Black Lives Matter

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Keith Lamont Scott, un Afro-Américain de 43 ans, a été abattu par la police sur le parking d’une résidence de Charlotte (en Caroline du Nord). Une routine américaine : depuis le 1er janvier, 173 Noirs ont été abattus par les forces de l’ordre, soit deux tous les trois jours. « Si les hommes noirs ne représentent que 6 % de l’ensemble de la population, ils constituaient 40 % des civils désarmés tués par la police en 2015 », rappelle Sylvie Laurent dans cet article consacré aux nouveaux militants pour la justice raciale.

Depuis deux ans, une nouvelle génération de militants est apparue aux États-Unis. Regroupés autour du mot d’ordre « Black Lives Matter » (« Les vies des Noirs comptent »), ils combattent les violences policières, l’injustice économique, le patriarcat. Tout en réinventant ses formes d’action, ils poursuivent la longue histoire de la lutte pour l’égalité raciale.

À l’heure où, comme après chaque spasme racial, la moulinette à déni s’empare du débat public américain, où l’on appelle à une « discussion » pour régler des « tensions mutuelles » et « restaurer la confiance », et où certains suggèrent, toute honte bue, que les protestataires sont complices voire coupables des assassinats de Dallas, quelques vérités s’imposent. Au moins 123 Afro-Américains ont été tués par la police depuis le 1er janvier 2016. Pas un seul des auteurs des coups de feu meurtriers n’a été emprisonné à ce jour. Si les hommes noirs ne représentent que 6 % de l’ensemble de la population, ils constituaient 40 % des civils désarmés tués par la police en 2015. À la différence des banlieues calmes de la classe moyenne blanche, les « communautés de couleur » (colored communities) sont en contact permanent avec les forces de l’ordre, sciemment surveillées et punies depuis les années 1970 par un État policier qui, non sans évoquer le paradigme colonial, cherche à « pacifier » le ghetto. C’est cette folie qui motiva l’action des Black Panthers en leur temps.

Les Panthers, fondées en 1966 comme alternative radicale au mouvement réformiste des droits civiques, avaient une tactique révolutionnaire pour lutter contre la brutalité policière. Patrouillant dans les rues d’Oakland en arborant leurs fusils (chose légale en Californie), ils surveillaient les voitures de police. Dès qu’une interpellation avait lieu, ils se postaient à distance légale, une dizaine de mètres, et observaient très attentivement la scène, au grand malaise des policiers, contraints de mesurer leurs gestes.

À l’été 2016, il est toujours aussi nécessaire de surveiller la police, ce qu’ont bien compris les enfants de Martin Luther King, de Malcolm X et des Black Panthers. Ce sont ainsi les membres du collectif Stop the Killing Inc. qui, patrouillant à leur tour dans les rues, ici de Baton Rouge en Louisiane, ont filmé l’altercation fatale entre deux policiers blancs et le jeune Alton Sterling, exécuté d’une balle en pleine poitrine.

Sylvie Laurent Septembre 2016 (extrait le monde diplo)

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