Real economy

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Photo : L.Sultan

Un nouveau manuel critique du « Monde diplomatique »

L’économie comme on ne vous l’a jamais expliquée

Le 8 septembre arrive en kiosques le « Manuel d’économie critique » du « Monde diplomatique ». En 2014, le premier opus de cette collection était consacré à l’histoire. Il s’agit cette fois d’éclairer les bases et les enjeux d’une discipline de pouvoir, l’économie, dont les principes gouvernent maints aspects de nos vies. Cet ouvrage vise à faire comprendre pour faire agir : la bataille des idées s’ouvre à tous dès lors qu’on s’efforce de conjuguer souci de l’écriture, rigueur du propos, sens des images, pédagogie et recul historique. Telle est la vocation de ce manuel.

Habitant de cette singulière contrée, Rémi adore les pizzas. A priori, rien de vraiment étrange. Sauf que la faim des individus néoclassiques ne connaît pas plus la satiété qu’eux-mêmes l’embonpoint. Rémi dévorait déjà trois pizzas par jour avant de gagner au Loto ? Qu’à cela ne tienne : en bon néoclassique, il profite de sa soudaine fortune pour s’abandonner un peu plus encore aux plaisirs de la gastronomie italienne.

Dans le monde de l’économie néoclassique, le marché pose les mêmes problèmes qu’ailleurs. Mais il offre également des solutions. La quête de profit conduit à l’extraction effrénée de matières premières, dégradant ainsi l’environnement ? Peu importe. Ici, la transformation de la nature en marchandise constitue la meilleure réponse aux dérives qu’elle a engendrées : plus les ressources s’amenuisent, plus leur prix s’élève et moins il devient intéressant de les exploiter. La pollution comme antidote à la pollution, en somme…

Les règles de base de l’arithmétique basculent également lorsqu’on pénètre en terres néoclassiques. En ces lieux, il arrive que les additions se comportent comme des soustractions. Par exemple, dans le domaine des impôts. D’ordinaire, augmenter le taux des prélèvements obligatoires accroît les recettes de l’État. Sous le climat néoclassique, au contraire, cela revient… à les réduire, puisque toutes sortes de mécanismes d’évasion et de niches fiscales permettent aux contribuables de refuser des impôts qu’ils jugent soudain trop élevés. La sagesse locale milite donc pour la plus grande prudence en la matière.

Des réalités trop « impures » pour se conformer aux théories néoclassiques

D’une logique parfois déroutante, le monde de l’économie néoclassique se distingue en tout point du monde réel. La plupart des dirigeants occidentaux se prévalent pourtant de ses règles pour justifier leurs décisions : dérégulation, privatisations, abandon des politiques publiques aux « forces du marché » — bref, la réalisation du projet néolibéral. Ce fut par exemple le cas en Grèce, quand leurs observations de l’étrange univers néoclassique ont convaincu les membres de la « troïka » (Fonds monétaire international, Commission et Banque centrale européennes) qu’on pouvait espérer ramener à la vie les victimes d’asphyxie en pratiquant la strangulation.

Mais la Grèce appartient au monde réel, et la recette néoclassique a fait bondir la dette. Pouvait-on vraiment s’en étonner, lorsque les mêmes prescriptions avaient conduit aux mêmes afflictions trente ans plus tôt en Amérique latine ? L’échec de la méthode soulève une interrogation : comment expliquer que les dirigeants politiques s’abreuvent exclusivement à la fontaine néoclassique alors que les sources sont si nombreuses alentour ?

http://www.monde-diplomatique.fr/2016/09/LAMBERT/56201

Murray Bookchin

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Aux sources du communalisme kurde

À la mort de Murray Bookchin, en 2006, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a promis de fonder la première société qui établirait un confédéralisme démocratique inspiré des réflexions du théoricien de l’écologie sociale et du municipalisme libertaire. Une reconnaissance tardive pour ce militant américain auteur d’un projet égalitaire et humaniste.

 

Le 6 janvier 2014, les cantons du Rojava, dans le Kurdistan syrien, se sont fédérés en communes autonomes. Ils ont adopté un contrat social qui établit une démocratie directe et une gestion égalitaire des ressources sur la base d’assemblées populaires. C’est en lisant l’œuvre prolifique de Murray Bookchin et en échangeant avec lui depuis sa geôle turque, où il purge une peine d’emprisonnement à vie, que le chef historique du mouvement kurde, M. Abdullah Öcalan, a fait prendre au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) un virage majeur pour dépasser le marxisme-léninisme des premiers temps. Le projet internationaliste adopté par le PKK en 2005, puis par son homologue syrien, le Parti de l’union démocratique (PYD), vise à rassembler les peuples du Proche-Orient dans une confédération de communes démocratique, multiculturelle et écologiste.

Né en 1921 à New York de parents juifs russes révolutionnaires, Bookchin grandit dans le Bronx, alors chaudron des luttes ouvrières américaines. Engagé très jeune dans les rangs communistes, qu’il quitte en 1936, au moment de la guerre d’Espagne, il milite à la fois au Congrès des organisations industrielles (CIO) et au Congrès pour l’égalité raciale (CORE). D’abord ouvrier de l’industrie automobile (notamment au moment de la grande grève de General Motors, en 1945), cet auto-didacte enseigne ensuite la sociologie au Ramapo College, dans le New Jersey. À sa mort, le 30 juillet 2006, il laisse une vingtaine de livres et plusieurs centaines d’articles.

Dans le Vermont de Bernie Sanders en 1971

Écologiste radical et visionnaire, il avance l’idée selon laquelle l’irrationalité du capitalisme et sa faiblesse fatale ne résideraient pas, comme l’affirmait Karl Marx, dans sa propension inéluctable à l’autodestruction, mais dans son conflit avec l’environnement naturel, sa logique de croissance destructrice à la fois de la nature et de la santé humaine.

extrait du monde diplo juillet 2016

Hinkley point

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Photo : Evidence L.Sultan

Hinkley Point condamné par un comité de l’ONU

Nouveau revers pour le projet Hinkley Point, récemment adopté à toute force par le conseil d’administration d’EDF, mais mis en suspens par le gouvernement britannique : le Comité d’application de la Convention d’Espoo vient de terminer son enquête, et les résultats montrent que le Royaume-Uni ne respecte pas les règles onusiennes.

La convention d’Espoo, ou la diplomatie du risque

La Convention d’Espoo (ou Convention sur l’évaluation de l’impact sur l’environnement dans un contexte transfrontière) stipule que les Parties doivent évaluer l’impact sur l’environnement en début de planification de certains projets comportant des risques environnementaux potentiels – comme la construction d’un nouveau réacteur nucléaire, par exemple. Les Parties rassemblent presque tous les Etats membres de la Commission économique pour l’Europe des Nations unies (CEE-ONU), à l’exception de la Russie. Bien que l’UE soit l’une des parties adhérente à la Convention, elle n’en n’est pas à l’origine. Cela signifie donc qu’elle s’applique toujours au Royaume-Uni, même suite au Brexit.

Grâce à Sylvia Kötting-Uhl, députée écologiste à la Diète Fédérale allemande, et à l’ONG irlandaise Friends of the Environment notamment, Greenpeace a pris les mesures nécessaires pour informer le Comité d’application de la Convention d’Espoo des défauts de notification relatifs au dossier Hinkley Point.

Le Royaume-Uni pris en défaut

Le Comité d’application conclut notamment que le Royaume-Uni aurait dû informer d’autres pays, autre que l’Irlande, des impacts potentiels du projet d’Hinkley Point C. Il précise également que, d’après les Directives concernant l’application concrète de la Convention d’Espoo, « la notification est impérative sauf dans le cas où un risque transfrontalier important peut être exclu ».

Le Comité a également déclaré que si le Royaume-Uni a accédé à la demande de l’Autriche de participer au processus d’évaluation, c’est bien que les deux pays reconnaissent qu’un risque environnemental important potentiel sur le territoire autrichien ne peut être exclu. De plus, suite à l’enquête du Comité d’application, les Pays-Bas et la Norvège ont également déclaré que de tels risques ne pouvaient être exclus.

Ces conclusions prennent en compte les résultats d’une étude autrichienne concernant les risques potentiels de dissémination de substances radioactives suite à un accident nucléaire grave. Ceux-ci démontrent qu’un tel accident pourrait avoir de sérieux impacts en Autriche, en France, en Allemagne et en Suisse. Enfin, selon le Comité, la Partie à l’origine du projet devrait envisager la pire éventualité. Ces conclusions seront soumises pour approbation lors de la réunion des Parties en juillet 2017.

Les réacteurs nucléaires : des infrastructures officiellement dangereuses

L’importance de ces résultats tient au fait qu’ils viennent confirmer que les réacteurs nucléaires de troisième génération peuvent avoir des conséquences environnementales considérables (ce que dément le Royaume-Uni). Ils réfutent les conclusions des tribunaux britanniques statuant qu’une étude d’impact environnemental (EIE) transfrontalière n’est pas nécessaire et feront jurisprudence pour tout futur projet de construction au Royaume-Uni et en Europe.

La Pologne et la Hongrie sont engagées dans une procédure d’EIE concernant de futures infrastructures nucléaires et nient toutes deux l’existence de risques sérieux. La semaine dernière, la République Tchèque a elle aussi demandé une EIE en amont de la construction de nouveaux réacteurs à Dukovany.

Deux requêtes concernant Hinkley Point, déposées au même moment auprès du Comité d’application de la Convention d’Aarhus, touchant à la participation des étrangers au débat public sur les questions environnementales, sont toujours en cours d’examen. Des réponses sont attendues pour la fin de l’année.

Source Greenpeace

Le goût de la cerise

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Abbas Kiarostami, une pensée à l’œuvre

Le grand cinéaste iranien, auteur du « Goût de la cerise », Palme d’or à Cannes en 1997, est mort à l’âge de 76 ans.

Ces moments-là sont rares dans la vie d’un spectateur. C’était à Cannes, en 2002. L’écran s’allume, le chiffre 10 apparaît et nous voici dans une voiture, où s’installe un jeune garçon. Pendant toute la durée du film, on ne bougera pas de l’habitacle de l’automobile, où deux caméras sont postées sur le tableau de bord, l’une sur la conductrice, l’autre sur son passager, qui changera à dix reprises. Au-delà des vitres de la voiture, les rues de Téhéran fourmillent, les klaxons résonnent, la voiture est immergée dans le réel, par définition incontrôlable.

Ce film d’Abbas Kiarostami s’intitule Ten. Le découvrir sans en rien savoir constituait un choc esthétique considérable. Le cinéaste iranien ne cessait d’évoluer, de remettre en question ce qu’il avait précédemment fait, et qui était déjà d’une totale singularité. Pour ne citer que ces œuvres-là : Et la vie continue (1992), Au travers des oliviers (1994), Et le vent nous emportera (1999), ou le sublime Le Goût de la cerise (1997), qui reçut la Palme d’or à Cannes, dans lequel un homme, dans son vieux 4×4*, cherche désespérément quelqu’un pour jeter une poignée de terre sur la fosse où il reposera, car il veut se suicider.

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LIRE >> À visages découverts

Avec Ten, Abbas Kiarostami faisait un pas de plus dans l’épure, en faisant le pari audacieux qu’un dispositif minimaliste pourrait déboucher sur une grande fresque. Pari hautement tenu. Ten dépeint « par défaut », sans aucun volontarisme, une société iranienne autrement plus complexe et contrastée que l’image dont se satisfait l’Occident – ce simple exemple : la conductrice, interprétée par une actrice superbe, est une femme divorcée. En même temps, le film concentre l’essence même du cinéma, que ce soit l’interrogation sur le champ et le contre-champ, la confrontation entre la fiction et le réel, ou la dramaturgie de la parole filmée, avec une science de la tension qui tient non seulement le spectateur en haleine, mais l’euphorise.

Voilà quel était le cinéaste qui vient de disparaître ce lundi, à 76 ans, Abbas Kiarostami. Encore n’est-ce là qu’un tout petit aperçu de l’immense artiste qu’il était – par ailleurs photographe, peintre et poète –, auteur d’une œuvre aux infinies richesses, qu’il a toujours voulu réaliser dans son pays malgré un régime qui ne le prisait guère : depuis de nombreuses années, ses films étaient en effet interdits en Iran. Ce n’est que très récemment qu’Abbas Kiarostami avait décidé de tourner à l’étranger, en Italie pour Copie conforme (2010), avec Juliette Binoche, au Japon pour Like Someone in Love (2012). Son ultime tournage, inachevé, se déroulait en Chine.

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En 2010, Abbas Kiarostami avait répondu à nos questions, à l’occasion de la présentation de Copie conforme à Cannes. Il y délivrait ce qui pourrait constituer une philosophie humaniste du regard : « Toutes les souffrances, toutes les pathologies humaines, nous disait-il, prennent leurs racines dans une absence de regard. C’est parce qu’on n’est pas vu que l’on souffre. C’est aussi pour cette raison que l’on crée. L’art, comme la vie, a besoin d’être vu. S’il n’est pas vu, l’art est une chose morte. La seule façon d’insuffler de la vie à une œuvre, c’est de poser son regard sur elle ».

LIRE >> Abbas Kiarostami : « L’art a besoin d’être vu »

Cette réflexion, Abbas Kiarostami la menait aussi à propos du spectateur. Lui dont on a dit, surtout à ses débuts, qu’il renouvelait le néo-réalisme, restait intransigeant quant à la distinction entre art et réalité. Il avait une conscience aiguë de la relation à son spectateur, à la fois exigeante et d’une éthique implacable. Dans un livre paru en 1997 dans « la Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma », le cinéaste s’exprimait ainsi :

Il faut toujours avoir à l’esprit que nous sommes en train de voir un film. Même dans les moments où il paraît très réel, je souhaiterais que deux flèches clignotent des deux côtés de l’écran pour que le public n’oublie pas qu’il est en train de voir un film et non la réalité. C’est-à-dire un film que nous avons fait en nous fondant sur la réalité. Cette approche s’est intensifiée dans mes nouveaux films et le sera encore davantage. Je crois que j’ai besoin d’un spectateur plus averti. Je suis contre le fait de jouer sur ses sentiments, de le prendre en otage. Quand le public ne subit pas ce chantage sentimental, il reste son propre maître et regarde les faits d’un œil plus conscient. Tant que nous ne sommes pas soumis au sentimentalisme nous pouvons nous dominer et dominer le monde qui nous entoure_._

Abbas Kiarostami va cruellement nous manquer mais, heureusement, son œuvre et sa pensée vont continuer à nous nourrir.

Politis juillet 2016

Lutte à la cinémathèque

Le 6 mai 2016, une soixantaine de manifestants occupait la Cinémathèque française pour lutter contre le projet de loi travail et la précarisation de l’emploi dans les organismes culturels. Pour la première fois depuis la création de l’établissement, la police intervenait quelques heures après à la demande de la direction pour évacuer de force les manifestants. Suite à un billet de blog intitulé « La Cinémathèque française, fantasmes et réalités », cosigné le 10 mai par Costa-Gavras et Frédéric Bonnaud, respectivement président et directeur général de la Cinémathèque française, le collectif des précaires des métiers de la culture et ses sympathisants exerce son droit de réponse.


« Je vous parle solidarité avec les étudiants et les ouvriers,
et vous me parlez travelling et gros plan ! Vous êtes des cons !
 »
Jean-Luc Godard, festival de Cannes, 17 mai 1968

Monsieur le Président, Monsieur le Directeur de la Cinémathèque française,

Nous sommes un groupe d’une soixantaine de personnes, engagées politiquement et déterminées à défendre les droits sociaux des travailleurs, à avoir occupé la Cinémathèque française ce vendredi 6 mai 2016, à l’issue de la dernière séance.

Nous avons attendu de lire votre communiqué avant de publier cette lettre.

Elle est donc un droit de réponse et une mise au point nécessaire quant à notre action, que vous avez traitée avec le plus grand mépris.

En occupant un lieu aussi symbolique de la contestation sociale que la Cinémathèque française, nous voulons rendre visible un combat et des problèmes que vous avez balayés d’un revers de main en février dernier : ceux de la précarité et de la sous-traitance dans les institutions culturelles.

Monsieur Bonnaud, au micro de Radio France, vous avez déclaré : « Je pense que hôtesse d’accueil, guichetier et ouvreuse ça doit rester des petits jobs d’étudiant, au risque de choquer. Moi je ne me vois pas bien en train de faire un CDI à vie pour que des gens vendent des billets à la Cinémathèque. » Ce discours, n’a d’autre fonction que de légitimer la précarité et l’exploitation. Il nous est intolérable.

Nous entendons porter entre les murs de la Cinémathèque un combat qui se joue dans bien d’autres lieux de culture où l’on exploite des travailleurs précaires, du Centre Pompidou Metz au MUCEM ou à la BNF.

Ce communiqué place notre action dans le droit fil des récentes occupations de la Comédie-française et du Théâtre de l’Odéon, des théâtres de Bordeaux, Strasbourg, Lille, Caen et Montpellier, des différentes ZAD en activité mais aussi de Nuit Debout et du puissant mouvement social qui s’oppose aujourd’hui à la loi El Khomri.

Vous prétendez dans votre communiqué que nous nous en prenons à la Cinémathèque, mais ce n’est pas la Cinémathèque française que nous visons : ce sont les pratiques managériales issues du néo-libéralisme le plus inhumain qui y ont cours.

Au cours de cette action nous avons été immédiatement rejoints par une partie du public, qui n’était pas au courant de notre projet d’occupation, mais qui en a reconnu la nécessité.

Des sympathisants extérieurs, aussi pacifistes, nous ont rejoints. Vers minuit, les forces de l’ordre sont arrivées. Nous avons alors quitté la salle Henri Langlois pour occuper la mezzanine, où nous avons continué à tenir notre Assemblée générale.

Nous avons tous dit notre exécration d’un système – la sous-traitance – conçu pour nous empêcher de nous syndiquer et faire valoir nos droits de travailleurs pendant que les sociétés sous-traitantes prospèrent en broyant ceux qui les enrichissent.

L’arrivée de Michel Romand-Monnier, directeur adjoint de la Cinémathèque française, a été l’occasion pour nous de lui demander de prendre des engagements concrets sur la sous-traitance.

Michel Romand-Monnier est alors allé d’excuses en faux-fuyants, préférant détourner le débat et jouer la montre plutôt que de s’efforcer de nous répondre avec honnêteté. Il nous rétorque : «  La Cinémathèque française n’est pas de gauche » (ce à quoi nous avons répondu par une salve d’applaudissements), Henri Langlois non plus, pas davantage que Truffaut.

Cela donnerait-il à la Cinémathèque le droit d’exploiter ses petites mains ?

Dans votre communiqué, vous revenez sur cette question qui résonne comme votre mauvaise conscience : la Cinémathèque est-elle de gauche ou de droite ?

Il faut croire que cette question vous préoccupe plus que nous, qui ne vous l’avons pourtant jamais posée, tant elle revient sous vos plumes depuis quelques jours.

Sur Internet, Jean-François Rauger parle de « l’exigence débile d’une vertu politique de la Cinémathèque qui devrait être “de gauche” » et des « quelques agités » qui ont occupé votre établissement.

Dans votre communiqué, vous écrivez aussi  : «  L’année de ses 80 ans, la Cinémathèque française doit-elle rappeler à certains sectaires que sa programmation n’a jamais été pensée en fonction des opinions politiques supposées des cinéastes ? Et qu’elle n’entend se soumettre à aucune censure que ce soit ? Quels films devraient être nos modèles politiques et sociaux, au juste ? Et John Ford, au fait, est-il de droite ou de gauche ? Nous sommes en plein délire et face à une conception utilitariste et bornée du cinéma qui n’a plus cours nulle part depuis fort longtemps. »

Il n’a jamais été question d’interroger l’orientation politique de votre programmation, ni même de demander au cinéma une pureté idéologique de tous les instants. Confondriez-vous le cinéma et le monde du travail ?

Vous écrivez également que la Cinémathèque « n’a connu que cinq jours de grève depuis dix ans ». Non seulement nous récusons ces chiffres revus à la baisse, mais nous vous rappelons que le système de la sous-traitance interdit toute possibilité de grève et de syndication. Les grévistes ne sont jamais reconduits dans leur contrat et l’immense majorité des employés s’abstient de faire grève, tenaillée par la pression d’un salaire minimal et la peur du licenciement.

Et vous savez très bien que, si les actuels employés ne se plaignent pas et que nos « graves accusations » (si graves et calomnieuses qu’il vous aura fallu plus de trois mois pour y répondre) « ne semblent avoir trouvé que peu d’écho visible chez les actuels employés de l’accueil », c’est précisément parce que ces personnes sont condamnées au silence.

Vous nous expliquez également que City One emploie désormais une majorité de CDI en équipe permanente, mais cela ne met pas fin aux mauvaises pratiques sociales et au mépris.

De nombreux témoignages d’employés en CDI vous le prouveront. La souffrance au travail ne s’arrête pas au CDI.

Michel Romand-Monnier s’est ensuite lancé dans une justification acrobatique de la sous-traitance, arguant qu’il était impossible de procéder autrement « pour des raisons de budget ». Il existe pourtant des institutions où les tâches d’accueil ne sont pas sous-traitées, et où la faillite ne menace pas. D’ailleurs, lors de son intervention sur France Musique, Monsieur Bonnaud disait que la sous-traitance coûtait plus cher. Dans votre communiqué, vous semblez justifier ces pratiques par cet argument ubuesque : « Ceux qui invoquent le prétendu esprit d’Henri Langlois, lui qui n’avait qu’une seule politique, celle de la Cinémathèque française, divisée en deux colonnes dialectiques (1. ce qui est bon pour la Cinémathèque 2. ce qui est mauvais pour la Cinémathèque), devraient s’informer et réfléchir à deux fois à ce qu’il leur aurait répondu, sans doute plus vertement que nous. »

Nous nous permettons ici de vous poser une question : voulez-vous dire que les travailleurs subalternes peuvent être sacrifiés, tant que c’est bon pour la Cinémathèque ?

C’est un point de vue intéressant.

Nous avons demandé au directeur adjoint s’il avait conscience que cette politique de sous-traitance produisait une énorme souffrance. Michel Romand-Monnier n’a rien eu d’autre à nous répondre que cette déclaration  : «  cette souffrance ne me paraît pas si grave puisqu’elle n’est pas définitivement actée ».

Nous cherchons encore le sens de ce propos et nous nous demandons si, pour Michel Romand-Monnier, l’exploitation des travailleurs doit prendre fin une fois seulement qu’ils ont été totalement essorés.

Nous avons adressé à Michel Romand-Monnier des questions relatives aux écarts de rémunération, à la possibilité de procéder autrement que par des méthodes socialement destructrices, au bien-fondé d’une vision comptable des institutions culturelles qui autoriserait – d’après la direction – de telles politiques.

Nous avons voulu savoir pourquoi la Cinémathèque donnait tant de réceptions prestigieuses assorties de champagne et de petits fours, et d’où les petites mains sont exclues, si la question du budget était si critique.

Aucune réponse satisfaisante n’a été donnée à ces questions, sinon que «  ce n’est pas la Cinémathèque française qui paie le champagne. » La justice sociale est bel et bien sauve.

Votre communiqué n’apporte pas davantage de réponses satisfaisantes à ces questions.

Vous affirmez par exemple que les écarts de salaire sont de 1 à 4,2. Il apparaît pourtant que le salaire du directeur est au moins 8 fois supérieur à ceux des employés au SMIC horaire qui sont en charge de l’accueil, de la sécurité et de l’entretien.

Vous invoquez la «  politique vertueuse » de l’établissement «  en matière de ressources humaines ». Pourtant, les témoignages des employés sous-traités que nous avons recueillis prouvent le contraire, et ce de façon unanime.

En lieu et place de réponses concrètes à des problèmes réels, vous profitez de votre communiqué pour dresser le bilan positif de votre action : les 400 000 visiteurs annuels, le développement du Musée du cinéma et de la BiFi, le développement de l’action culturelle et éducative, l’ouverture à des publics variés ou encore les 350 000 entrées de l’exposition Tim Burton.

Nous jugeons détestable cette manière de tirer la couverture à vous plutôt que de répondre aux interrogations que nous avons soulevées.Et, une fois encore, nous vous posons la question : les aspects positifs de votre politique justifient-ils les mauvaises pratiques sociales qui ont cours à la Cinémathèque ?

Nous répondons : en aucun cas.

Enfin, vous tâchez de ridiculiser notre engagement politique en le qualifiant de « publicitaire », car il vous prend en défaut. Souhaitant vous justifier du recours aux forces de l’ordre, vous écrivez : « C’est, contrainte et forcée par une intrusion soudaine et sans buts véritables, sinon purement publicitaires, que la Cinémathèque a dû se résoudre à faire évacuer les occupants nocturnes par les forces de l’ordre. » Or, Michel Roman-Monnier a pu immédiatement constater que nos buts étaient fort clairs et que nous ne représentions aucun danger pour ce lieu que nous respectons.

Vous poursuivez : « Mais c’est sans faiblesse que seront toujours protégés ce haut lieu de diffusion du patrimoine cinématographique, son personnel, ses publics, ses espaces, ses collections du Musée et les précieux prêts de l’exposition Gus Van Sant [sic]. Contre une poignée de faux militants et vrais réactionnaires, mus par on ne sait quel ressentiment, fort éloignés d’un quelconque intérêt collectif, cherchant à assouvir leur très personnelle soif de revanche, au mépris de toute mesure et de toute réalité concrète, et qui ne parlent jamais de politique culturelle ou de diffusion du patrimoine cinématographique auprès de nouveaux publics, visiblement peu sensibles à l’exigence, pourtant bien démocratique, d’une meilleure diffusion du gai savoir cinéphilique. Comme si le sujet, au cœur de notre existence même, ne les intéressait pas. »

Face à ce procès d’intention, nous ne pouvons que vous rappeler, ici, que nous avons inscrit notre action dans un mouvement plus général, qui a lieu partout en France, et dont vous ne sauriez ignorer qu’il représente bel et bien l’intérêt collectif.

Si vous aviez pris la peine de venir nous rencontrer, plutôt que de nous faire chasser par des fonctionnaires de police, vous auriez remarqué que nous étions tous ou presque des amateurs de cinéma, et que c’était la raison pour laquelle nous avons agi à la Cinémathèque, sans pour autant oublier nos amis d’autres institutions culturelles.

Et vous auriez aussi constaté que nous parlions bien de politique culturelle ; nous ne faisions même que ça. Mais peut-être parlions-nous un peu plus de politique, quand vous semblez préférer la culture dépolitisée, celle que l’on administre et que l’on vend sous le nom de « gai savoir cinéphilique ».

Plutôt que de reconnaître le bien-fondé politique de nos exigences, et plutôt que d’accepter un débat que nous vous réclamons depuis trois mois, vous préférez nous déclarer « faux militants et vrais réactionnaires » dans un pur tour de passe-passe rhétorique.

En quoi revendiquer le droit à la dignité sur un lieu de travail est-il réactionnaire ?

Et puisque vous nous accusez d’avoir cherché à « privatiser un bâtiment dont la seule raison d’être est son ouverture permanente à ses publics », demandez-vous honnêtement si la réappropriation collective des lieux que nous faisons vivre au prix de notre exploitation se nomme véritablement « privatisation », et si cette dernière ne réside pas plutôt dans votre manière de fermer la porte à toute contestation de vos méthodes.

Ce vendredi 6 mai, nous n’avons pu obtenir d’autre réponse de la part de la direction qu’une fin de non-recevoir et l’assurance que la Cinémathèque française continuerait à recourir à la sous-traitance.

La messe était dite, et Michel Romand-Monnier de signer aux CRS l’autorisation de faire évacuer les lieux, après nous avoir fait croire qu’il acceptait de négocier notre retrait au petit matin.

Nous avons donc discuté avec un homme de paille, dont le seul rôle, cette nuit-là, aura été de signer une autorisation honteuse à l’abri des regards.

C’est sous votre direction que, pour la première fois dans l’histoire de cet établissement que beaucoup regardent encore comme un temple de la contestation sociale, des forces de police sont entrées pour déloger des manifestants absolument pacifistes.

Cette tache dans l’histoire de la Cinémathèque française, vous en portez la responsabilité.

Nous exigeons donc que vous répondiez à nos interrogations et que vous vous engagiez à améliorer le sort des travailleurs sans lesquels votre institution fermerait ses portes.

Si la Cinémathèque française est si vertueuse en matière de ressources humaines, alors qu’elle montre l’exemple à toutes les autres institutions culturelles qui emploient des travailleurs précaires.

Il semble que depuis quelques semaines, la situation des employés sous-traités s’est un peu adoucie, sous l’effet de la médiatisation de nos luttes d’une part, en raison de l’empathie de certains employés internes qui ont toujours été solidaires, d’autre part. Mais l’effet médiatique retombera et nous souhaitons des changements ancrés dans le long terme et actés.

À l’issue de cette nuit de mobilisation, nous avons le sentiment de n’avoir pas été entendus. Pire encore : après avoir lu votre communiqué, nous avons le sentiment que vous n’avez pas voulu nous entendre.

Rappelez-vous Monsieur Bonnaud, comme trente ans après 1968, vous célébriez le souvenir de l’affaire Langlois, cette « bande-annonce des événements de mai » et « première défaite du pouvoir gaulliste », rappelez-vous comme vous condamniez « l’autoritarisme et la maladresse d’un pouvoir devenu aveugle et sourd », alors qu’aujourd’hui vous pratiquez un pouvoir tout aussi aveugle et tout aussi sourd pour faire taire les contestations qui vous déplaisent.

Et quand vous faites chasser au nom de la loi ceux qui occupent illégalement l’institution dont vous avez la charge, rappelez-vous comme, en janvier dernier, interviewé dans Le Monde, vous déclariez avoir « des pulsions de transgression ».

Nous aussi.

Il nous faut alors croire, Monsieur, que toutes les positions que vous preniez alors que vous étiez le directeur de publication des Inrocks ou que vous signiez des films politiquement engagés, n’étaient que mascarade, si, quand la question de la justice vient en personne frapper à votre porte, vous vous en détournez et lui envoyez la police.

Le collectif des précaires des métiers de la culture et ses sympathisants

Le spectre de la démocratie

Athens-Culture-Inline

De janvier à juillet 2015, Yanis Varoufakis a été le ministre des finances du premier gouvernement mené par Syriza en Grèce ; à ce titre, il a tenté de renégocier les termes du protocole d’entente prescrit à son pays par l’Eurogroupe et la « Troïka » – la Commission européenne, la Banque centrale Européenne et le Fonds monétaire international. Il a démissionné quand le premier ministre grec Alexis Tsipras a désavoué sa victoire écrasante au référendum du 5 juillet 2015 en cédant aux exigences des créanciers de la Grèce. Depuis lors, Yanis Varoufakis a œuvré à la fondation d’un mouvement trans-européen pour la démocratisation de l’UE. Vacarme traduit ici un entretien paru en anglais sur near futures online #11.

Comptes sombres

J’aimerais commencer par quelques questions sur la Grèce et sur les relations du deuxième gouvernement d’Alexis Tsipras – Syriza II – avec ses créanciers. Le FMI tout d’abord. Après ce qu’on peut appeler la reddition du gouvernement grec, en dépit des résultats du référendum du 5 juillet, la position du FMI a semblé, dans une certaine mesure, s’assouplir : « Il faut bien l’admettre », ont dit en substance ses représentants, « la dette grecque n’est pas soutenable » – il faudrait donc qu’elle soit relativement allégée. Le ministre des finances allemand Wolfgang Schäuble, le président de la Banque centrale allemande et les autres partisans de la ligne dure du club des créanciers ont aussitôt repoussé l’idée d’une réduction, même modeste, de la dette. Dans les mois qui ont suivi, le clivage entre la position intransigeante représentée par Schäuble et l’approche manifestement plus clémente du FMI ne s’est pas résorbé. Pourtant, Alexis Tsipras s’est efforcé, jusqu’à présent sans succès, d’écarter le FMI du groupe des institutions impliquées dans la mise en œuvre du troisième « protocole d’entente » (d’accord). Comment expliquez-vous cette tentative, par le premier ministre grec, de se débarrasser de l’acteur institutionnel apparemment le plus disposé à reconnaître la nécessité d’un effacement partiel de la dette grecque ?

D’abord, il n’y a là rien de neuf. C’est un fait historique : le FMI a répété, à juste titre, que la dette n’est pas soutenable depuis 2011-2012. En 2012-2013, Christine Lagarde a même proposé au gouvernement de coalition conservateur/PASOK une alliance entre Athènes et Washington, afin d’obtenir de l’Eurogroupe un allègement de la dette. Cette alliance a été rejetée par le gouvernement grec, qui a préféré rester loyal à Berlin. Ce que vous avez décrit n’est donc que la répétition du même schéma. Si vous lui posiez votre question, Alexis Tsipras vous dirait que, quand le FMI se répand sur la nécessité de réduire la dette, il ne parle que de la part due aux Européens sans jamais se référer à la part qui lui revient. Le FMI, expliquerait-il, ne propose des coupes que dans la bourse des autres, pas dans la sienne.

Il insisterait surtout sur les conditions impitoyables que le FMI pose à la Grèce, en matière d’assouplissement du droit du travail et de diminution des pensions de retraite. Tsipras soutenait déjà cet avis quand j’étais au gouvernement. C’était sa conviction, pas la mienne. Pour ma part, j’étais plus ambivalent sur cette volonté de se débarrasser du FMI au motif de l’insuffisance et de l’hypocrisie de ses protestations sur l’allègement de la dette. Tsipras estimait qu’un équilibre plus juste entre réglementation sociale du travail et réforme des retraites d’une part, allègement de la dette de l’autre, ne pouvait être obtenu qu’en traitant directement avec les responsables européens. Selon moi, c’est une erreur : le gouvernement fédéral de Berlin a besoin de l’appui du FMI. Le semblant de conflit entre Washington, Francfort, Bruxelles et Berlin n’est qu’un jeu sur lequel Athènes ne devrait pas miser. Le FMI restera dans la course, sans doute sans prêter davantage, parce qu’il est absolument essentiel pour Angela Merkel d’avoir, aux yeux du gouvernement fédéral, le FMI de son côté.

La reddition du gouvernement grec, pour reprendre votre expression, est désastreuse pour une raison particulière : nous n’avons pas su profiter des divisions internes du FMI pour arracher à la Troïka un accord dont le préalable aurait été l’allègement et les restrictions de la dette. À partir du moment où l’on a capitulé, jouer sur la participation ou non du FMI n’a plus grande importance : c’est hors-sujet, la partie a été perdue.

Extrait de Vacarme :

L’Europe et le spectre de la démocratie

Entretien avec Yanis Varoufakis

Sous contrôle

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Une virulente campagne antisyndicale

Information sous contrôle

Avant que l’indignation générale ne le contraigne à reculer, le gouvernement de M. Manuel Valls a tenté d’interdire une manifestation syndicale en France — du jamais-vu depuis des décennies. Cette dérive autoritaire doit beaucoup au climat de guerre sociale qu’entretiennent les principaux médias du pays. Subissant la férule de ses propriétaires, la presse renonce au rôle de défenseur des libertés politiques.

«La France est soumise aujourd’hui à deux menaces qui, pour être différentes, n’en mettent pas moins en péril son intégrité : Daech et la CGT. » Il faut rendre grâce à Franz-Olivier Giesbert d’avoir exprimé la vérité d’un journalisme français sous domination politique et financière. « Ce n’est qu’un début, continuons le combat contre la CGT », annonce l’éditorialiste-vedette du Point en ouverture d’un numéro sur « La vraie histoire du “mal français”. Blocages, violences, CGT, modèle social » (2 juin 2016).

Du référendum sur le traité de Maastricht en 1992 à celui sur la Constitution européenne en 2005, des grèves de novembre-décembre 1995 à celles contre la « loi travail » de 2016, usagers et analystes de l’information ont pu mesurer la distorsion entre le déroulement des conflits sociaux et leur mise en scène médiatique. Dans les bibliothèques universitaires, des rayonnages entiers décortiquent la longue série des « biais », « dérapages », « déséquilibres », « deux poids, deux mesures », « recadrages » opérés presque toujours au détriment des contestataires.

Mais cette idée d’un écart entre les pratiques rédactionnelles et les normes professionnelles se fonde sur un postulat : coincé depuis sa naissance entre le monde de la politique et celui de l’argent. le champ journalistique disposerait néanmoins d’une autonomie suffisante pour se corriger lui-même, amenuiser l’écart et revenir à la norme. La médiatisation du conflit autour de la « loi travail » et la reprise en main concomitante de la presse écrite en vue de l’élection présidentielle française du printemps prochain suggèrent qu’il n’en est rien. Dans des entreprises soumises à des contraintes économiques toujours plus dévorantes, et simultanément toujours plus dépendantes des aides publiques, les directions éditoriales ne pèchent pas par l’absence d’un équilibre qu’elles n’ont au fond jamais cherché à établir. Comme l’admet Giesbert, les médias n’observent pas : ils mènent un « combat ».

http://www.monde-diplomatique.fr/2016/07/HALIMI/55956