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Puissances et problèmes d’une « politique de quiconque ». Entretien avec Jacques Rancière

Alors qu’aujourd’hui la référence au 15-M est constante dans le mouvement Nuit debout, cet entretien — publié jusque-là uniquement en espagnol en 2014 — a une nouvelle actualité. Il ne s’agit en aucune façon de lui faire « dire la vérité » de ce qu’a été le 15-M, ni de transmettre un modèle ou une recette. En réalité, chaque mouvement interprète les autres et cette interprétation est une traduction, une réappropriation. La « conversation entre les places » est toujours pleine de malentendus et ces malentendus sont créateurs. C’est ce qui est arrivé au 15-M avec les printemps arabes : nous ne savions pas exactement ce qui s’était passé, mais la place Tahrir fonctionnait comme un exemple et une référence inspiratrice. Cet entretien mené en janvier 2014 avec Rancière est un nouvel apport à cette conversation entre mouvements.

introduction, 12 mai 2016

À cinq ans de distance, comment comprendre le 15-M, mouvement connu en France sous le nom de Los Indignados ? Chacun le voit à sa façon. Pour certains, il a été un éclair dans la nuit, beau mais sans avenir. Pour d’autres, une simple antichambre qui a rendu possible l’apparition de « la vraie politique » : Podemos, etc. Pour nous enfin, il représente un nouveau départ. Non pas quelque chose sans avenir ou dont la vérité serait ailleurs, mais une puissance qui ouvre le futur.

En quel sens ? Le 15-M a élargi les possibles : par exemple, la possibilité de penser-faire une politique à la portée de chacun, pas uniquement une politique pour les partis politiques, la gauche ou les mouvements sociaux ; la possibilité de penser-faire une politique radicale — en tant qu’elle pose des questions fondamentales sur la vie en commun — et massive, qui ne soit ni identitaire ni auto-référencée ; la possibilité de penser-faire une politique non pas séparée mais entremêlée à la vie, qui transforme et dont on se nourrit.

Ces possibles-là sont des graines fragiles qui ont besoin de temps et d’attention pour germer, grandir et fructifier. Pourquoi fragiles ? Les nouveaux points de départs sont toujours incertains et impurs, incorrects et illégitimes pour les regards établis. À regarder une nouveauté comme le 15-M à partir d’un savoir préalable, on ne verrait que ses défauts et non ses puissances. Ainsi, pour la gauche traditionnelle, le 15-M était un mouvement sans mémoire (« adamite »), mal ou peu situé idéologiquement, sociologiquement, sans leaders, ni programmes ni organisations. Pour la gauche radicale en revanche, le 15-M était un mouvement immature, pacifiste, ingénu, réformiste ambigu et trop lié à la normalité de ce monde (par son usage des réseaux sociaux et bien d’autres choses). Entre ce qui doit être et la réalité, il y a toujours un manque, on n’est jamais à la hauteur. C’est une façon de voir triste et désespérante.

Pour prolonger la puissance de ces graines, il faut se hasarder à soutenir l’incertain et l’impur, se laisser imprégner par eux, suspendre les réponses déjà faites et partir d’un non-savoir. À partir de là, on peut créer des formes d’organisation qui favorisent la croissance des possibilités ouvertes, des formes de pensée qui les rendent compréhensibles, communicables, communes. C’est dans ce sens que nous avons souhaité rencontrer Jacques Rancière, un des rares philosophes (parmi les plus connus) qui s’est intéressé et a valorisé le 15-M — et les mouvements des places en général — sans le considérer à partir de ses « limitations », mais plutôt à partir de ses puissances. Nous lui avons posé une série de questions, également d’actualité à l’intérieur du mouvement : comment penser l’inclusivité, la figure de l’ennemi, la technologie, ce qu’est une victoire ou une réalisation en politique… Le résultat est ici : un moment de rencontre entre la pensée de Rancière et le 15-M.

Alors qu’aujourd’hui la référence au 15-M est constante dans le mouvement Nuit debout, cet entretien — publié jusque-là uniquement en espagnol en 2014 — a une nouvelle actualité. Il ne s’agit en aucune façon de lui faire « dire la vérité » de ce qu’a été le 15-M, ni de transmettre un modèle ou une recette. En réalité, chaque mouvement interprète les autres et cette interprétation est une traduction, une réappropriation. La « conversation entre les places » est toujours pleine de malentendus et ces malentendus sont créateurs. C’est ce qui est arrivé au 15-M avec les printemps arabes : nous ne savions pas exactement ce qui s’était passé, mais la place Tahrir fonctionnait comme un exemple et une référence inspiratrice. Cet entretien avec Rancière est un nouvel apport à cette conversation entre mouvements.

Amador Fernández-Savater (traduit de l’espagnol par Zoé Carle)

Puissances et problèmes d’une « politique de quiconque ». Entretien avec Jacques Rancière

Alors qu’aujourd’hui la référence au 15-M est constante dans le mouvement Nuit debout, cet entretien — publié jusque-là uniquement en espagnol en 2014 — a une nouvelle actualité. Il ne s’agit en aucune façon de lui faire « dire la vérité » de ce qu’a été le 15-M, ni de transmettre un modèle ou une recette. En réalité, chaque mouvement interprète les autres et cette interprétation est une traduction, une réappropriation. La « conversation entre les places » est toujours pleine de malentendus et ces malentendus (…)

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