Non à leur économie verte !

DOSSSIER AUTOUR DU SOMMET DE RIO :

50 000 personnes à Rio contre le néolibéralisme vert

Par Sophie Chapelle (21 juin 2012) source : Basta

Plus de 50 000 personnes ont défilé le 20 juin dans les rue de Rio de Janeiro au Brésil. Une centaine de chefs d’État arrivaient au même moment sur les lieux de la conférence des Nations unies sur le développement durable à l’autre bout de la ville. Cette marche à l’initiative du Sommet des peuples – sommet alternatif organisé par la société civile en marge de la conférence de l’ONU – était placée sous le signe de « la justice sociale et écologique », « contre la marchandisation de la vie », et « pour la défense des biens communs ». Pour Fatima Mello, de la Fase [1], une organisation brésilienne, ce succès est lié au désarroi que génère la conférence officielle. « Nous sommes tous ensemble pour dire non à l’économie verte et oui aux mouvements et convergences populaires, a-t-elle confié. C’est un nouveau cycle de luttes sociales qui s’ouvre » (voir la vidéo).

Des rassemblements et des marches décentralisées ont eu lieu partout dans le monde ce jour-là. En France, une trentaine d’associations avaient appelé à parodier une vente aux enchères fictive de la Terre à Paris. 350 personnes ont constitué à Biarritz une grande chaîne humaine pour la justice sociale et écologique. « Les vraies solutions et alternatives ne manquent pas, notamment au plan local, a rappelé une militante du collectif Bizi qui participait à la chaîne. Transports collectifs de proximité plus sobres, monnaies locales, maintien d’une agriculture paysanne de proximité, luttes pour le tri des déchets à la source… » Toutes ces mobilisations avaient un mot d’ordre : ne pas laisser les questions écologiques et environnementales entre les mains des responsables économiques et financiers.

Notes

[1] Federação de Órgãos para Assistência Social e Educacional.

Interview Cynthia Fleury, philosophe et chercheuse au Muséum d’histoire naturelle :

    Par LAURE NOUALHAT

En route pour Rio + 20, Cynthia Fleury, philosophe, chercheuse au Muséum d’histoire naturelle et coauteure d’un passionnant ouvrage sur la réconciliation homme-nature (1), nous livre son espoir de voir émerger une nouvelle forme de gouvernance.

Rio + 20 n’a pas encore eu lieu que tout le monde prédit son échec. Pourquoi s’y rendre ?

Je pense que ce sommet reste fondamental, même si on ne peut pas mesurer son impact à l’instant t, notamment celui du Sommet des peuples. Peu de médias en font la restitution alors que c’est là, lors de ce grand rendez-vous de la société civile et scientifique, que la pression s’organise. Il est certain que le volet intergouvernemental du sommet, qui démarre mercredi, sera profondément décevant, mais ce qui se joue dans le sommet off est fort. Du côté officiel, il s’agit de concilier les envies, ou plutôt les non-envies, des différents gouvernements, mais cela n’empêche pas la vérité d’un mouvement en formation. Certes, il y a l’interface de la langue de bois, le jeu de dupes, le sommet de façade, mais il y a aussi la société civile qui se fait entendre, qui fait son travail d’influence, de remontée citoyenne et de boîte à outils. Nous sommes loin des clichés des peuples autochtones qui se réunissent pour lutter contre la famine ou désirer un monde plus juste. Ce n’est pas rien de transformer la gouvernance mondiale : c’est un acte professionnel, scientifique. Alors que les gouvernements se débattent pour sortir des crises, à Rio, vous trouverez des solutions clé en main. Pourtant les politiques ne s’en saisissent pas.

Lesquelles ?

En ce qui concerne la crise des dettes ou des banques européennes, qu’il ne faut plus dissocier de la crise écologique, le collectif Roosevelt propose d’utiliser l’article 21-3 du statut du système européen des banques centrales pour contourner l’impossibilité faite à la BCE de prêter aux Etats membres. Hors des solutions existantes, il ne faut pas s’empêcher d’imaginer d’autres voies, notamment en matière de gouvernance mondiale. Le problème, c’est qu’elle est dématérialisée. Il faudrait la rematérialiser en ayant, dans nos Parlements, des parlementaires étrangers qui pourraient voter sur les questions environnementales. Mais, de cela, les politiques ne se saisissent pas.

En revanche, ils semblent prêts à se saisir de la notion d’économie verte…

Nous sommes dans une guerre des vocables, on parle aujourd’hui d’économie verte, d’économie mauve [qui associe économie et culture, ndlr], demain, elle sera orange, etc. A la société civile de déconstruire l’addiction à la croissance. Mais il faut proposer un projet de liberté politique, restaurer un contrat social. Il ne suffira pas de passer par le dogme apocalyptique religieux.

On va aussi parler de résilience, notion nouvelle dans un tel sommet. Est-ce que ça veut dire que tout est fichu ?

Recourir à la résilience ne doit pas être juste une gestion de la catastrophe qui permettrait de continuer à faire ce que l’on fait en se contentant d’en gérer les conséquences. Il faut garder sa puissance évolutive, imaginaire, sa capacité de réversibilité, de transformation… On ne peut pas se servir de la résilience pour gérer le délire mortifère de notre incapacité à inventer un monde nouveau.

(1) L’Exigence de la réconciliation : biodiversité et société, éditions Fayard.

Action du collectif à la Bourse de Paris :

http://www.youtube.com/watch?v=vauuSMzMGq0&feature=youtu.be&noredirect=1

Occupy Rio +20 :

http://occupyrioplus20.net/

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