Democratie vs Fmi

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Les Grecs se battent pour nous, manifestons pour eux

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En résistant au chantage de leurs créanciers, en refusant de se plier plus longtemps à l’austérité qu’on leur impose depuis cinq ans, en tenant tête à l’Union européenne, au FMI et à la BCE, les Grecs et leurs représentants ne se battent pas seulement pour la Grèce : ils se battent pour chacun de nous, citoyens européens.

Ils se battent, d’abord, pour une autre politique économique en Europe, dont nous bénéficierions tous. Il n’y a pas de solution simple à la crise dans laquelle l’UE — la zone euro en particulier — est embourbée depuis 2009. Mais une chose est désormais claire : l’austérité est un échec. Elle casse la demande, fait exploser le chômage, tire les salaires vers le bas, détruit les services publics, défait la protection sociale, sans réduire l’endettement des États, qu’elle maintient au contraire dans la terreur des marchés financiers. On nous dit : il n’y a pas d’alternative. Celle que propose les Grecs est pourtant simple et raisonnable : non pas la réduction des dépenses publiques mais une fiscalité juste et efficace, le désendettement par la croissance plutôt que par l’austérité, la finance au service de l’économie et celle-ci au service de la société, plutôt que l’inverse.

Ce faisant, les Grecs se battent pour démocratiser l’Union européenne. D’une part, en refusant de négocier avec la Troïka, en exigeant des interlocuteurs et une négociation politiques, ils rappellent une évidence : il n’est pas acceptable qu’une politique soit imposée à des citoyens européens par des institutions dans lesquelles ils ne sont pas représentés ; exit, donc, le FMI et la BCE. D’autre part, les négociateurs grecs ont forcé leurs interlocuteurs à sortir du bois, à assumer publiquement leur chantage grossier et la pauvreté de leur argumentation, réduite à une abstraite nécessité de respecter « les règles ». Dès lors, ils ont démontré que la position adverse, qui se donne pour une neutre et stricte application des traités européens, n’est pas juridique, mais politique : le plan proposé par les Grecs est pleinement compatible avec les traités ; ce ne sont donc pas les traités qui font obstacle, mais leur interprétation intégriste par la droite allemande, faite sienne par une gauche convertie au néolibéralisme. Par cette seule révélation, ils ont ranimé le débat et la compétition démocratiques au sein de l’UE : puisque les politiques menées jusqu’ici ne sont pas les seules possibles, changeons-en ; et puisqu’elles sont le produit d’un certain rapport de force politique, changeons-le.

Au passage, les Grecs réactivent une conception et une pratique du gouvernement que nous avions presque oubliées, nous qui avons été habitués par nos représentants à des engagements qui ne tiennent que le temps d’une campagne électorale, aux promesses trahies, pire : au renoncement avant même d’essayer. Cette bataille qu’ils mènent pour nous, ils en ont confié les rênes à un personnel politique profondément renouvelé, en prise avec une société active, ouvert aux débats internes, gouvernant avec la belle énergie de ceux qui n’ont rien à perdre, avec la belle imagination de ceux que le pouvoir n’a pas encore usés, avec la belle obstination de ceux qui se savent dépositaires d’un immense espoir collectif.

Leur bataille ouvre à d’autres enjeux qui ne sont sans doute pas des moindres. À l’heure où l’extrême droite, suivie par des gouvernements lessivés, mime la guerre des civilisations au sein de l’UE et à ses frontières, les Grecs nous rappellent au seul vrai clivage : celui du partage des richesses. Ils forcent l’UE à choisir entre les intérêts des détenteurs de capitaux et ceux des retraités pauvres, entre les créanciers du nord et les chômeurs du sud, entre une Europe barricadée et l’ouverture aux migrants, qu’elle laisse mourir en Méditerranée. Parallèlement, ils récusent la logique qui voudrait que des gouvernements devenus impuissants sur le plan économique, désormais européen, se rétractent, dans l’espace national, sur ce qu’ils croient être leurs derniers champs d’action possibles : police, morale, surveillance, chasse aux ennemis de l’intérieur. En même temps qu’ils refusent la désignation de boucs émissaires, les Grecs résistent au repli national : c’est ce qui contient, pour l’instant, la poussée des néonazis d’Aube dorée ; il y a là une leçon pour ceux qui croient qu’on fait pièce au nationalisme et à la xénophobie en leur emboîtant le pas.

Il ne s’agit donc pas d’apporter aux Grecs notre solidarité, comme à une victime ou à une cause qu’on soutiendrait avec sympathie, mais de l’extérieur et de loin. Il s’agit d’en être solidaires comme on le dit des pièces d’une même machine, des éléments d’un ensemble, de coéquipiers. Il s’agit désormais de se battre avec eux, pour eux et pour nous, pour tous. Il s’agit d’exiger de ceux qui parlent en notre nom dans les instances européennes qu’ils soutiennent le gouvernement d’Alexis Tsipras, et qu’ils comprennent enfin que leur sort, et le nôtre, lui sont liés. Il s’agit d’exiger de l’UE une autre politique, puisque celle dans laquelle elle s’entête nous mène à la catastrophe. L’issue de cette bataille se joue dans les jours qui viennent. Si les Grecs échouent, nous sombrons avec eux.

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