Le piège transatlantique (2)

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P.Johansson Installation

Un aigle libre-échangiste américain traverse l’Atlantique pour ravager un troupeau d’agnelets européens mal protégés. L’image a envahi le débat public dans le sillage de la campagne pour les élections européennes. Frappante, elle est politiquement périlleuse. D’une part, elle ne permet pas de comprendre qu’aux Etats-Unis aussi des collectivités locales risquent demain d’être victimes de nouvelles normes libérales qui leur interdiraient de protéger l’emploi, l’environnement, la santé. D’autre part, elle détourne l’attention d’entreprises bien européennes — françaises comme Veolia, allemandes comme Siemens — et tout aussi empressées que les multinationales américaines à poursuivre en justice les Etats auxquels il prendrait la fantaisie de menacer leurs profits (lire « Des tribunaux pour détrousser les Etats »). Enfin, elle néglige le rôle des institutions et des gouvernements du Vieux Continent dans la formation d’une zone de libre-échange sur leur propre territoire.

L’engagement contre le grand marché transatlantique (GMT) ne doit donc pas cibler un Etat particulier, fût-il les Etats-Unis. L’enjeu de la lutte est à la fois plus large et plus ambitieux : il concerne les nouveaux privilèges que réclament les investisseurs de tous les pays, peut-être pour les récompenser de la crise économique qu’ils ont provoquée. Bien menée, une bataille planétaire de ce genre pourrait consolider des solidarités démocratiques internationales aujourd’hui en retard sur celles qui existent entre les forces du capital.

Dans cette affaire, mieux vaut donc se méfier des couples qu’on prétend liés pour l’éternité. La règle s’applique au protectionnisme et au progressisme autant qu’à la démocratie et à l’ouverture des frontières. L’histoire a en effet prouvé que les politiques commerciales n’ont pas de contenu politique intrinsèque. Napoléon III a marié Etat autoritaire et libre-échange (lire « Et Napoléon III a choisi le libre-échange »), presque au moment où, aux Etats-Unis, le Parti républicain prétendait se soucier des ouvriers américains afin de mieux défendre la cause des trusts étoilés, (…)

S.Halimi Le monde diplo juin 20014

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