Economistes face à la crise

 

Suite au voyage d’Henri Sterdyniak et Dominique Plihon à Madrid, des économistes espagnols nous ont fait part d’une démarche similaire à la nôtre. Nous sommes ravis de vous présenter ci-dessous la traduction.

ÉCONOMISTES FACE A LA CRISE

Qui sommes-nous?

Économistes Face à la Crise est une initiative lancée par un groupe d’économistes préoccupés par l’interprétation prédominante de la nature de la crise, son diagnostic et les principes pris en compte pour sa gestion. Il ne s’agit pas d’un problème espagnol, ni même européen. Il s’agit plutôt d’un problème global dont les manifestations les plus inquiétantes font acte de présence aux États-Unis, et dont on peut identifier les origines dans les politiques dérégulatrices des années 80 et 90 au Royaume Uni sous les différents gouvernements de Thatcher et Mayor, et ensuite aux États-Unis pendant la longue période inaugurée par Reagan et poursuivie par Bush.

Economistes face à la crise

La faillite de la banque d’investissement Leaman Brothers s’avère être une date symbolique qui dévoile les erreurs de la dérégulation financière ainsi que des politiques dérégulatrices appliquées dans d’autres secteurs économiques dont les biens ou services ont une répercussion systémique sur l’économie, spécialement le secteur énergétique, tout particulièrement le secteur électrique, mais pas seulement.

La prestation de services sociaux essentiels, qui charpentent l’état du bien-être, la santé publique, l’éducation, les prestations sociales : chômage, pensions contributives et d’assistance ; les dépenses orientées aux équilibres territoriaux ou l’urbanisme, deviennent également l’objet des politiques de dérégulation. En retrait, d´énormes intérêts économiques qui dissimulent leur véritable nature derrière des postulats inconsistants qui dénigrent la pensée économique et dénaturent le contenu des concepts les plus chers aux économistes : on cite en vain l’efficience, la flexibilité, les marchés, l’austérité, les réformes structurelles pour protéger de puissants intérêts privés, lesquels entrent en conflit avec l’intérêt général.

Entre-temps, sans que les institutions européennes et nationales ne se questionnent les principes pris en compte pour appliquer les mesures de politique économique en fonction desquels elles agissent, la crise suit son cours, aggravant les problèmes de chômage et détériorant l’état du bien-être. Ce sont des mesures qui non seulement ne freinent pas la crise, mais qui, au contraire, l’accentuent. C’est comme si la réalité n’existait pas, et que, sur celle-ci, s’imposerait l’idéologie d’une Europe conservatrice qui n’a aucune nostalgie des principes sociaux sur lesquels les pères fondateurs de l’Union Européenne bâtirent l’unification. La faute n’es pas due, semble t-il, à un mauvais diagnostic ni a un traitement erroné du patient. C’est la faute au patient.

De nombreux économistes, entre eux des prix Nobel d’économie, écrivent, donnent des conférences, discutent et dénoncent l’application de recettes qui se révèlent inutiles, que la réalité réfute. Sont-ils des économistes alternatifs ? Sont-ils des hétérodoxes ? Il ne semble pas trop hétérodoxe – ce n’est du moins pas autre chose que nous ont enseigné nos professeurs d’université–  de soutenir que la politique économique doit éviter d’être pro-cyclique ; de soutenir l’inconvenance d’ajuster à la fois la dette publique et la dette privée, et ceci surtout lorsque la dette publique se situe à un niveau proche du niveau optimal ; cela n’a aussi aucun sens de qualifier d’hétérodoxes des propositions qui prétendent rendre compatibles les ajustements et les intérêts de base des citoyens ou, ce qui est la même chose, qui prétendent que la consolidation fiscale doit se réaliser dans des délais compatibles premièrement avec le maintien de l’emploi et ensuite avec sa récupération. Ou que les inquiétudes de la Banque Centrale Européenne doivent se situer au-delà de la stabilité des prix et aborder aussi l’emploi et la croissance. Où n’y a-t-il donc pas un trade-off (compromis) entre stabilité et bien-être dont la pondération devrait correspondre aux institutions financières et économiques des États et de l’Union ?

Libéraliser n’est pas déréguler. Libéralisation et régulation sont des concepts complémentaires et tout deux sont indispensables pour renforcer l’état du bien-être, la proposition européenne pour le reste du monde, au sein de laquelle les droits et les libertés trouvent leur complément dans l’équité sociale et économique. La dérégulation met en danger cette proposition, et en tant qu’économistes, nous ne pouvons rester indifférents lorsque c’est précisément la pensée économique que l’on invoque en vain.

Economistes Face à la Crise naît de cette inquiétude. Et c’est cette inquiétude qui les pousse à chercher à institutionnaliser le débat et les propositions permettant de récupérer, pour la société, les connaissances que nous, économistes, avons acquises dans nos facultés et tout au long de notre expérience professionnelle. Des connaissances qui doivent être mises au service de la société dépouillées de toute idéologie soutenue par des intérêts qui ne ressentent aucune compassion envers l’essor de l’état du bien-être, l’équité sociale et économique, unique proposition qui justifie l’existence de l’Union Européenne aux yeux des européens et du monde.

Économistes Face à la Crise

Signe et diffuse notre Manifeste : www.economistasfrentealacrisis.com

Pour nous contacter: economistas.madrid@gmail.com

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