Guerre infinie

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W.Eggleston

Figure centrale du marxisme contemporain, Ellen Meiksins Wood est décédée le 14 janvier dernier. Elle laisse une œuvre importante dont une partie a récemment été traduite en français, notamment L’origine du capitalisme (2009), Des citoyens aux seigneurs (2013), L’empire du capital (2013), et Liberté et propriété (2014), ouvrages tous publiés aux éditions Lux. Nous republions ici un texte paru en 2002 dans le n° 3 de la revue Contretemps papier, et traduit par Daniel Bensaïd. Datant d’il y a presque quinze ans, il fait écho à l’actualité… Un autre texte d’Ellen Meiksins Wood, intitulé « Le mouvement ouvrier, les classes et l’ État dans le capitalisme global », vient également d’être traduit et publié dans le numéro 28 de Contretemps papier

 

Lorsque les États-Unis (et la Grande-Bretagne) n’ont pas lancé d’attaque massive sur l’Afghanistan, immédiatement après les atrocités du 11 septembre, la surprise fut quasi universelle et même teintée parfois de déception. Les gens s’attendaient à un assaut high-tech massif qui aurait épargné les vies américaines aux prix de nombreux « dommages collatéraux ». Cette fois, nous a-t-on dit, les « modérés » de la Maison Blanche l’avaient emporté, temporairement du moins, parce que le maintien de la coalition antiterroriste exigeait une certaine prudence, ou bien parce que l’hiver approchait, ou encore parce que les talibans étaient censés s’effondrer sans combat. Une attaque éventuelle – qui n’avait rien de sûr – serait donc « mesurée » et « proportionnée ». Les optimistes espéraient que Bush avait enfin compris les vertus du multilatéralisme ; les pessimistes craignaient que le pire soit encore à venir. Mais critiques et partisans étaient unis dans un même étonnement devant la tempérance affichée par la seule superpuissance du monde.

Puis les bombardements ont commencé. L’assaut high-tech et les dommages collatéraux ont repris comme avant. À nouveau, certains ont exprimé l’espoir que les frappes seraient minutieusement ciblées et proportionnées, et que la campagne serait de courte durée. En même temps, les États-Unis informaient l’ONU qu’ils se réservaient le droit de choisir d’autres cibles que l’Afghanistan pour d’autres frappes possibles. Au moment où le régime taliban s’écroule, nous supposons que bientôt les États-Unis déclareront que leur mission a été accomplie. Nous semblons pourtant aussi éloignés de la fin de la « guerre contre le terrorisme » que nous l’étions au tout début.

Contretemps janvier 2016

http://www.contretemps.eu/archives/guerre-infinie

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