Images d’Algérie

 Photo : Pierre Bourdieu

Algérie: 40 films pour 50 ans

En ce cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie, le Maghreb des films programme quelque 40 documentaires et fictions qui valent non seulement pour leurs précieux témoignages mais aussi pour l’hommage rendu à leurs réalisateurs dont certains firent preuve d’un engagement rare.

extrait de «1962, de l’Algérie française à l’Algérie algérienne»extrait de «1962, de l’Algérie française à l’Algérie algérienne»

Les films seront projetés entre le 29 juin et le 8 juillet au cinéma des 3 Luxembourg, Paris VIe (programmation complète et en détail sur cette brochure en format PDF ou sur le site du Maghreb des films).

Cette programmation, qui s’attache à montrer la «naissance d’une nation depuis la conquête française en 1830 jusqu’aux premières années de l’indépendance algérienne, après 1962», mêle des documentaires récents et des pépites exhumées.

Ainsi, et pour ceux que nous avons pu déjà voir, on conseillera l’humour décapant de Combien je vous aime, d’Azzedine Meddour (surtout connu pour la Montagne de Baya), un montage de 105 minutes d’images d’archive (de familles ou de JT) et de publicités d’époque qui démontent tout le discours sur les « bienfaits de la colonisation ». La réclame des shampoings Dop qui permettent aux appelés de se défaire des poux est particulièrement cocasse.

On signalera aussi parmi les productions récentes, L’autre 8 mai 1945, aux origines de la guerre d’Algérie, de Yasmina Adi (auteur de Ici, on noie les Algériens, sorti en octobre dernier), Octobre à Paris de Jaques Panijel (programmé en septembre dernier en avant première par Mediapart, lire ici), Ils ont rejoint le front de Jean Asselmeyer (portrait de quatre témoins, vivant toujours en Algérie, qui dès les premiers jours de la guerre ont choisi le camp des «humiliés» au risque de leur vie) ou encore La guerre sans nom, deux heures de témoignages d’anciens appelés recueillis par Bertrand Tavernier et Patrick Rotman.

extrait de «Elles»extrait de «Elles»

Si tous ces films s’appuient sur nombre d’images d’archive, on signalera particulièrement les documentaires réalisés durant les années les plus noires: ainsi, Les réfugiés, de Cécile Decugis, 22 minutes de reportage tournées en 1957 dans la région du Kef, montrant le déplacement forcé des populations algériennes vers la Tunisie; ou encore Algérie, année zéro, de Marceline Loridan-Ivens et Jean-Pierre Sergent, tourné à Alger au cours de l’été 62 et interdit en France; ou encore Elles, de Ahmed Lallem, où quatre ans après l’indépendance, de jeunes lycéennes racontent leur attentes d’une révolution qui, pour les femmes, ne vient pas. A noter qu’Ahmed Lallen a retrouvé quatre de ces jeunes filles et en a tiré un autre documentaire, Algériennes, 30 ans après, également projeté lors de ce festival.

extrait de «Algériennes, 30 ans après»extrait de «Algériennes, 30 ans après»

Du côté de la fiction, on notera les films réalisés dans les quelques mois qui entourèrent la fin de la guerre: les courts métrages de René Vautier, Les trois cousins et Les ajoncs ; La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo; La Belle viede Robert Enrico; Des films longtemps interdits ou invisibles en France, ce qui ne les empêchera pas de récolter des prix.

Tout aussi rarement montrés en France, les films des premières années de l’Algérie indépendante : en 1971, Mohamed Zinet sortit ainsi Tahia ya didou que le programme présente comme «un film unique, étrange et poétique, traversé de réminiscences tragiques et de moments comiques». A noter que sont aussi à l’affiche R.A.S, d’Yves Boisset, La Question de Laurent Heynemann (d’après l’histoire d’Henri Alleg), Elise ou la vraie vie de Michel Drach…

Extrait de «Tahia ya didou»Extrait de «Tahia ya didou»

Autant d’histoires réelles ou fictionnées, autant de récits tournés par des hommes et des femmes qui parfois, au prix de leur liberté et de leur carrière, voulurent raconter un conflit qui dura huit années, comprendre ses racines et sa violence, et témoigner des incompréhensions qui au fil des générations s’enkystèrent, provocant aussi des conflits franco-français ou algéro-algériens.

Entre la clandestinité du réseau Jeanson des porteurs de valises (Jean-Pierre Sergent), les tournages dans le maquis (Mohamed Lakhdar Hamina), les condamnations en France pour avoir hébergé des militants du FLN (Cécile Decugis), les inculpations et la prison (René Vautier), la censure (Yves Boisset, Jacques Panijel…), ces films rendent compte du combat que mènèrent les cinéastes, avec leurs armes.

Mediapart

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