Twin Peaks

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Le dernier épisode de Twin Peaks nous a plongés dans des abîmes et depuis les discussions n’en finissent plus. Que s’est-il passé ? La question n’est pas de savoir si cela finit mal ou non (que de tentatives désespérées pour croire au happy end !). La fin réussit. Elle réussit une chose inouïe : à enfoncer un coin dans notre monde. Elle perce les apparences. Elle nous touche profondément dans notre vie. On le sent dans notre corps, on sent cette blessure à notre flanc. Le but de Lynch est de nous faire agir dans le réel. Il fallait donc rendre le film « réel ». Ce que fait cette fin extraordinaire. Après une longue longue traversée de la nuit, qui nous débarrasse de tout, nous entrons dans la ville de Twin Peaks, comme si c’était la vraie (le Double R vu sous un angle inédit), les deux acteurs revenant de si loin que le monde semble déserté, et ils se retrouvent face à la propriétaire, dans la vie, de la maison de Sarah Palmer, mais affublée d’un nom de fiction que l’on connaît trop bien (Tremond), et Lynch nous laisse là, au milieu de la rue, aussi dépassés que Coop et Laura, avec un effet de réel rarissime, les sens aiguisés, à l’écoute du silence de la nuit. On y est, dans cette rue, et on y reste. Peu importe le sens, ce qui compte c’est d’y rester pour comprendre ce qui s’est passé. Les personnages sont projetés dans notre monde, nous sommes projetés dans le show : de cette conflagration s’ouvre une porte sur un nouveau monde. Lynch ne veut pas nous perdre, au contraire il nous met face à nous-mêmes. En quelle année sommes-nous ? C’est à nous de répondre : en 2017. Et tout peut repartir de là.

Il n’est pas exagéré de dire que Twin Peaks est la grande œuvre politique de notre temps. Lynch a construit sa Tour de l’invincibilité, celle qu’il a tenté de bâtir en vain dans la vraie vie : il l’a faite en fiction, une tour de Babel de 18 épisodes, pour changer nos vies. Cette tour n’est pas une loge inondée de lumière ni un paradiseeverything is fine, et elle n’est pas peuplée que de gardiens armés d’un gant vert de super-héros. Cette tour s’élève dans le noir du Dark Age et ses combattants supportent autant de victoires que de défaites. On est dévastés par la fin de Twin Peaks. Mais, selon le bon vieux précepte d’Eisenstein, un film qui finit mal a plus de chance de provoquer la révolte. Cette fin ouverte, comme dans toutes les grandes œuvres modernes, nous laisse la place, à nous, nous accueille : pas seulement pour recoller les morceaux d’un point de vue herméneutique, ce qui est déjà excitant et drôle, mais parce que c’est à nous de l’accomplir. Lynch nous passe le relais. Le gant vert nous est donné. « Pourquoi moi ? Pourquoi pas toi ?«

On pourrait dire que la visée de Lynch est éthique (l’éternel combat du bien contre le mal) ou métaphysique (la question de l’existence du mal), mais tout l’enjeu de ce Twin Peaks est de passer à la politique, ce qu’il n’avait jamais fait. Jamais on n’avait vu ce souci de parler de son temps, de l’Amérique, avec cette litanie de beaufs white trash qu’il vomit, et qu’il ne peut s’empêcher à chaque épisode de montrer dans leur violence armée et leur bêtise, et inversement ces gens pauvres, dans des caravanes, obligés de vendre leur sang pour survivre (« fucking government« ). C’est le monde tel qu’il est qui engendre la violence : « Everyone is under a lot of stress now » dit pudiquement un des frères Mitchum effaré par la violence d’un expert-comptable. Mais la série dépasse de loin la simple dénonciation. Twin Peaks est un tract activiste pour que tout change, une œuvre apocalyptique. Lynch croit qu’on peut changer ce monde. Et il fait tout son possible pour nous toucher et y arriver.

La beauté immense de Twin Peaks est que Lynch montre l’exemple. C’est son geste qu’il faut regarder. Lui qui fait tout son possible, qui brave le temps, crée un pont avec le passé comme jamais dans l’histoire du cinéma, invente en une poignée d’années une odyssée de 18 heures, lui qui montre que l’inimaginable est à portée de main, lui qui rassemble ses amis, invite des inconnus, prend soin de chacun, lui qui nous accompagne depuis 25 ans au moins (c’est définitivement le cinéaste de toute une génération) et qui vient nous parler au plus secret de l’oreille : il crée ce que certains appelleraient une oasis, une utopie ou une communauté – mais ces mots connotés, fatigués, repliés, manquent le pouvoir de fabrication de réel, de réel global, que porte Twin Peaks. Tout cela n’est-il qu’un rêve ? À nous de voir.

Les cahiers du cinema octobre 2017

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Ceta

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Andrew L Moore

Les risques que le CETA va faire peser sur le climat et notre alimentation

Greenpeace et l’Institut de l’agriculture et de la politique commerciale (IATP) ont publié la même semaine quatre dossiers qui révèlent des problèmes majeurs en matière d’alimentation et d’agriculture soulevés par le CETA. L’accord pose des risques importants pour les normes européennes en matière d’environnement, de bien-être animal et de sécurité alimentaire.

Le Canada a en effet des normes plus faibles en matière de sécurité alimentaire que l’UE et une économie agricole qui dépend beaucoup plus de l’utilisation d’intrants. Cet accord donne à l’industrie de la biotechnologie nord-américaine diverses occasions d’affaiblir les normes européennes. Le risque est grand de voir des denrées non désirées sur le marché de l’UE.

Depuis 2016 par exemple, le saumon OGM est autorisé au Canada. Depuis lors, environ 4,5 tonnes de ce saumon a été vendu au Canada – sans que cela ait été mentionné sur l’étiquetage. Cela signifie que les consommateurs canadiens ne peuvent choisir entre le saumon OGM et le saumon ordinaire. Le CETA permet d’accroître les exportations de saumon du Canada, en réduisant les tarifs et en élargissant les quotas. On ne sait pas clairement comment l’UE veillera à ce que le saumon OGM ne se retrouve sur le marché européen.

En France, la coalition de la société civile vient de publier également un rapport montrant les risques de ce traité. Il permettra notamment d’encourager la production et l’importation du Canada des énergies fossiles alors même que le gouvernement veut interdire la production en France.

La mobilisation continue

Il est encore temps d’arrêter le CETA. Il y a deux semaines, la Belgique demandait l’avis de la Cour de Justice de l’UE quant à la légalité du traité et plus particulièrement de son mécanisme d’arbitrage (ICS). De plus, des dizaines de parlements nationaux et régionaux doivent encore ratifier le traité. Les organisations du collectif en France demandent un référendum sur le traité et continuent à faire signer la pétition pour réclamer l’arrêt de la mise en œuvre du Ceta.

Greenpeace octobre 2017

Aquarius

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M.Power

« Les pays européens piétinent les droits de l’homme »

Tous sur le bateau, bénévoles de MSF et de SOS-Méditerrannée, ont bien conscience qu’ils combattent les symptômes, et non les causes. Que la solution est entre les mains des politiques, qui détournent la tête. Combien de noyés faudra-t-il encore ? « Je ne comprends pas que les États européens ne prennent pas la mesure de ce qui se passe en Méditerranée et qu’ils s’obstinent à financer un soi-disant État libyen [4], s’énerve Stéphane. Comme cet État libyen n’existe pas, ils financent peut-être les passeurs, peut-être les milices qui organisent ce trafic humain. Pourquoi est-ce que cela s’arrêterait ? C’est trop rentable. Les gens payent entre 500 et 2 500 euros leur passage sur des bateaux de la mort. »

Le bénévole ne décolère pas : « Nous, ONG, sommes financés à 99 % par la société civile. Nous faisons le boulot des gouvernements et ils nous crachent à la gueule en nous accusant d’être de mèche avec les passeurs. Les pays européens prétendent se soucier des droits de l’homme, porter des valeurs humanistes, mais ils les piétinent allègrement. »

Enfin les côtes siciliennes. Presque plus personne ne parle. Les formalités de débarquement prendront plusieurs heures, sous un soleil de plomb. Accueillis sur le quai par des silhouettes en combinaisons blanches, masquées, les réfugiés seront triés, numérotés, passés au détecteur de métaux, puis convoyés en bus vers des centres de rétention. Sur le bateau, tout le monde leur serrera une dernière fois la main. Alice se cachera pour pleurer. Les jointures de James blanchiront sur le bastingage. Les dents d’Anton grinceront d’impuissance. Puis ils se remettront au travail, nettoieront le bateau, prendront une cuite et repartiront le lendemain matin. Avec en tête cette phrase d’Albert Einstein : « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire. »

Extrait de Bastamag OCTOBRE 2017

Monsanto crime contre l’humanité

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Aux États-Unis, des dizaines de sites Monsanto (classés sensibles selon l’Agence fédérale pour l’environnement) maintiennent des activités aux graves conséquences sanitaires et environnementales. Au nom des droits de l’homme et de l’environnement, scientifiques et institutions ont déjà lancé l’alerte.

Cette enquête photographiée vise à faire état des pratiques actuelles de Monsanto pour comprendre l’impact de ses activités sur les hommes et leur environnement.

Choisi unanimement par le jury comme premier prix du Dummy Book Award FotobookFestival Kassel 2016, cet ouvrage offre une plongée photographique dans le passé et le présent de l’entreprise chimique. Il associe des documents d’archive de la société, de nombreux portraits et paysages directement affectés par les conséquences environnementales de cette production industrielle. La pertinence du sujet est porté par une maquette originale, récompensée également par une mention spéciale du jury du Luma Dummy Book Award lors des Rencontres photographiques d’Arles 2016.

Catalunya

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Par le Réseau syndical international de solidarité et de luttes

Depuis des semaines, l’Etat espagnol use de menaces et de répression en Catalogne. Interventions de la Guardia civil dans nombre de bâtiments officiels de la Generalitat de Catalunya, arrestations de responsables de l’administration et de ministres, harcèlement, violence et emprisonnement de militants et militantes de divers mouvements sociaux et politiques, lieux de vote pris d’assaut et interdits à la population, urnes volées, tirs sur des manifestants et manifestantes pacifiques…

Les évènements actuels montrent à quel point le spectre du franquisme est encore présent.

Comment nommer le régime d’un pays où les « forces de l’ordre » tirent sur les gens parce que ceux-ci veulent voter?

Indépendance ou non?
C’est à la population qui vit en Catalogne de décider! Pas à d’autres.
Les forces d’occupation de l’Etat espagnol doivent se retirer.

Depuis la mort du dictateur Franco, la société espagnole repose sur un pacte, conclu entre diverses forces politiques et syndicales. Il vise à maintenir, d’une part la monarchie, d’autre part «l’unité indissoluble de la Nation espagnole, patrie commune et indivisible» (Constitution de 1978). Cela passe notamment par «l’oubli» des crimes perpétrés par les franquistes durant 40 ans. Cette situation a permis le recyclage de biens des responsables de l’ancien régime dans les rouages du pouvoir issu de ce qu’ils appelèrent «la transition démocratique». Cette stabilité entre dictature et «démocratie» était aussi nécessaire pour garantir le système capitaliste, en améliorer l’efficacité du point de vue du patronat et des banquiers. Ce qui se passe actuellement en Catalogne remet en cause cette situation; c’est un danger pour le pouvoir et ses alliés, comme l’ont été ou le sont les luttes du peuple basque ou celles des travailleurs et travailleuses dans tout l’Etat.

Nous sommes aux côtés des travailleurs et travailleuses de Catalogne. Nous soutenons l’appel à une grève interprofessionnelle à partir du 3 octobre, lancée par plusieurs organisations syndicales en Catalogne (CGT, IAC, Intersindical-CSC, COS, COBAS, CNT, SO…). Nos droits, notre avenir, la démocratie, c’est par notre action directe que nous les défendons!

Contre la violence d’Etat
Pour les libertés et la démocratie
Pour le droit à l’autodétermination des peuples

Vampiros

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Les 1000 et une nuits M.Gomes

Au bord du Tage, à un jet de pierre de la très touristique place du Commerce de Lisbonne, une mauvaise sono crache Les Vampires, du compositeur-interprète Zeca Afonso. Le chanteur engagé, mort en 1987, demeure un monument national : c’est l’une de ses chansons, diffusée sur une radio catholique le 25 avril 1974, qui donna le signal de la « révolution des œillets ». Les Vampires, écrite en 1962, a rythmé toutes les grandes manifestations antiaustérité de 2011 à 2014. Ce soir de juillet 2017, il n’y a que quelques dizaines de voix pour reprendre le refrain sous les banderoles : « Ils mangeront toutIls mangeront toutIls mangeront toutEt ne laisseront rien ». Les personnes rassemblées devant le ministère des finances, pour beaucoup assises sur des chaises en plastique, réclament la fin du travail précaire. Il y a là des professionnels de santé, des personnels de l’éducation nationale, des chercheurs, affiliés aux « précaires inflexibles » ou à la grande centrale Confédération générale des travailleurs portugais – Intersyndicale nationale (CGTP-IN). Le gouvernement lui-même estime à cent mille le nombre de précaires employés par l’État. S’ils ne sont qu’une poignée ce soir-là, c’est que l’humeur, au Portugal, n’est pas à la mobilisation sociale.

« Aujourd’hui, le pays tout entier respire mieux. Nous sommes redevenus optimistes, nous sommes sortis de la dépression mentale », sourit dans sa barbe courte M. José Maria Costa, maire socialiste de Viana do Castelo, une commune de 80 000 habitants du nord du pays connue pour ses chantiers navals et ses plages propices au surf. « Nous soufflons, nous sentons tous la reprise, après avoir pris coup sur coup pendant quatre ans », renchérit M. Fernando Gomes, 54 ans, chauffeur de bus à Lisbonne et syndicaliste. Il y a six ans et demi, en mars 2011, le pays faisait figure de très mauvais élève de la zone euro, au même titre que l’Espagne et la Grèce.

Monde diplo octobre 2017

Rojava

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Joey L

Malgré la nuit, une chaleur suffocante pèse encore sur Kamechliyé. Vite sortis du petit aéroport toujours contrôlé par quelques dizaines de policiers et de soldats du régime de M. Bachar Al-Assad, nous entrons immédiatement sur le territoire de la Fédération démocratique de Syrie du Nord, souvent appelée Rojava (« ouest » en kurde). Le long de la frontière turque, entre l’Euphrate et l’Irak, au moins deux millions de personnes (dont 60 % de Kurdes) résident sur ces terres reprises par les armes aux djihadistes de l’Organisation de l’État islamique (OEI). Depuis 2014, ces Syriens vivent une expérience politique inspirée par M. Abdullah Öcalan, le fondateur du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), détenu en Turquie depuis 1999. Abandonnant le marxisme-léninisme, le PKK et son allié syrien du Parti de l’union démocratique (PYD) se réfèrent depuis les années 2000 au communalisme libertaire de l’écologiste américain Murray Bookchin (1921-2006). Adopté en 2014, leur texte fondamental, le Contrat social de la Fédération démocratique de Syrie du Nord, rejette le nationalisme et prône une société égalitaire, paritaire, respectueuse des droits des minorités

Le Rojava est autonome de facto. Excepté les enclaves de Hassaké et de l’aéroport de Kamechliyé, sous l’autorité de Damas, la région est contrôlée par les Forces démocratiques syriennes (FDS), qui regroupent les combattantes et combattants kurdes des Unités de protection du peuple (YPG en kurde), des Unités de protection des femmes (YPJ) ainsi que des contingents de milices arabes sunnites, yézidies et chrétiennes (voir la carte « Conquêtes kurdes dans le nord de la Syrie »).

D’immenses drapeaux des YPG flottent sur les nombreux barrages de Kamechliyé, où la police du gouvernement autonome inspecte avec minutie les véhicules.

Monde diplo septembre 2017