie d’une restructuration

Bien qu’annoncé, l’échec du premier « plan de sauvetage » de la Grèce de mai 2010 devient patent dès 2011. Le taux d’endettement public atteint alors 172,1 % du PIB, quand il était à 126,7 % à la veille de l’intervention de la Troïka. C’est dans ce contexte que s’ouvrent les pourparlers pour un deuxième « plan de sauvetage ». Alors qu’en 2010, l’Union européenne et le FMI ont tout fait pour éviter une restructuration de la dette grecque, elle apparaît cette fois-ci à l’ordre du jour.

Dès le départ, le cadre des discussions se limite à la mise en œuvre d’un PSI, Private Sector Involment. Autrement dit, pas question de toucher aux créances détenues par les pays européens, le FMI et la BCE, mais uniquement à celles des créanciers privés (ceux qui n’ont pas été remboursés intégralement grâce au « plan de sauvetage » de 2010).

À partir de l’été 2011, les négociations, dans un cadre plus ou moins formel, débutent. Qui participent à ces discussions ? Des représentants des États de la zone euro, d’abord. Les représentants de la Troïka (FMI et BCE) ainsi que le président du comité économique et financier de l’époque, M. Grilli, ensuite. Et enfin, les grandes banques privées via l’Institute of International Finance (IIF), qui est ni plus ni moins le plus gros lobby du secteur financier et un incontournable des négociations de restructuration de dettes souveraines |2|. Dans le cas de la Grèce l’IIF a mis sur pied un groupe ad hoc, le Private Creditor/Investor Committee, composé d’une trentaine d’institutions bancaires et de compagnies d’assurance, afin d’aboutir à une position collective protégeant les intérêts des créanciers et investisseurs privés |3|. Les banques privées s’avèrent non seulement conviées aux discussions ayant lieu « avant, pendant et après » les sommets européens officiels, mais en plus celles-ci se font sur base de leurs propositions élaborées au sein de ce Private Creditor/Investor Committee |4|. Et tandis que les banques imposent leurs doléances, il faut noter une absence remarquée autour de la table : aucun représentant de la Grèce lors de ces rencontres. La Grèce sera de la partie uniquement pour les détails techniques, les modalités d’application d’une décision prise sans elle. C’est au sommet d’octobre 2011 que la décision d’alléger la dette est officialisée.

Le processus de restructuration en tant que tel peut alors commencer. Le 23 février 2012 une loi qui modifie les clauses des titres souverains soumis au droit grec est votée. Cette modification rétroactive permet d’inclure dans ces contrats des clauses d’action collective (CAC). Ces clauses stipulent qu’en cas de renégociation de la dette, si deux tiers des créanciers acceptent le deal proposé, celui-ci s’impose à l’entièreté des créanciers. Après les négociations et à l’aide de ces CAC, le gouvernement grec obtient un accord avec un peu plus de 95 % des détenteurs de ces titres de la dette souveraine.

Le 24 février un acte du conseil des ministres (loi 4050/2012) entérine donc quels titres seront concernés par l’échange et surtout les conditions de celui-ci. En échange de chaque obligation grecque d’une valeur initiale de 100 euros, les créanciers obtiennent :
- vingt nouvelles obligations grecques d’une valeur totale de 31,5 euros. Ces obligations arrivent à échéance entre 2023 et 2042 et leurs taux d’intérêt augmentent progressivement (2 % entre 2012 et 2015, puis 3 % entre 2016 et 2020, puis 3,65 % en 2021 et 4,30 % de 2022 à 2042). Ces obligations sont émises par l’État grec mais sont régies désormais par le droit britannique.
- deux obligations d’une valeur de 15 euros. Ces obligations sont émises par le Fonds européen de stabilité financière (le FESF) et régies elles aussi par le droit britannique. Leur durée est de respectivement un et deux ans.
- un titre de garantie, arrivant à échéance en 2042 et régi lui aussi par le droit britannique. Son rendement est lié au PIB grec : ce titre est activé dès lors que la Grèce enregistre 12 mois consécutifs de croissance économique |5|.

Catdm extrait novembre 2017

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Retour à Bure

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Photo : Reporterre novembre 2017

C’est l’Autorité environnementale qui en a décidé, l’ANDRA doit procéder à une évaluation environnementale.

L’opposition au projet Cigéo toujours plus confortée !
Depuis l’ordonnance du 1er août 2016 du TGI de Bar-le-Duc, l’Agence Nationale pour la gestion des déchets radioactifs est contrainte de régulariser ses travaux illégaux, notamment de défrichement, dans le Bois Lejuc où elle projette d’édifier des installations de surfaces (puits d’accès et de rejets de gazs radioactifs de Cigéo). En octobre 2017, soit plus de 14 mois après, l’agence n’a toujours pas réussi à obtenir de régularisation auprès des services de l’État. En vue d’obtenir de telles autorisations, une saisine de l’Autorité environnementale est nécessaire pour déterminer si ces travaux à régulariser et les nouvelles opérations doivent faire préalablement l’objet d’une évaluation environnementale.

Depuis le mois d’août 2016, l’ANDRA a soumis trois demandes auprès de l’Autorité environnementale. À ce jour, aucune n’a permis l’octroi des autorisations.
La première décision de l’Autorité environnementale en date du 21 novembre 2016 dispensait l’ANDRA de réaliser de telles études. Cependant, le Bois Lejuc a été inclus dans une Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique (ZNIEFF de la Fosse Lemaire) fin novembre 2016.
Au regard de cette nouvelle donnée, l’ANDRA a préféré déposer une deuxième demande auprès de l’Autorité environnementale. Cette dernière la dispensa à nouveau de réaliser une telle étude le 22 mars 2017.
Mais, suite au recours gracieux de quatre associations et fédérations, l’Autorité environnementale retira sa décision le 28 juin 2017 ce qui a pour effet d’obliger l’Andra à réaliser une telle étude.
L’agence, ne souhaitant aucunement se soumettre à un tel exercice, soumit une troisième demande en septembre 2017. Mais là, c’est l’Autorité environnementale qui, par son absence de réponse, le 17 octobre 2017, a entrainé l’obligation pour l’ANDRA de réaliser une évaluation environnementale pour obtenir les autorisations de défrichements et de forages.

Ainsi l’ANDRA n’est aucunement parvenue à obtenir des autorisations pourtant usuelles au titre du code de l’environnement et du code forestier.
Une telle incurie interroge sur sa capacité à gérer pour des millions d’années les déchets radioactifs les plus dangereux jamais produits ! Pour obtenir ces autorisations, l’ANDRA devra donc présenter une évaluation environnementale, ce qui prendra de longs mois avant d’espérer avoir un avis favorable à la reprise de ses travaux dans le bois ! Nous appelons d’ailleurs toutes les structures amenées à être démarchées par l’ANDRA pour réaliser cette évaluation à refuser de collaborer avec l’agence.

Occuper le Bois Lejuc, le protéger et ne pas le céder, une évidence !
Les opposants à Cigéo appellent à venir ce dimanche 22 octobre au Bois Lejuc, à partir de 11h.
Comme promis, le TIPI en planchettes de bois décorées de multiples messages colorés, réalisé lors du festival Les Bure’lesques, sera remonté dans la forêt. Suivront un repas tiré du sac et le début de la construction de la grande « Cabane Solidaire ». Ce chantier durera quelques mois et fait appel à toutes les envies, bonnes volontés et talents.
Rendez vous à partir de 11h, Barricade Nord (48° 32’ 42’’ nord, 5° 21’ 20’’ est).
Toutes les infos sont ICI.

COMMUNIQUE
des opposant-es en lutte // Tous contre l’enfouissement des déchets nucléaires !
+ Coordination BURESTOP (BURESTOP 55 + BURE ZONE LIBRE + HABITANTS VIGILANTS + MNE + MIRABEL LORRAINE ENVIRONNEMENT)
+ ASODEDRA + CEDRA 52 + EODRA

Everythings gardens

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Everything gardens : les villes en transition

Rob Hopkins a initié un mouvement peu connu en France, mais qui a essaimé partout dans le monde. Celui des villes en transition, ou plus simplement de « la Transition ». Le but est de vivre dès maintenant comme s’il n’y avait déjà plus de pétrole. Anticiper la crise climatique pour mieux la stopper. Inventer une société post-pétrole, une économie post-croissance. Pour ce professeur de permaculture britannique, cela a commencé un jour de 2005 en allant frapper à la porte de ses voisins, à Totnes, pour qu’ensemble ils construisent cette nouvelle ville. Une réinterprétation de la philosophie punk qu’il a faite sienne : DIY (do it yourself) ou en français « Si tu n’aimes pas une chose, fais-la toi-même ». Rob Hopkins aime alors citer le souvenir de ce tract punk trouvé en 1976 : « Voilà trois accords, maintenant tu peux montrer un groupe ». En 2010, il a publié le Manuel de transition, avec non pas trois accords, mais douze marches pour accéder à la Transition. Aujourd’hui, le réseau comprend 1 170 groupes de Transition au fonctionnement horizontal. Chacun transitionne comme il l’entend : création de jardins partagés, monnaies locales, logements accessibles, brasseries, éco-quartier, lutte contre les discriminations… Seule exigence : que toutes ces initiatives locales transmettent aux autres leur histoire. Aujourd’hui, Rob Hopkins répand partout cette envie de faire — sans trop se déplacer car il a décidé de ne plus prendre l’avion et il se tient à cet engagement écologique. Il sait adapter son discours pour qu’il touche ses interlocuteurs quels qu’ils soient, à grand renfort d’anecdotes bien choisies, d’un choix des mots pragmatique, mais avec une sincérité et une volonté qui ne peuvent laisser indifférent. S’il veut tant convaincre, c’est que c’est sa seule façon de changer le futur et d’enrayer le changement climatique et la crise sociale.

Vacarme novembre 2017