Sinistra

ROMA-1977-03

A l’heure où la gauche radicale parle de « nouveaux départs », Stéfanie Prezioso revient sur les dernières décennies de vie politique italienne, la montée d’une « culture de droite » et les difficultés de la gauche radicale à ébranler un système politique qui survit au départ de Berlusconi.

Version française, sensiblement remaniée (titre compris), d’un article à paraître en anglais dans New Politics (Winter 2014). Stefanie Prezioso est professeure d’histoire contemporaine à l’université de Lausanne, et auteure de nombreuses publications sur l’Italie, la Première guerre mondiale et les problèmes historiographiques d’appropriation de la mémoire. Elle est l’une des organisatrices du réseau de langue française « Penser l’émancipation » qui tiendra sa seconde conférence à Nanterre les 19-22 février prochains.

Extrait de Contretemps :
En mars 2010, quelques mois avant sa mort, Mario Monicelli, le réalisateur inoubliable du film Le Pigeon (I soliti ignoti, 1958), répondait désabusé à une interview transmise lors de l’émission en direct de Michele Santoro « Rai Per una notte ».1 Après avoir tracé, le portrait d’un pays soumis, la peur au ventre, il lançait l’espoir d’un « grand coup [contre le système] (bella botta), une révolution, phénomène que l’Italie n’a jamais connu », parce que, soutenait-il, la rédemption ne surgira que du sacrifice et de la douleur.

L’intervention de Monicelli s’inscrivait pleinement dans la bataille menée par Michele Santoro, qui avait fait de la lutte contre le gouvernement de Silvio Berlusconi son cheval de bataille principal sur les ondes. Mais son intérêt résidait surtout dans le fait que le réalisateur italien semblait n’envisager ni l’éventualité, ni (encore moins) l’opportunité de se débarrasser seulement de Silvio Berlusconi ; il avait bien compris alors qu’il ne s’agissait pas uniquement de déloger un homme du gouvernement mais bien de se libérer du berlusconisme, « une idéologie éclectique composée de populisme, d’individualisme exacerbé, de révisionnisme historique, de l’utilisation instrumentale et identitaire de la religion ».2. En bref, il s’agissait de transformer la société italienne au sein de laquelle s’était sédimentée une « culture de droite », qui allait bien au-delà des frontières partisanes et des limites chronologiques de l’entrée en lice [« discesa in campo »] de Silvio Berlusconi en 1994 ; une culture qui plongeait ses racines dans les années 1980 — point de départ du « grand bond en arrière » (Serge Halimi) —, les « maudites » années 1980 de Thatcher et Reagan, de l’ « enrichissez-vous » généralisé, de l’individualisme forcé « d’individus sans individualité », de l’antipolitique.

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